Comme un vieux rocker amoureux à Nice
novembre 11, 2008
Quand je suis à Nice, je pense toujours au “Fils Préféré” qui est aussi un de mes films préférés. Nicole Garcia y montre un Gérard Lanvin totalement viril et désespéré. Comme il a des problèmes d’argent, il couche avec la femme de son frère et manque de tuer son père pour toucher l’assurance. Dans ce film, comme lors de ma promenade, il y a de belles façades d’hôtel – avec quelques affaires sombres derrière – des quartiers populaires, du patois piémontais, des lignes de fuite et une lumière qui semble douce et se révèle cruelle.
Se réveiller donc et aller vers la mer. Jouer au touriste sans but ni attache. Un chapeau Zara, un pas ralenti, aucun rendez-vous. Le ciel est gris souris. Prendre un petit-déjeuner anglais seul sur la terrasse du “Lido Plage” avec des serveurs russes qui ont dû commettre moult meurtres dans un passé récent mais qui me servent avec gentillesse une omelette parfaite, du pain chaud, un thé qui passait doucement et une orange pressée. La seule Française qui fait la mise en place du resto, avec son pantalon de treillis qui laissait voir une jolie bande de ventre très bronzée a l’air d”‘un “lap-danseuse”. Sur la mer, il y a deux barques de pêcheurs sûrement payés par l’office du tourisme pour donner une image parfaite, avec des cirés jaunes et bleus.
La promenade des Anglais est déserte et il fait bon errer alors que des cyclistes partent à l’assaut de l’arrière-pays. Tout cela était triste-gai. Je suis en vacance. En vacance de mon boulot, en vacance de moi-même un peu, en vacance de tout sentiment fort.
J’aime bien être en suspension. Cela mériterait une air de piano ou de violoncelle sur la plage.
Je prends le temps de regarder les vieux rêveurs avec leur “poêle à frire” qui cherchent fortune sur les galets. Dans les rues désertées, sur ce boulevard Victor-Hugo où s’alignent les façades aux décorations sorbet, où triomphent le stuc et les moulures, je rentre à mon hôtel désert, accueilli bien évidemment par une réceptionniste russe. La tête pleine des exploits de James Bond, j’ai imaginé ma vie dans le danger et la trahison. Et puis, dans ma chambre, j’ai regardé par la fenêtre l’enseigne “Malmaison” accrochée à mon balcon et je me suis imaginé comme un personnage d’une toile d’Edward Hooper. L’acceptation de la solitude, le décalage, être ailleurs pour ne pas être soi-même. Même si j’aime partager mes histoires, même si une femme me réveille et m’embellit, c’est en moi. Cette curieuse façon d’être seul, sans drame.
Comme lorsque j’ai trouvé à la “Canne à Sucre” un havre, un bar mi-anglais, mi-italien, un bar d’habitués avec une petite fille lutin prénommée Anaïs, un ange blond grisé, pour y voir s’allonger les heures. Very Nice, my dear, je suis un vieil Anglais fatigué qui vient chercher un old love. Ou lui-même. Ou tous ceux et surtout celles qu’il porte en lui. Je me souviens d’un message laissé sur mon téléphone alors que j’étais dans la vieux Nice avec Véronique. C’était Myriam, je suis allé l’écouter sur la plage et je n’ai pas répondu. Drôle de Brice de Nice. J’ai préféré faire une lettre, plus tard, pour lui raconter mes courses solitaires dans l’ancien zoo de Marseille. Retrouver les rues que j’avais parcouru en écoutant sa voix, pendant que je laissais Véronique faire les boutiques pour y placer ses vêtements “Xuly Bët”. Redescendre sur la plage où je m’étais réfugié, entre tous ces mots, toutes mes hésistations. S’asseoir, vieillir, laisser le temps faire son oeuvre avec ses derniers rêves.
