Une nuit de printemps

avril 12, 2011

On se dit qu'après tout on n'est qu'à la mi-temps

C’est une nuit de printemps et on n’est pas sérieux même si l’on va avoir cinquante ans.

C’est une nuit de printemps et lorsqu’en roulant comme Nanni Moretti dans “Journal intime” en scooter, on sent comme un bruissement, on se dit qu’il est toujours temps.

C’est une nuit de printemps et l’on boit une bière blanche à une terrasse seul en regardant les passants.

C’est une nuit de printemps et l’on se dit que cela mériterait un karaoké sur une plage dans le vent.

C’est une nuit de printemps et l’on sent autour de soi comme un bruissement.

C’est une nuit de printemps et, en tendant l’oreille, on entend forcément un chat-huant.

C’est une nuit de printemps et l’on se sent vieux et l’on se sent enfant.

C’est une nuit de printemps et l’on a le pas traînant et le coeur tremblant.

C’est une nuit de printemps et l’on se dit qu’après tout, on n’est qu’à la mi-temps.

C’est une nuit de printemps et l’on a envie de faire claquer des portes à deux battants.

C’est une nuit de printemps et putain que c’est beau et putain que c’est grand.

C’est une nuit de printemps et l’on a envie de rouler dans les champs.

C’est une nuit de printemps et l’on pense à elle, aux tout premiers temps et au beau présent.

C’est une nuit de printemps et l’on se dit que l’été sera triomphant.

Le loup symbole du malaise de ces hommes d’altitude trop oubliés

Jadis, Charles Pasqua avait promis de “terroriser les terroristes”. Dans la vallée du Jabron, venu pour annoncer une série d’aides pour les agriculteurs de montagne, Nicolas Sarkozy a promis de faire peur au loup et de lui réapprendre à faire la différence entre un troupeau et du gibier sauvage. Avec la possibilité de faire un “tir de prélèvement”, autrement dit d’abattre le chef de meute le plus gourmand dans l’Ubaye. Vaste programme dont la réussite n’est pas garantie. Le loup, depuis son retour dans les Alpes, notamment dans celles de Haute-Provence, a pris ses aises sur ces terres austères et souvent désertes. Il a perdu la peur de l’homme et attaque même de jour. Le Président l’a dit lui-même, c’est un “animal intelligent” qui sait s’adapter. Malgré les mesures de protection, les parcs électrifiés, les bénévoles qui viennent aider les bergers, il prélève sa dîme parmi les brebis.

Comme le disent les spécialistes, un tir de prélèvement ne sera pas forcément une solution durable. En effet, désorganisée par la perte de son chef, la meute peut se lancer dans des attaques désordonnées contre les troupeaux, blessant plus de bêtes. Comme le loup est toujours une espère protégée, il faut donc se résoudre, même avec des aménagements, à organiser sa cohabitation avec l’activité pastorale. Donner la “gestion” de cette espèce, comme cela se fait en Espagne, aux chasseurs, avec des “bagues” vendues fort chères pour tuer un loup de temps à autre, est une utopie car il y a 5000 loups sur le territoire ibérique contre moins de 150 en France. Il faut de plus relativiser les dégâts de cette espèce. Quelques 103 attaques dans les Alpes-de-Haute-Provence cet été pour quelques 150 000 moutons et brebis présents dans les alpages et les élevages, cela recadre le dossier, même si personne ne peut nier le traumatisme causé par une attaque pour un berger. Avec des indemnisations correctes.

Non en fait le loup est le symbole, pour revenir à un thème de campagne présidentielle -Nicolas Sarkozy l’a ouverte dans le Jabron – de l’insécurité que vivent les éleveurs. Derrière l’insécurité apparente causé par le “canis lupus”, il y a celle véritable d’une profession, d’un secteur qui se cherche un avenir, accroché aux hautes terres de Provence qui se désertifient. Et même en exterminant tous les loups, on ne tuera pas facilement la peur du lendemain chez les pâtres. Parfois, à force de crier au loup, on peut passer à côté du vrai destin de ces hommes d’altitude.

Dieu qu'il était classe ce pingouin...

