Mes petits soupers au soleil
avril 1, 2012
Je vous parle d’un livre que les moins de vingt ans et tous les autres feraient bien de connaître. Le bonheur en ce temps-là, se dégustait sur une nappe ou une table, à la campagne ou au bord de la mer. Voyez-vous, c’est mon bouquin de bonheur, mon manuel du bien-vivre. Il raconte 40 histoires de pique-nique, en famille, entre amoureux, autour du monde, avec la volonté de vous faire partager cela, avec le sentiment que, vous aussi, vous avez vécu des moments forts comme cela, des joyeux repas débraillés, des retrouvailles déboutonnées, aux accents de guinguette et de printemps volé à l’hiver. Voilà, je voudrais que vous découvriez “Petits Soupers au Soleil”, à partir du 4 mai, aux éditions “La Belle Ecriture” et que vous m’en parliez. Bon appétit, bonne lecture.
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Les voyageurs imaginaires
mars 14, 2011
Tous mes souvenirs s’embrument par cette journée de pluie et brume. Je pense à tous mes voyages. Je pense à l’île de Grimsey, au tournoiement des oiseaux de mer. Je pense à ce moment où je me suis mis à pleurer parce que je ne parvenais à ouvrir la porte de ma chambre dans un gigantesque “Hyatt Regency”, près de Disneyworl. Je pense à ma marche en Islande. Je pense à ma traversée de la Californie, à ce parking près de Carmel où je me suis endormi. J’ai laissé un peu de moi dans tous mes voyages. J’ai appris aussi. Je pense à cette image piscine vide dans le Péloponèse, à cette piscine à débordements devant ma chambre à Bali. Je pense à la cascade d’un kilomètre de haut au Vénézuela. Je pense aux gamins qui m’avaient aidé à me désenbourber dans l’Atlas, au Maroc. Je me souviens des folies architecturales de Barcelone et de la lumière de Jérusalem. Je pense à cette nuit où, malade, je marchais le long du Zambèze en craignant qu’un hippopotame m’écrase. Je pense à Leptis Magna, la ville de Septime Sévère, à 70 km de Tripoli. Je pense à un “dinner” de New York. Tout se mêle et se répond. Je pense aux grives dans les jardins d’Akureyri, je pense aux drapeaux presque nazis dans le port de Reykavik. Je me demande ce qu’est le dépaysement, l’oubli de soi et de sa vie. C’est parfois la distance par rapport à son lieu habituel de vie mais, encore plus, c’est le détachement, la perte dans un endroit. Marcher sans rien à la main -si j’étais une fille, je laisserais mon sac à main à l’hôtel- et s’asseoir dans un café obscur pour se souvenir qu’on a la chance de vivre, laisser tout ce que l’on repousse vous envahir. Je pense à mon père et à ma mère qui n’ont presque pas voyagé. Je ne fais pas de session de rattrapage. Je cherche mes marques.
Doué pour le bonheur
décembre 14, 2010
J’aime les chansons ringardes,
La vue de Notre-Dame-de-la-Garde,
Les petits-déjeuners qui s’étirent
Et les crises de fou-rires.
J’aime les appels de ma mère
Et son café doux-amer
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je veux rouler sur mon scooter
Jusqu’au bord de la mer, tout au bout de la terre.
Je veux me réveiller sur d’autres plages
Pour des conquêtes, de doux naufrages.
Je veux plonger dans des lagoons
Et danser avec les poissons-clowns
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je peux hurler pour un but de l’OM
Comme on crie “Putain je t’aime”.
Je sais regarder les étoiles,
Prendre des bains de minuit à poil.
Je sais raconter des histoires de caca
Aux enfants qui ne demandent que ça
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je goûte le vin de Bandol et du Ventoux,
Le figatelli, le KFC et le fromage cantalou.
Je suis partant pour les grands tablées,
Pas les apéros avec les mains encombrées
J’attends gourmand la fin du repas
Pour une blague, une chanson de Dalida.
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
J’aime les histoires que l’on se raconte
Tout contre l’autre vraiment tout contre.
J’aime bander pour mon amoureuse,
La faire crier, la rendre heureuse.
J’aime qu’elle fasse battre mon coeur
Et me faire sonner midi à cinq heures.