A Nice, être comme un clochard céleste, goûter cette cité balnéaire où l’on rêve de vivre des nuits outrageusement chères avec des créatures outrageusement fatales. Suivre des yeux les appareils balnéaires, les jets transats qui frôlent la corniche et semblent s’écraser sur les palmiers. Ici, la solitude est douce, faussement douce. Le soir, on va vers la lumière, vers l’enseigne géante du Négresco et des autres hôtels de bord de mer comme un phalène, afin de jouir du luxe par procuration.
Et se dire que, comme ce vieux rocker qui écoute rouler les galets et joue des airs éternels sur un banc, on aime malgré tout cela. Je me sens vivant dans ces moments-là, dans cette entre-deux qui m’appartient, comme Nathalie Baye dans “Un dimanche sur deux”. Une échappée à croiser un moment une vie, deux vies, trois vies. Odeurs de cacahuètes grillés, le clown fait un dernier animal en ballons sculptés. Sur la promenade des Anglais, les enfants slalomment en rollers. La ville parle à voix basse dans le doré du soir. Nice ville étrangère, pour un homme à prendre ou à laisser.
Un dimanche très puces
novembre 9, 2008
Aimer un moment la foule. Les gens qui cherchent une affaire, un jean à une euro, une montre à cinq. Croiser un imam qui fait la quête pour construire une mosquée à Montfavet. Sans doute pour concurrencer le Christ d’occasion qui avait élu domicile dans ce village.
Boire un sirop d’orgeat qui a le goût de la colle Cléopâtre de l’école primaire.
Manger un couscous dans un resto, en plein passage, entre légumes et stand de bricolage. Déguster en faisant attention de ne pas m’étrangler avec la graine. Regarder les familles s’installer avec leurs achats, discuter avec une petite fille qui a acheté une tortue minuscule et lui a mis des feuilles de bougainvillé dans sa petite boîte à chaussures. Apprécier les odeurs de menthe et même de viande grillée. Voir une dame naine toute à fait élégante avec un superbe foulard blanc bordé de parements argentés. Résister à l’achat d’un téléphone portable “en affaire”.
Se dire que l’on va croiser quelqu’un que l’on connaît et que cela sera agréable de partager un thé un peu fort.
Voir les sachets plastique bleu, vert, orange comme des ballons d’anniversaire. Se dire avec plaisir que l’on va trouver un objet inutile à ramener. Un cadeau “au cas où”, singulier et improbable et surtout bon marché.
Crestet, comme un nid oublié
novembre 2, 2008
Il est des lieux habités. Lorsqu’on les découvre, on sent qu’il se passe quelque chose, que l’on vient de tomber sur un drôle d’espace, Le centre d’art du Crestet est de ceux-là. Au milieu de la pinède et des chênes, près de Vaison-la-Romaine, il y a là un incroyable bâtiment, comme une forteresse assoupie, proche de l’architecture du Corbusier et due à Bruno Stahly. Cela a été l’oeuvre unique (et superbe) de cet architecte dont le père est François Stahly, sculpteur qui a eu une certaine renommée dans les années 70-80 et dont les oeuvres sont disséminés sur la colline, avec d’autres artistes, autour du centre d’art. Le centre et les 7 hectares sont la propriété du ministère de la Culture qui a dû oublier cet espace improbable.
A l’intérieur de la forteresse, loin de l’austérité des Stahly, on découvre le monde “facteurchevalien” d’un autre sculpteur, le Belge Alfred Trouvé, installé là comme gardien depuis la fermeture du centre et qui bâtit jour après jour une oeuvre colorée, drôle, entre naïveté et réflexion sur le monde et l’avenir. Des tables animaux, des géants, des fêtards qui s’empilent pour toucher le plafond, des poubelleurs de l’espace, des flippers géants, des Mickey déjanté, des cochons cachés sous des tables, des crocodiles hilares, des totems hallucinatoires, des bas-reliefs de BD avec des personnages perdus dans des villes de science-fiction, des Beatles réinventés et même un Michaël Jackson du temps de “Thriller”.
J’imagine assez bien une classe d’enfants lâchés dans ce paradis, des minots devenus fous de bonheur qui découvriraient toutes ces créatures hors normes et qui se promeneraient dans ce bâtiment plein de recoins et de demi-niveaux. Le tout sous le regard indulgent du maître des lieux, le bon Alfred dit “Freddy” (rien à voir avec les “Griffes de la Nuit) qui parle avec gentillesse et humour de son oeuvre, du lieu, de son histoire personnelle.
Et qui, lorsqu’il sort de l’incroyable boîte de béton dont les terrasses donnent sur les superbes paysages de la Drôme et du Vaucluse, vous guide encore dans la forêt jusqu’aux sculptures qui y sont cachés. Un arbre qui pont des oeufs, le moulage d’un trou, un trône de béton et surtout le superbe “Nid de lavandes” créé par Nils Udo en 1988 au Crestet. Un nid géant semblable à ceux des oiseaux mais fait de troncs d’arbres et qui se dégrade doucement en pleine nature. Un exemple parfait du “Land Art”, cet manière de mettre en scène la nature, de s’y intégrer. Chez Nils Udo, l’œuvre d’art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C’est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu’il fait pour les autres mais pour la nature. D’ailleurs, il s’est mis en scène lui-même dans certaines de ses oeuvres, nu et recroquevillé dans un nid. Il met aussi des corps recouverts de feuilles, de moisissures, comme si les humains étaient reconquis par la forêt, la prairie, la lande.
Même si sa dégradation progressive est normale, il ne faut pas que le “Nid de Lavandes” du Crestet tombe totalement dans l’oubli. Il faut remontrer son état initial et ce qu’il est devenu.
Le Crestet, une bulle d’art conceptuel, de sculptures patinées par la nature, de création joyeuse. Un lieu qui doit être préservé et sortir de l’oubli.
Un long dimanche sans fiançailles
octobre 21, 2008
C’était un dimanche de jumelles à la terrasse des cafés. C’était un dimanche de sœurs septuagénaires qui se tiennent par la main pour aller chercher leurs gâteaux. C’était un dimanche de halle ouverte, avec des fruits brillants comme frottés à la laine. C’était un dimanche de baba cools qui installent leurs étals de boucles d’oreille et de portefeuilles en tissus indiens. C’était un dimanche de petits déjeuners dans une salle silencieuse donnant sur les jardins. C’était un dimanche de rues désertes. C’était un dimanche où les filles passent dans d’incroyables pantalons treillis, comme de belles guerrières. C’était un dimanche gris souris qui vous plonge dans une sorte d’engourdissement fort agréable.
C’était un dimanche à regarder les trains en partance en espérant un texto. C’était un dimanche à passer devant un temple et à y entrer. C’était un dimanche à parler avec une fidèle sur le parvis de l’absence de bénitier dans le temple et finalement d’en terminer sur la nécessité de la foi pour pouvoir vivre quand on a perdu un enfant. C’était un dimanche à acheter d’incroyables croissants aux amandes. C’était un dimanche à écouter mille conversations à la volée. C’était un dimanche de tous les espoirs et de toutes les solitudes.
C’était un dimanche d’exil tout proche. C’était un dimanche où toutes les boutiques fermées vous font de l’œil. C’était un dimanche qui ressemblait à un premier janvier ou à un 15 août. C’était un dimanche à penser à des enfants, des bébés, des filles qui en font. C’était un dimanche de vieilles photos et de souvenirs qui traînent le long du train qui avance. C’était un dimanche de cyprès et de champs qui s’étirent.