C’est un pingouin qui s’ennuyait
Dans un bar de la banquise.
Il rêvait de s’éclater
Dans un palace des Marquises
Et comme il était pas manchot,
Il partit vers les pays chauds.

Refrain
C’est un blues qui vient de loin.
C’est le blues du pingouin.
C’est le blues, blues, blues,
Pingouin blues.

Il prit le premier iceberg
vers d’autres cieux et d’autres mers.
Il goûta aux doux rivages corses
Et appela son copain Jo Le Morse.
“Passe le bonjour aux copains
d’la part de Nestor le pingouin”.

Refrain

Nestor s’installa sur un îlot,
Suça des glaces et des polos.
Il trouvait ça rigolo
D’manger enfin de l’esquimau.
Il dégustait cool des ice-creams,
entouré de petites frangines.

Refrain

Nestor n’était plus bicolore,
L’était bronzé sur tout le corps.
Dieu qu’elle était loin la banquise
Quand sur la plage soufflait la brise.
Il avait son orchestre de dauphins.
Mais qu’il était classe ce pingouin !

Refrain

Mais un pingouiin sous les tropiques,
C’est vraiment trop atypique.
Nestor rêvait de vrais icebergs
En zyeutant la glace dans son verre.
Alors il rappela son pote le Morse
En lui lançant un SOS.

Refrain

Le pingouin oublia le mambo tropical
Pour retrouver les aurores boréales.
Il se cacha dans un bateau frigo
Entre deux caisses de maquereaux.
Il retrouva enfin la banquise
Et la douceur du grand freeze.

Refrain

Il ouvrit un bar très classe,
Avec des parasols en glace
Des chaises longues en neige
Et raconta les sortilèges
Des femmes fatales des tropiques
A la manière d’Abdel Malik.

Refrain

Il appela sa chouette boutique
“Au réchauffement climatique”.
Il fit venir quelques vahinés
Pour montrer leurs beaux nénés
A tous les phoques émerveillés,
A Jo le Morse qu’y'en aboyait.

Refrain

En attendant que son monde fonde
Il goûtait chaque seconde,
Mi Travolta, mi duc de Guise.
Le vrai pacha de la banquise.
Nestor le nouveau King du pôle

qui affolait même Interpol.

Refrain.

C’est un pingouin qui s’ennuyait

dans un bar de la banquise

Et qui bientôt pourrait s’la couler

Avec toute sa glace qui se brise…

Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues

Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues

Comme une nostalgie, un regret. La neige s’en est allée, le général Hiver a fait retraite. Plus de snowboarder sûr les pentes de la Bonne-Mere.

Nous devons retrouver le quotidien, mes embouteillages ordinaires, la foule dans les rues.
Il faut le dire : il y a un vrai bonheur dans ces situations de semi-catastrophe. D’abord celui de marcher seul ou presque dans une ville déserte, sans voiture. Comme un enfant dans un immense terrain de jeux.

Et puis ensuite la sensation de vivre un moment entre parenthèses. Malgré ou grâce aux blocages, les gens se parlent, s’entraident, sourient sous les flocons. En ces temps de frénésie, de zapping, de vitesse, nous redécouvrons l’immobilité, l’attente dans la neige, le rythme des saisons.

Alors on tirera les leçons, on améliorera les procédures d’alerte et d’intervention pour les naufragés des routes.
Mais s’il vous plaît, gardez-nous un peu de ce bonheur blanc dans la tourmente.

Relever le lieu, ne pas l'oublier, penser à Alfred Trouvé, à Nils Udo et aux autres

Relever le lieu, ne pas l

Il est des lieux habités. Lorsqu’on les découvre, on sent qu’il se passe quelque chose, que l’on vient de tomber sur un drôle d’espace, Le centre d’art du Crestet est de ceux-là. Au milieu de la pinède et des chênes, près de Vaison-la-Romaine, il y a là un incroyable bâtiment, comme une forteresse assoupie, proche de l’architecture du Corbusier et due à Bruno Stahly. Cela a été l’oeuvre unique (et superbe) de cet architecte dont le père est François Stahly, sculpteur qui a eu une certaine renommée dans les années 70-80 et dont les oeuvres sont disséminés sur la colline, avec d’autres artistes, autour du centre d’art. Le centre et les 7 hectares sont la propriété du ministère de la Culture qui a dû oublier cet espace improbable. 