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
A french men in New York
août 9, 2010
Just be a stranger in New-York
A lost man at the corner of the block
A traveller without singing a rock
A lover who likes the song of cock
But also the symphony of five o’clock
Walking in the street, dreaming in New-York
REFRAIN (TUNE)
I’m the men in big apple
I’m the boy in life travel
I’m the French in Manhattan
I’m Madam « sous votre charme »
Not be the same in Harlem
In Central Park found my theme
Making a stop, taking a tea
Be a dandy in Alphabetic City
Like me you’have never seen
I’m the poetic tramp of Brooklyn
TUNE
Wake up in Lower Eastside
For a tender an singular ride
Boxing against shadows in the bronx
Be light and funny, not heavy for an once
I like New-York as a girl
Brillant and rare as a Tahiti Pearl
Comme un vieux rocker amoureux à Nice
novembre 11, 2008
Quand je suis à Nice, je pense toujours au “Fils Préféré” qui est aussi un de mes films préférés. Nicole Garcia y montre un Gérard Lanvin totalement viril et désespéré. Comme il a des problèmes d’argent, il couche avec la femme de son frère et manque de tuer son père pour toucher l’assurance. Dans ce film, comme lors de ma promenade, il y a de belles façades d’hôtel – avec quelques affaires sombres derrière – des quartiers populaires, du patois piémontais, des lignes de fuite et une lumière qui semble douce et se révèle cruelle.
Se réveiller donc et aller vers la mer. Jouer au touriste sans but ni attache. Un chapeau Zara, un pas ralenti, aucun rendez-vous. Le ciel est gris souris. Prendre un petit-déjeuner anglais seul sur la terrasse du “Lido Plage” avec des serveurs russes qui ont dû commettre moult meurtres dans un passé récent mais qui me servent avec gentillesse une omelette parfaite, du pain chaud, un thé qui passait doucement et une orange pressée. La seule Française qui fait la mise en place du resto, avec son pantalon de treillis qui laissait voir une jolie bande de ventre très bronzée a l’air d”‘un “lap-danseuse”. Sur la mer, il y a deux barques de pêcheurs sûrement payés par l’office du tourisme pour donner une image parfaite, avec des cirés jaunes et bleus.
La promenade des Anglais est déserte et il fait bon errer alors que des cyclistes partent à l’assaut de l’arrière-pays. Tout cela était triste-gai. Je suis en vacance. En vacance de mon boulot, en vacance de moi-même un peu, en vacance de tout sentiment fort.
J’aime bien être en suspension. Cela mériterait une air de piano ou de violoncelle sur la plage.
Je prends le temps de regarder les vieux rêveurs avec leur “poêle à frire” qui cherchent fortune sur les galets. Dans les rues désertées, sur ce boulevard Victor-Hugo où s’alignent les façades aux décorations sorbet, où triomphent le stuc et les moulures, je rentre à mon hôtel désert, accueilli bien évidemment par une réceptionniste russe. La tête pleine des exploits de James Bond, j’ai imaginé ma vie dans le danger et la trahison. Et puis, dans ma chambre, j’ai regardé par la fenêtre l’enseigne “Malmaison” accrochée à mon balcon et je me suis imaginé comme un personnage d’une toile d’Edward Hooper. L’acceptation de la solitude, le décalage, être ailleurs pour ne pas être soi-même. Même si j’aime partager mes histoires, même si une femme me réveille et m’embellit, c’est en moi. Cette curieuse façon d’être seul, sans drame.
Comme lorsque j’ai trouvé à la “Canne à Sucre” un havre, un bar mi-anglais, mi-italien, un bar d’habitués avec une petite fille lutin prénommée Anaïs, un ange blond grisé, pour y voir s’allonger les heures. Very Nice, my dear, je suis un vieil Anglais fatigué qui vient chercher un old love. Ou lui-même. Ou tous ceux et surtout celles qu’il porte en lui. Je me souviens d’un message laissé sur mon téléphone alors que j’étais dans la vieux Nice avec Véronique. C’était Myriam, je suis allé l’écouter sur la plage et je n’ai pas répondu. Drôle de Brice de Nice. J’ai préféré faire une lettre, plus tard, pour lui raconter mes courses solitaires dans l’ancien zoo de Marseille. Retrouver les rues que j’avais parcouru en écoutant sa voix, pendant que je laissais Véronique faire les boutiques pour y placer ses vêtements “Xuly Bët”. Redescendre sur la plage où je m’étais réfugié, entre tous ces mots, toutes mes hésistations. S’asseoir, vieillir, laisser le temps faire son oeuvre avec ses derniers rêves.
A Nice, être comme un clochard céleste, goûter cette cité balnéaire où l’on rêve de vivre des nuits outrageusement chères avec des créatures outrageusement fatales. Suivre des yeux les appareils balnéaires, les jets transats qui frôlent la corniche et semblent s’écraser sur les palmiers. Ici, la solitude est douce, faussement douce. Le soir, on va vers la lumière, vers l’enseigne géante du Négresco et des autres hôtels de bord de mer comme un phalène, afin de jouir du luxe par procuration.
Et se dire que, comme ce vieux rocker qui écoute rouler les galets et joue des airs éternels sur un banc, on aime malgré tout cela. Je me sens vivant dans ces moments-là, dans cette entre-deux qui m’appartient, comme Nathalie Baye dans “Un dimanche sur deux”. Une échappée à croiser un moment une vie, deux vies, trois vies. Odeurs de cacahuètes grillés, le clown fait un dernier animal en ballons sculptés. Sur la promenade des Anglais, les enfants slalomment en rollers. La ville parle à voix basse dans le doré du soir. Nice ville étrangère, pour un homme à prendre ou à laisser.
Un dimanche très puces
novembre 9, 2008
Aimer un moment la foule. Les gens qui cherchent une affaire, un jean à une euro, une montre à cinq. Croiser un imam qui fait la quête pour construire une mosquée à Montfavet. Sans doute pour concurrencer le Christ d’occasion qui avait élu domicile dans ce village.
Boire un sirop d’orgeat qui a le goût de la colle Cléopâtre de l’école primaire.
Manger un couscous dans un resto, en plein passage, entre légumes et stand de bricolage. Déguster en faisant attention de ne pas m’étrangler avec la graine. Regarder les familles s’installer avec leurs achats, discuter avec une petite fille qui a acheté une tortue minuscule et lui a mis des feuilles de bougainvillé dans sa petite boîte à chaussures. Apprécier les odeurs de menthe et même de viande grillée. Voir une dame naine toute à fait élégante avec un superbe foulard blanc bordé de parements argentés. Résister à l’achat d’un téléphone portable “en affaire”.
Se dire que l’on va croiser quelqu’un que l’on connaît et que cela sera agréable de partager un thé un peu fort.
Voir les sachets plastique bleu, vert, orange comme des ballons d’anniversaire. Se dire avec plaisir que l’on va trouver un objet inutile à ramener. Un cadeau “au cas où”, singulier et improbable et surtout bon marché.
Crestet, comme un nid oublié
novembre 2, 2008
Il est des lieux habités. Lorsqu’on les découvre, on sent qu’il se passe quelque chose, que l’on vient de tomber sur un drôle d’espace, Le centre d’art du Crestet est de ceux-là. Au milieu de la pinède et des chênes, près de Vaison-la-Romaine, il y a là un incroyable bâtiment, comme une forteresse assoupie, proche de l’architecture du Corbusier et due à Bruno Stahly. Cela a été l’oeuvre unique (et superbe) de cet architecte dont le père est François Stahly, sculpteur qui a eu une certaine renommée dans les années 70-80 et dont les oeuvres sont disséminés sur la colline, avec d’autres artistes, autour du centre d’art. Le centre et les 7 hectares sont la propriété du ministère de la Culture qui a dû oublier cet espace improbable.
A l’intérieur de la forteresse, loin de l’austérité des Stahly, on découvre le monde “facteurchevalien” d’un autre sculpteur, le Belge Alfred Trouvé, installé là comme gardien depuis la fermeture du centre et qui bâtit jour après jour une oeuvre colorée, drôle, entre naïveté et réflexion sur le monde et l’avenir. Des tables animaux, des géants, des fêtards qui s’empilent pour toucher le plafond, des poubelleurs de l’espace, des flippers géants, des Mickey déjanté, des cochons cachés sous des tables, des crocodiles hilares, des totems hallucinatoires, des bas-reliefs de BD avec des personnages perdus dans des villes de science-fiction, des Beatles réinventés et même un Michaël Jackson du temps de “Thriller”.