C’était un dimanche de sable qui s’écoule entre les doigts, de cerfs-volants et de matchs avec des tee-shirts pour « faire les buts ». C’était un dimanche de villes entrevues, d’avenues parcourues, de pensées décousues. C’était un dimanche de tunnels et de rades redécouvertes. C’était un dimanche de sourire de boulangère. C’était un dimanche à lire des informations qui ne sont pas les vôtres. C’était un dimanche entre deux séances de cinéma. C’était un dimanche de stades oubliés et de viaducs graciles.
C’était un dimanche commencé par une insomnie et prolongé par une grasse matinée. C’était un dimanche de tramway et de train. C’était un dimanche de pâte à crêpes. C’était un dimanche entre Montpellier et Marseille, un dimanche élastique comme la taille d’un vieux pyjama.
La chanson de Quinson, préhistoric blues
septembre 26, 2008
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Voilà, c’était une belle journée d’automne dans les Alpes-de-Haute-Provence, une journée de trêve pastel où tous les croisements de souvenirs sont possibles, où la préhistoire vous en apprend beaucoup sur votre histoire et l’art de vivre.D’abord une heure de route pour me débarrasser un peu de cette tension permanente qui m’habite à “La Provence”, du stress du travail quotidien, du bulldozer de l’information qui me fait parfois vibrer comme un diapason désaccordé. Accrocher des chênes verts et des grands cèdres du regard et puis goûter enfin aux grands paysages, aux routes rectilignes du plateau de Riez, aux moutons qui ont presque la couleur de la terre retournée des champs des lavandes dont les plants arrachés s’entassent, aux montagnes encharpées de nuages impossibles qui s’élèvent derrière les grandes antennes légères comme des libellules.Et puis arriver, après quelques égarements, à ce musée de la préhistoire de Quinson que, finalement, je n’avais jamais visité. Repenser à la lettre touchante d’un paléontogue, Jean-Courtin, après mon article sur Françoise Claustre qui avait commencé sa carrière de scientifique dans cette région avant de devenir la captive du désert au Tchad. Cette femme au beau visage qui parlait au journal de 20 heures de sa détention, filmée par Raymond Depardon et dont, bizarrement, l’annonce de la mort m’avait profondément touché. Pas si bizarrement finalement, à cause d’un lien souterrain. Chercher si son nom est inscrit quelque part, si on voit une photo d’elle au bord du Verdon lors des fouilles et ne pas trouver, à mon grand regret.Me souvenir surtout (voilà une part du lien) que ma compagne décédée, Véronique Dancette, m’avait parlé avant tout le monde du musée de Quinson. Parce que des amis architectes à elle lui avaient raconté leur projet fou, leur coup de fil à Norman Foster sans trop y croire et le miracle de son accord. Je me souviens des photos d’elle et de ses potes le jour de l’inauguration faites avec le premier numérique que je lui avais offert : 800.000 pixels, la préhistoire de la photo informatique. Jean Courtin devait sans doute y être aussi. Mais surtout aussi Sylvie Sauzet, l’amie d’enfance de Véro, fille de Maurice Sauzet, dont les maisons sont parents de ce musée. Véro est morte le 7 janvier 2002 et elle aussi aimait les échappées belles dans la lumière et la solitude dans ces terres de western provençales.Alors voilà, j’ai adoré ce musée, encore plus pour l’architecture que pour le contenu, comme au musée Guggenheim que j’avais visité à Bilbao avec Véro. En Espagne, les rondeurs métalliques. A Quinson, l’alliance des pointes de silex et du béton. Un côté escargot rassurant et beau, appuyé sur les falaises. L’audacieux décalage de ce bâtiment moderne dans un village. S’asseoir à l’intérieur dans la reconstitution de la Baume Bonne est un vrai apaisement pour l’hyperactif que je suis.J’ai aimé aussi le déjeuner à Quinson à l’hôtel deux étoiles Notre-Dame. Une merveille d’hôtel de bord de route où l’on voudrait se réveiller, un matin volé au monde en ouvrant grand les volets, après