A l’intérieur de la forteresse, loin de l’austérité des Stahly, on découvre le monde “facteurchevalien” d’un autre sculpteur, le Belge Alfred Trouvé, installé là comme gardien depuis la fermeture du centre et qui bâtit jour après jour une oeuvre colorée, drôle, entre naïveté et réflexion sur le monde et l’avenir. Des tables animaux, des géants, des fêtards qui s’empilent pour toucher le plafond, des poubelleurs de l’espace, des flippers géants, des Mickey déjanté, des cochons cachés sous des tables, des crocodiles hilares, des totems hallucinatoires, des bas-reliefs de BD avec des personnages perdus dans des villes de science-fiction, des Beatles réinventés et même un Michaël Jackson du temps de “Thriller”. 

J’imagine assez bien une classe d’enfants lâchés dans ce paradis, des minots devenus fous de bonheur qui découvriraient toutes ces créatures hors normes et qui se promeneraient dans ce bâtiment plein de recoins et de demi-niveaux. Le tout sous le regard indulgent du maître des lieux, le bon Alfred dit “Freddy” (rien à voir avec les “Griffes de la Nuit) qui parle avec gentillesse et humour de son oeuvre, du lieu, de son histoire personnelle. 
Et qui, lorsqu’il sort de l’incroyable boîte de béton dont les terrasses donnent sur les superbes paysages de la Drôme et du Vaucluse, vous guide encore dans la forêt jusqu’aux sculptures qui y sont cachés. Un arbre qui pont des oeufs, le moulage d’un trou, un trône de béton et surtout le superbe “Nid de lavandes” créé par Nils Udo en 1988 au Crestet. Un nid géant semblable à ceux des oiseaux mais fait de troncs d’arbres et qui se dégrade doucement en pleine nature. Un exemple parfait du “Land Art”, cet manière de mettre en scène la nature, de s’y intégrer. Chez Nils Udo, l’œuvre d’art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C’est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu’il fait pour les autres mais pour la nature. D’ailleurs, il s’est mis en scène lui-même dans certaines de ses oeuvres, nu et recroquevillé dans un nid. Il met aussi des corps recouverts de feuilles, de moisissures, comme si les humains étaient reconquis par la forêt, la prairie, la lande.

 Même si sa dégradation progressive est normale, il ne faut pas que le “Nid de Lavandes” du Crestet tombe totalement dans l’oubli. Il faut remontrer son état initial et ce qu’il est devenu.
Le Crestet, une bulle d’art conceptuel, de sculptures patinées par la nature, de création joyeuse. Un lieu qui doit être préservé et sortir de l’oubli.

 

Dans la forêt autour du centre d'art du Crestet, les arbres ont de singuliers modes de reproduction

Dans la forêt autour du centre d

 

 

 

Voilà, c’était une belle journée d’automne dans les Alpes-de-Haute-Provence, une journée de trêve pastel où tous les croisements de souvenirs sont possibles, où la préhistoire vous en apprend beaucoup sur votre histoire et l’art de vivre.
D’abord une heure de route pour me débarrasser un peu de cette tension permanente qui m’habite à “La Provence”, du stress du travail quotidien, du bulldozer de l’information qui me fait parfois vibrer comme un diapason désaccordé. Accrocher des chênes verts et des grands cèdres du regard et puis goûter enfin aux grands paysages, aux routes rectilignes du plateau de Riez, aux moutons qui ont presque la couleur de la terre retournée des champs des lavandes dont les plants arrachés s’entassent, aux montagnes encharpées de nuages impossibles qui s’élèvent derrière les grandes antennes légères comme des libellules.
Et puis arriver, après quelques égarements, à ce musée de la préhistoire de Quinson que, finalement, je n’avais jamais visité. Repenser à la lettre touchante d’un paléontogue, Jean-Courtin, après mon article sur Françoise Claustre qui avait commencé sa carrière de scientifique dans cette région avant de devenir la captive du désert au Tchad. