De la philosophie et de l’esthétique
novembre 15, 2009

"La première fois, ça surprend, l'épilation". Laissons passer l'ange.
On devrait toujours prendre un café chez l’esthéticienne. Là se joue la vraie vie, au poil près.Intérieur jour, les Bains des Cinq Avenues. Souad, cliente, 25 ans, sourire XXXXXXL, tignasse bouclée d’arabe qui ondule, raconte sa formation à Nelli, la maîtresse des lieux. Elle dit qu’elle apprend les règles de la sécurité incendie dans les lieux qui accueillent du public. “L’évacuation, les systèmes de sécurité pour éviter la propagation des flammes.” Elle parle des installations superbes du “Pavot”. En fait le Grand Pavois à Marseille. Cette liane qui danse dès qu’elle se lève s’y connaît en matière d’embrasement.
Nelli raconte elle ses “leçons de code particulières”, parce qu’elle n’est pas libre aux horaires d’ouverture de l’auto-école. Elle se plaint de son frère qui ne “termine pas ses travaux”. Elle se plaint qu’il est “déglass”. On traduit “dégueulasse”. Et, tout sourire, elle désigne Souad en disant : “C’est elle qui a failli me faire perdre toute ma clientèle en criant quand je lui épilais le maillot”.
Souad, qui n’a pas l’air d’avoir froid aux yeux, rougit et lance : “Nelli, tu ne peux pas te taire, c’est déglasse ce que tu dis là”. Et elle vous prend à témoin : “Ca fait mal la première fois, ça surprend”. On la rassure en lui racontant notre épilation du dos et l’arrachage de la première bande. Et puis on laisse passer un ange, lisse comme un galet.
Nelli accueille une autre cliente : “Elle est psychologue, j’ai une bonne clientèle non ?”
“Tout le monde vous aime bien”, répond la dame elle aussi tout sourire.
Les deux s’éclipsent pour un soin. Reste Souad et moi. Elle se lève et improvise une petite chorégraphie.
” J’aimerais faire de la danse orientale”, se met-elle à rêver;
” Vous devriez prendre un peu de poids alors”, lui répond-on en voyant son petit ventre plat que le bas de son tee-shirt et le haut de son jooging ne parvienne pas à cacher et ça serait dommage.
“Arrêtez, vous allez me complexer”, sourit-elle. Ce n’était pas le but et on aurait bien du mal à le faire.
“Il ne faut pas croire comme ça mais je suis timide”, ose-t-elle.
On lui raconte “La graine et le mulet”, où la jeune actrice marseillaiseHafsia Herzi danse pour faire patienter les clients d’un restaurant. Le réalisateur l’avait gavée pour qu’elle prenne des formes plus conformes aux canons orientaux. Souad ne connaît pas ce film. Cela l’amuse.
On lui parle de notre séjour dans un hôtel près d’un parcours de golf. “Vous auriez dû y jouer, ça permet de faire des connaissances”, assure la jeune fille, très sûre d’elle. Elle raconte une émission sur les célibataires et toutes les manières de trouver l’âme soeur. On lui dit qu’elle n’a sans doute pas besoin de tels artifices. Elle sourit et elle dit que “ce n’est pas si simple de se caler”. Pour cette beauté portuaire, c’est mieux que de se caser.
On prend ses courses. Nelli est remonté du hammam. “C’est un plaisir de boire un café avec vous mais il faut que j’épile Souad avant qu’elle aille à sa formation”. “Ne criez pas cette fois”, lance-t-on à la future spécialiste de la sécurité incendie. “Eh je ne crie plus”, assure-t-elle.
On laisse repasser l’ange silencieux et lisse comme un galet, dans une subtile senteur de miel.
Une Bouanich peut en cacher un autre
octobre 15, 2009

Bouche cousue le lapin des secrets

Bouche cousue le lapin des secrets
J’adore ce lapin-doudou en suspension exposé au 41 rue Montgrand, devant lequel j’ai éclaté de rire à lagrande surprise des visiteurs et qui est l’œuvre de Julie Bouanich.