avoir mangé la veille une truite meunière ou du gigot d’agneau de Sisteron. Les serveuses étaient épatantes et complices de mon échappée buissonnière avec l’amie qui m’accompagnait. Après le “moment Quinson”, nous sommes allés écouter des lectures aux Correspondances de Manosque. Il y avait d’abord sur la place de l’Hôtel de Ville, cet écrivain de nouvelles dépressif, Serge Joncour, qui racontait que le bonheur pour lui, c’était de pouvoir voler un accoudoir à sa voisine dans le train. Et puis Nicolas Fargues, que j’ai écouté sans savoir que c’est lui qui a écrit un de mes livres fétiches, “J’étais derrière toi” et avec qui j’ai évoqué avec bonheur une scène magique de “Hors d’atteinte”, où George Clooney séduit Jennifer Lopez qu’il a enfermé avec lui dans le coffre d’une voiture. Une merveille de légèreté et de séduction cool que Fargues reraconte dans son livre “Beau Rôle”.Et enfin, il y a eu ces lectures de lettres de Rosa Luxembourg par Anouk Grinberg au théâtre Jean Le Bleu. Cela commençait mal, elle était tendue, elle a demandé qu’on arrête de prendre des photos, un monsieur lui a crié qu’on entendait pas sa voix. Et puis, finalement, elle s’est installé dans Rosa. Et j’ai découvert cette femme incroyable, combattante éternelle et qui envoyait à ses amies des lettres de petite fille où elle parlait de ses herbiers et des mésanges buissonnières dont elle imitait le chant. Et puis surtout une superbe lettre de voyage de Rosa Luxembourg sur la Corse. Etonnant, non ? Elle y parlait de ce peuple qui marche en caravane, jamais groupé comme en Allemagne mais l’un derrière l’autre sur les sentiers, des femmes toujours droites assises en amazone sur un cheval ou un âne, “mince comme des cyprès”. Superbe non ? On imagine l’évasion que pouvait représenter un tel voyage pour cette femme qui fut brisée par la prison et pour son exigence politique. Et, même sur le fil, j’ai aimé Anouk Grinbert prenant une voix de presque petite fille que je lui avais entendu dans certains films pour être cette Rosa perdue ou réfugiée dans ces rêves enfantins.Putain de femmes, tout de même. Rosa Luxembourg n’était qu’exigence, Françoise Claustre n’a jamais voulu parler de sa captivité après sa libération et est retourné au silence et à ses fouilles. Véronique était forte fragile et méprisait les tièdes.Et puis nous sommes rentrés dans la nuit sans attendre la fin du spectacle, avec les images de Quinson et les mots de Luxembourg. Avec aussi une pensée pour les croyances enfantines à cause d’une conversation sur un orage qui menaçait. Parce que, quand j’étais petit – mais je le pense encore un peu – je croyais que la première goutte était toujours pour moi.C’est drôle de penser à autant d’histoires en allant au coeur de la préhistoire.Mais notre vie est faite de strates qui s’empilent, d’ères qui en nourrissent d’autres. Parfois, on gratte un peu et tout réapparaît.Comme mes amours, comme les vôtres.
De l’été, du bonheur, de mes 47 ans, des ados et de la night
juillet 29, 2008
Dans une autre boîte, le “Rancho”, j’ai pensé à la confusion des désirs et des sentiments. Ce lundi-là, les familles sortaient avec leurs ados et les filles de quatorze ans avaient l’air d’en avoir vingt-deux et d’ailleurs, on s’y perdait dans les comptes. On était un petit peu jaloux de leur énergie et de leur beauté, particulièrement d’un couple singulier formé par un gamine incroyablement belle avec un micro-short blanc et une tunique rose qui se frottait avec une immense élégance contre son immense amie aux seins de bakélite qui remontait sans cesse son haut récalcitrant. Avec un tas de gamins autour d’elles qui participaient à la fête mais devaient souffrir le martyre. Nous avons dansé sur du Christophe Mahé et du Mika -mais oui ! - et nous sommes partis même si je pouvais faire passer mes deux cops pour mes deux enfants -privilège du quadragénaire qui a fêté ses 47 ans- car parfois il faut savoir se situer dans le temps et éviter toute poursuite.
Les ados sont incroyables, comme ceux que nous avons croisé juste avant la boîte. Derrière nous, une table où deux garçons étaient entourés de six filles. Ils parlaient en gloussant de cunnilingus, des pratiques sexuelles d’une fille que les gamines n’aimaient pas. En s’excusant de parler trop fort. Mais cela ne nous dérangeait guère. Et puis les filles, petites lianes fines et belles, se sont levées et, d’une démarche rendue hésitante par le rosé, sont partis dans une farandoles en nous disant que ce soir, les garçons avaient le droit d’aller en boîte mais pas elles. Filles et garçons s’appelaient Harold et Alix et de pleins d’autres prénoms très classieux. J’ai eu un peu peur pour les filles qui rentraient à pied et j’ai dit aux garçons de les accompagner avant d’aller au “Rancho”.
Et puis, comme un éclair que l’on attend pas, un éblouissement nous a frappé au Patio, un bar de nuit très classieux sur une petite place comme un huis-clos à Porto-Vecchio. Un éclair nommé Saveria.
Parce que l’air après son passage gracieux conserve sans doute son empreinte.
Parce que Saveria donne un âme à cet incroyable lieu en plein air qu’est le “Patio”.
Parce qu’elle pourrait être la “Poca-Hôtesse”, personnage de Disney dont nous serions amoureux avec la gravité et la légèreté des enfants, en nous lançant sans peur dans des aventures singulières comme “Les Indiens arrivent sur la plage de Palombaggia et s’installent à la paillote”.
Parce qu’elle évolue avec grâce et légèreté dans le carré magique où sont installées les tables entre les maisons corses.
Parce qu’on la regarde passer en se disant qu’on avait rien connu de la vie avant et que cela va être un brise-coeur de quitter la Corse.
Parce qu’elle porte un superbe prénom corse.
Parce qu’elle en parle de sa voix douce et inimitable -qui vous fait penser que vous passeriez bien votre vie au coin du feu dans la vallée de la Tartajine avec elle- en expliquant que ce n’est pas le féminin de Sauveur, mais la version corse de Xavière.
Parce qu’elle place avec autorité mais gentillesse les gens qui arrivent en se grattant la tête.
Parce qu’elle nous a donné une des meilleures tables pour regarder les filles en tunique d’été et avec des dos nus que n’aurait pas renié Mireille Darc.
Parce qu’elle est belle et maligne et douce et forte sans doute.
Parce qu’elle a sûrement cette manière de traverser quand elle s’en va chez le boucher de son village, dans la montagne (spéciale décidace à Pierre Bachelet).
Parce qu’elle sourit avec indulgence quand on lui dit qu’on va créer un club de fans d’elle sur Facebook (ceux qui sont fans de Saveria, la “Poca Hôtesse” du Patio, à Porto-Vecchio) et qu’elle est un peu flattée.
Parce qu’elle le vaut bien.
Parce que.
Générique de fin
juin 20, 2008
Etre léger et feindre l’indifférence, comme dans une leçon d’Aubade. Aimer les terrasses, les filles qui passent, mutines. Se délecter d’un petit-déjeuner en compagnie d’une plus qu’amie dans un joli bar, avec une conversation joliment sur le fil de la séduction ou du moins dans un espace commun qui fait aimer la vie, avec une sensibilité un peu semblable.
Dans l’après-midi, à l’heure de thé, au café Delmas, place de la Contrescarpe, une autre histoire. Pouvoir voir venir vers soi une femme inscrite sur et sous ma peau, comme une belle cicatrice. La découvrir dans un nouvel état, magnifiquement enceinte, et ne pas en être blessé mais heureux. Heureux pour elle. Laisser là les pensées sur le fait que l’on est rarement synchro avec son amour, qu’on laisse passer des trains. Parler avec elle de tout et de rien, de danse, de vidéo, du prix du thé, de football et même de Sarkozy, de l’actualité mais pas de nous, surtout.
Lui dire avec un faux détachement cette phrase-cliché : “C’est pour quand”. Ce sera pour octobre et c’est un garçon. Question stupide : “Tu as pensé à un prénom ?”. Se trouver donc assis face à face au “Delmas”, place de la Contrescarpe, entouré de touristes et se sentir un peu en zone d’embarquement, voyageur en instance, derniers instants avec une personne qui vole vers ailleurs et qui vous a bâti, démoli, reconstruit, puzzlelisé, sans doute comme des dizaines d’autres mais plutôt comme un travail sourd, permanent, secret, persistant, avec une autre vie qui se déroulait en même temps. Se dire qu’il faut aimer son parfum : “Féminité du bois”. Se demander quelle mère elle sera. Ne pas avoir une pensée pour le père. D’ailleurs, s’apercevoir au bout de presqu’une heure qu’elle ne me parle pas de lui. Avec cette délicatesse qu’ont les femmes pour ne pas fourrailler dans les plaies. Et aussi parce que je ne lui demande rien sur le coproducteur de son oeuvre en instance. Ne tout de même pas être masochiste ou lèche.
Etre léger et feindre le “même pas mal”. La regarder bouger différemment. Acquieser lorsqu’elle dit qu’elle se sent animale dans son état. La regarder se lever, la regarder sortir avec moi, regretter qu’il n’y ait pas de ralenti dans la vie normale. L’embrasser sur les joues et dire une autre phrase cliché – la situation l’exige parfois – “Prends soin de toi et de lui”.. Marcher sur la place de la Contrescarpe et me retourner pour la regarder s’éloigner dans une rue, Me retourner encore une fois en souhaitant ne pas me changer en statue de sel. Et puis marcher à grandes enjambées en souriant. Ecrire le mot fin. Parce qu’elle le vaut bien. Parce qu’il le faut bien. Si tu veux être heureux, sois-le.
Eh oui, c’est ça la vie
mai 12, 2008
Bien sûr, il y a des centaines de chaînes sur le câble. Mais le hasard a ses raisons. Hier soir, après une journée à traînailler, je suis tombé sur “C’est la vie”, de Jean-Pierre Améris, un film qui raconte le quotidien de “La Maison” à Gardanne, où sont accueillis les malades en fin de vie, ou en rémission. C’est le dernier film que j’ai vu avec Véronique avant qu’elle retombe malade, que son cancer du sein se généralise. “La Maison”, c’est aussi l’endroit où elle est morte, plutôt paisiblement, un matin où j’étais allé à une réunion à la con. Je n’étais pas là. C’est fou, c’est comme si elle était entré dans le film. Je me souviens que je me sentais étonnament bien dans cet endroit, après l’hôpital. Comme si nous étions dans une chambre d’hôte. En plus, ce film est très doux, avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire et un super jolie scène de karaoké où il fait semblant de mal chanter “Mon manège à moi” et où elle est délicieuse. Et puis il l’emmène au ciel dans son avion parce qu’il veut tout faire avant de mourir, se sentir vivant, jouir de la lumière et du paysage. J’adore le sourire de Sandrine Bonnaire depuis son premier film, “A nos amours”. Et puis elle est parfaite quand elle l’engueule. Je ne vais pas raconter le film. Juste faire partager cette impression étonnante de retrouvailles, de repartage. C’est plutôt bien de penser à elle ainsi, de revoir les rochers de Cadaquès, de se dire que la vie est faite pour être vécu fortement, sans calcul.