J’imagine assez bien une classe d’enfants lâchés dans ce paradis, des minots devenus fous de bonheur qui découvriraient toutes ces créatures hors normes et qui se promeneraient dans ce bâtiment plein de recoins et de demi-niveaux. Le tout sous le regard indulgent du maître des lieux, le bon Alfred dit “Freddy” (rien à voir avec les “Griffes de la Nuit) qui parle avec gentillesse et humour de son oeuvre, du lieu, de son histoire personnelle.
Et qui, lorsqu’il sort de l’incroyable boîte de béton dont les terrasses donnent sur les superbes paysages de la Drôme et du Vaucluse, vous guide encore dans la forêt jusqu’aux sculptures qui y sont cachés. Un arbre qui pont des oeufs, le moulage d’un trou, un trône de béton et surtout le superbe “Nid de lavandes” créé par Nils Udo en 1988 au Crestet. Un nid géant semblable à ceux des oiseaux mais fait de troncs d’arbres et qui se dégrade doucement en pleine nature. Un exemple parfait du “Land Art”, cet manière de mettre en scène la nature, de s’y intégrer. Chez Nils Udo, l’œuvre d’art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C’est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu’il fait pour les autres mais pour la nature. D’ailleurs, il s’est mis en scène lui-même dans certaines de ses oeuvres, nu et recroquevillé dans un nid. Il met aussi des corps recouverts de feuilles, de moisissures, comme si les humains étaient reconquis par la forêt, la prairie, la lande.
Même si sa dégradation progressive est normale, il ne faut pas que le “Nid de Lavandes” du Crestet tombe totalement dans l’oubli. Il faut remontrer son état initial et ce qu’il est devenu.
Le Crestet, une bulle d’art conceptuel, de sculptures patinées par la nature, de création joyeuse. Un lieu qui doit être préservé et sortir de l’oubli.
Un long dimanche sans fiançailles
octobre 21, 2008
C’était un dimanche de jumelles à la terrasse des cafés. C’était un dimanche de sœurs septuagénaires qui se tiennent par la main pour aller chercher leurs gâteaux. C’était un dimanche de halle ouverte, avec des fruits brillants comme frottés à la laine. C’était un dimanche de baba cools qui installent leurs étals de boucles d’oreille et de portefeuilles en tissus indiens. C’était un dimanche de petits déjeuners dans une salle silencieuse donnant sur les jardins. C’était un dimanche de rues désertes. C’était un dimanche où les filles passent dans d’incroyables pantalons treillis, comme de belles guerrières. C’était un dimanche gris souris qui vous plonge dans une sorte d’engourdissement fort agréable.
C’était un dimanche à regarder les trains en partance en espérant un texto. C’était un dimanche à passer devant un temple et à y entrer. C’était un dimanche à parler avec une fidèle sur le parvis de l’absence de bénitier dans le temple et finalement d’en terminer sur la nécessité de la foi pour pouvoir vivre quand on a perdu un enfant. C’était un dimanche à acheter d’incroyables croissants aux amandes. C’était un dimanche à écouter mille conversations à la volée. C’était un dimanche de tous les espoirs et de toutes les solitudes.
C’était un dimanche d’exil tout proche. C’était un dimanche où toutes les boutiques fermées vous font de l’œil. C’était un dimanche qui ressemblait à un premier janvier ou à un 15 août. C’était un dimanche à penser à des enfants, des bébés, des filles qui en font. C’était un dimanche de vieilles photos et de souvenirs qui traînent le long du train qui avance. C’était un dimanche de cyprès et de champs qui s’étirent.
C’était un dimanche de sable qui s’écoule entre les doigts, de cerfs-volants et de matchs avec des tee-shirts pour « faire les buts ». C’était un dimanche de villes entrevues, d’avenues parcourues, de pensées décousues. C’était un dimanche de tunnels et de rades redécouvertes. C’était un dimanche de sourire de boulangère. C’était un dimanche à lire des informations qui ne sont pas les vôtres. C’était un dimanche entre deux séances de cinéma. C’était un dimanche de stades oubliés et de viaducs graciles.
C’était un dimanche commencé par une insomnie et prolongé par une grasse matinée. C’était un dimanche de tramway et de train. C’était un dimanche de pâte à crêpes. C’était un dimanche entre Montpellier et Marseille, un dimanche élastique comme la taille d’un vieux pyjama.