Celle belle girafe drôle et roublarde peint dans son atelier du 5 rue Pascal à Marseille avec une grâce légère les poupées et peluches qu’elle collectionne et les objets du quotidien. Elle porte le nom d’un garçon qui m’a causé beaucoup de soucis quand j’étais jeune mais je lui pardonne. A elle, pas au garçon.
Ce Bouanich ressorti du fond de ma mémoire habitait tout comme moi à la cité Py, dans le quartier de Montolivet à Marseille. Avec sa tignasse frisée, il me ressemblait beaucoup et, sans que je me sois jamais trouvé avec lui au même moment, ne cessait d’insulter et d’emmerder une fille dans le bus n°6 que je prenais aussi.
Alors, avec une amie, elles sont venus se plaindre à ma mère, me prenant pour lui. Il a fallu que je convainque ma maman que, timide comme tout, je ne parlais à personne et que je n’avais jamais insulté cette fille. Finalement la confusion a été reconnue mais la gamine n’est jamais venue s’excuser. Elle a envoyé sa cop’s faire son mea culpa à sa place. Satané Bouanich.
En y repensant, on peut ainsi se faire piéger, surtout si on se met à bafouiller, à paraître coupable quand on est juste affolé par l’erreur.
Julie, continuez à peindre des images quasi-enfantines, des lapins et des ours pastels pendant que je tourne une page de mon enfance.
Garder en soi un peu de neige
janvier 10, 2009

Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues
Comme une nostalgie, un regret. La neige s’en est allée, le général Hiver a fait retraite. Plus de snowboarder sûr les pentes de la Bonne-Mere.
Nous devons retrouver le quotidien, mes embouteillages ordinaires, la foule dans les rues.
Il faut le dire : il y a un vrai bonheur dans ces situations de semi-catastrophe. D’abord celui de marcher seul ou presque dans une ville déserte, sans voiture. Comme un enfant dans un immense terrain de jeux.
Et puis ensuite la sensation de vivre un moment entre parenthèses. Malgré ou grâce aux blocages, les gens se parlent, s’entraident, sourient sous les flocons. En ces temps de frénésie, de zapping, de vitesse, nous redécouvrons l’immobilité, l’attente dans la neige, le rythme des saisons.
Alors on tirera les leçons, on améliorera les procédures d’alerte et d’intervention pour les naufragés des routes.
Mais s’il vous plaît, gardez-nous un peu de ce bonheur blanc dans la tourmente.
“Je ne suis pas digne de toi”
novembre 19, 2008
Qui n’a jamais entendu un jour cette phrase un jour de l’être qu’il ou elle convoitait le plus au monde, comme un entraîneur de foot à qui le président “renouvelle toute sa confiance” ? Qui n’a pas entendu ce début de phrase en sachant que la sentence allait tomber comme guillotine sur le cou du tueur en série ? Hein, qui peut le dire sans mentir ?
Qui n’a pas entendu un jour : “Tu feras toujours partie de ma famille” (oui mais voilà comme un cousin éloigné à qui on envoie une carte de bonne année), “Tu es trop bien pour moi” (ah bon, je m’étais pas rendu compte) ou le terrible : “Je ne suis pas digne de toi” (mais soit indigne connard, patate !).
Alors voilà le groupe, le club, l’association, pour tous les recalés(e)s, les largué(e)s, les qui ont pas su sentir venir le vent et à qui on badigeonne de la tendresse alors qu’ils voudraient du sexe, de l’amour, du bonheur à deux. Les exceptionnels qui font exception et ne confirment pas la règle. Ceux et celles qui ont de temps en temps des envies de meurtres parce que, malgré leurs défauts, leurs hésitations, leurs vélléités, ils et elles ont bâti des cathédrales pour l’autre.
Alors merde, cela mérite bien un petit groupe. Pour tous les vaillants soldats tombés lors de leur retraite de Russie sentimentale, dans la froidure des sentiments soudain congelés.
Comme il faut donner l’exemple, je me dévoue en pensant très fort à une petite merveille qu’un géant ne mérite pas. Alors, voilà, ce groupe est pour :
-Tous ceux qui prennent des trains pour Nice en y croyant et qui n’ont même pas un appel après.
-Tous ceux qui roulent en scooter vers le Vaucluse et l’inconnue.
-Tous ceux qui déposent des bouquets de fleurs derrière une porte en entendant la voix de l’autre derrière.
-Toutes celles qui traversent Paris, Marseille, Lyon dans la nuit pour aller vers l’homme qu’elles aiment.
-Tous ceux qui ont écrit une comédie musicale avec une guitare d’enfant pour épater une nana.
-Tous ceux qui sont allés chercher une fille qu’ils connaissaient à peine à la sortie de l’entrepôt de Prisunic et qui, plus tard, n’ont pas été pris au téléphone.
-Toutes celles qui ont posé dans des chambres d’hôtel pour leur amoureux et qui y croyaient.
-Tous ceux à qui une femme a dit qu’ils étaient incontournables et qui ont été, finalement, très bien contournés. Et cela vaut pour les filles à qui on a tenu le même discours définitif.
-Toutes celles qui préparent des sacs en cachette.
-Tous ceux et celles qui ont écrit des lettres en pensant qu’elles feraient rester l’autre. Ou quitter l’autre.
-Tous ceux et celles qui sont tellement exceptionnels que l’on passe à côté d’eux.
Voilà, laissez tomber tout ego, toute tentative d’être digne. C’est parti pour l’ordinaire de l’exceptionnel. Soyons forts. Confions-nous et rassemblons-nous.
Souvenirs d’hôtel
novembre 18, 2008
J’aime les hôtels et les chambres d’hôtel. J’aime leur signal dans la nuit. J’aime toutes les histoires que cela me raconte. J’aime me souvenir des nuits clandestines avec M., à Lyon ou Paris. Des deux grands lits et très hauts qui faisaient un immense plumard à Londres avec L. D’une grande chambre avec Véronique dans la banlieue de Bilbao.
J’aime me souvenir du serveur aux airs de Nosferatu à l’hôtel “Le Provençal” de la presqu’île de Giens avec une autre M. à la délicieuse culotte de dentelle et de notre chambre en sous-sol alors qu’elle semblait à l’étage.
J’ai aimé avec Laure le spectaculaire Royal Pita Maha de Bali, ses sculptures démentielles, ses lits de trois mètres, ses piscines privées à débordement sur la jungle.
J’ai aimé le plus minuscule des hôtels dans une rue traversière tout près de la gare de Lyon pour un premier rendez-vous en septembre 2005. Ou l’hôtel de la Tour Blanche, à Toulon où j’ai pensé vivre une aube nouvelle.
Mais j’ai aussi mille images qui me reviennent de nuits de solitude pendant des reportages, celles d’un Formule 1 à Vaux-en-Velin après avoir tournée dans la cité pour les premières émeutes urbaines, d’un autre à Huescas où j’avais du mal à transmettre mon papier après une coulée meurtrière au camping “Las Neves”, d’une chambre près d’Epinal sans même la télé après un repas interminable avec des gendarmes qui enquêtaient sur un violeur post-mortem, d’une chambre à Longwy à l’Ibis où le couple a côté baisait comme des morts-de-faim avec la gonzesse qui hurlait “non” alors que j’avais passé la journée sur une affaire de tueurs en série de femmes. Il les trucidait après avoir crevé le pneu de leur voiture et gentiment proposé de les aider à réparer.
Il y a eu aussi des chambres paisibles, des chambres sas pour sommeil en retard, à Ceylan, New-York, Bordeaux ou Nice. Des réveils où je me demandais où j’étais en regardant le plafond que je connaissais pas. Un hôtel en travaux à Pigalle avec le plus beau des cadeaux m’attendait. Il y a encore eu des hôtels de voyage de presse dont un Hyatt Régency dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte avec ma carte magnétique et où je me suis trouvé tout bête et tout petit sur la rotonde géante. Little French in Big America. Ou le “Baros” aux Maldives où il me suffisait de faire trois mètres pour plonger dans le lagon. Sans oublier l’ancien hôtel de poste de Valenciennes pendant l’affaire VA-OM où les serveurs insistaient pour que je mange du saindoux au petit-déjeuner.
Un autre aux Orres dont je n’ai pu ouvrir la porte, jeune journaliste en reportage, et j’ai dû dormir dans ma voiture, une R5 je crois. En fait, je pense que je passerais volontiers ma vie dans les hôtels. Avec le petit déjeuner inclus pour la gentillesse de la serveuse qui demande avec le sourire : “Café ou thé”. Sans illusion, dans la lumière des néons, parfois belle, parfois blafarde. Seul ou avec un amour fort ou fragile, tendre ou sexe.
Les femelles crocodiles
novembre 16, 2008
Conversation de filles, captée dans un resto vietnamien à Marseille. Deux nanas assez désespérantes qui se la jouaient Bridget Jones. Entre la psychologie de bazar et les brèves de comptoir. Pas assez sexe, prise de tête à mort. Drôle à force d’être trop.
“Ma mère, elle est comme ça : elle est castatrice.
-On s’est tourné autour mais on était bourré.
-J’ai pas pris son numéro, c’est pour ça que je suis célibataire depuis longtemps.
-Je suis revenu des vacances de Noël et j’ai appris qu’un collègue de bureau avec qui j’avais un
bon feeling avait quitté sa nana. Ils étaient ensemble depuis huit mois je crois.
-Il faut respecter une période de deuil.
-Il a un beau visage, un bon look.
-Organise une soirée pour en avoir le coeur net.
-La semaine de mon anniversaire, il a repris contact avec mes deux meilleurs potes.
-Il faut rationaliser et mettre dans le contexte.
-On a eu ce crêpage de chignon, je pense qu’il y a un problème de relation.
-C’est à dire la réalité, moi, j’ai beaucoup de mal.
Comme un vieux rocker amoureux à Nice
novembre 11, 2008
Quand je suis à Nice, je pense toujours au “Fils Préféré” qui est aussi un de mes films préférés. Nicole Garcia y montre un Gérard Lanvin totalement viril et désespéré. Comme il a des problèmes d’argent, il couche avec la femme de son frère et manque de tuer son père pour toucher l’assurance. Dans ce film, comme lors de ma promenade, il y a de belles façades d’hôtel – avec quelques affaires sombres derrière – des quartiers populaires, du patois piémontais, des lignes de fuite et une lumière qui semble douce et se révèle cruelle.
Se réveiller donc et aller vers la mer. Jouer au touriste sans but ni attache. Un chapeau Zara, un pas ralenti, aucun rendez-vous. Le ciel est gris souris. Prendre un petit-déjeuner anglais seul sur la terrasse du “Lido Plage” avec des serveurs russes qui ont dû commettre moult meurtres dans un passé récent mais qui me servent avec gentillesse une omelette parfaite, du pain chaud, un thé qui passait doucement et une orange pressée. La seule Française qui fait la mise en place du resto, avec son pantalon de treillis qui laissait voir une jolie bande de ventre très bronzée a l’air d”‘un “lap-danseuse”. Sur la mer, il y a deux barques de pêcheurs sûrement payés par l’office du tourisme pour donner une image parfaite, avec des cirés jaunes et bleus.
La promenade des Anglais est déserte et il fait bon errer alors que des cyclistes partent à l’assaut de l’arrière-pays. Tout cela était triste-gai. Je suis en vacance. En vacance de mon boulot, en vacance de moi-même un peu, en vacance de tout sentiment fort.
J’aime bien être en suspension. Cela mériterait une air de piano ou de violoncelle sur la plage.
Je prends le temps de regarder les vieux rêveurs avec leur “poêle à frire” qui cherchent fortune sur les galets. Dans les rues désertées, sur ce boulevard Victor-Hugo où s’alignent les façades aux décorations sorbet, où triomphent le stuc et les moulures, je rentre à mon hôtel désert, accueilli bien évidemment par une réceptionniste russe. La tête pleine des exploits de James Bond, j’ai imaginé ma vie dans le danger et la trahison. Et puis, dans ma chambre, j’ai regardé par la fenêtre l’enseigne “Malmaison” accrochée à mon balcon et je me suis imaginé comme un personnage d’une toile d’Edward Hooper. L’acceptation de la solitude, le décalage, être ailleurs pour ne pas être soi-même. Même si j’aime partager mes histoires, même si une femme me réveille et m’embellit, c’est en moi. Cette curieuse façon d’être seul, sans drame.
Comme lorsque j’ai trouvé à la “Canne à Sucre” un havre, un bar mi-anglais, mi-italien, un bar d’habitués avec une petite fille lutin prénommée Anaïs, un ange blond grisé, pour y voir s’allonger les heures. Very Nice, my dear, je suis un vieil Anglais fatigué qui vient chercher un old love. Ou lui-même. Ou tous ceux et surtout celles qu’il porte en lui. Je me souviens d’un message laissé sur mon téléphone alors que j’étais dans la vieux Nice avec Véronique. C’était Myriam, je suis allé l’écouter sur la plage et je n’ai pas répondu. Drôle de Brice de Nice. J’ai préféré faire une lettre, plus tard, pour lui raconter mes courses solitaires dans l’ancien zoo de Marseille. Retrouver les rues que j’avais parcouru en écoutant sa voix, pendant que je laissais Véronique faire les boutiques pour y placer ses vêtements “Xuly Bët”. Redescendre sur la plage où je m’étais réfugié, entre tous ces mots, toutes mes hésistations. S’asseoir, vieillir, laisser le temps faire son oeuvre avec ses derniers rêves.
A Nice, être comme un clochard céleste, goûter cette cité balnéaire où l’on rêve de vivre des nuits outrageusement chères avec des créatures outrageusement fatales. Suivre des yeux les appareils balnéaires, les jets transats qui frôlent la corniche et semblent s’écraser sur les palmiers. Ici, la solitude est douce, faussement douce. Le soir, on va vers la lumière, vers l’enseigne géante du Négresco et des autres hôtels de bord de mer comme un phalène, afin de jouir du luxe par procuration.
Et se dire que, comme ce vieux rocker qui écoute rouler les galets et joue des airs éternels sur un banc, on aime malgré tout cela. Je me sens vivant dans ces moments-là, dans cette entre-deux qui m’appartient, comme Nathalie Baye dans “Un dimanche sur deux”. Une échappée à croiser un moment une vie, deux vies, trois vies. Odeurs de cacahuètes grillés, le clown fait un dernier animal en ballons sculptés. Sur la promenade des Anglais, les enfants slalomment en rollers. La ville parle à voix basse dans le doré du soir. Nice ville étrangère, pour un homme à prendre ou à laisser.
Un dimanche très puces
novembre 9, 2008
Aimer un moment la foule. Les gens qui cherchent une affaire, un jean à une euro, une montre à cinq. Croiser un imam qui fait la quête pour construire une mosquée à Montfavet. Sans doute pour concurrencer le Christ d’occasion qui avait élu domicile dans ce village.
Boire un sirop d’orgeat qui a le goût de la colle Cléopâtre de l’école primaire.
Manger un couscous dans un resto, en plein passage, entre légumes et stand de bricolage. Déguster en faisant attention de ne pas m’étrangler avec la graine. Regarder les familles s’installer avec leurs achats, discuter avec une petite fille qui a acheté une tortue minuscule et lui a mis des feuilles de bougainvillé dans sa petite boîte à chaussures. Apprécier les odeurs de menthe et même de viande grillée. Voir une dame naine toute à fait élégante avec un superbe foulard blanc bordé de parements argentés. Résister à l’achat d’un téléphone portable “en affaire”.
Se dire que l’on va croiser quelqu’un que l’on connaît et que cela sera agréable de partager un thé un peu fort.
Voir les sachets plastique bleu, vert, orange comme des ballons d’anniversaire. Se dire avec plaisir que l’on va trouver un objet inutile à ramener. Un cadeau “au cas où”, singulier et improbable et surtout bon marché.







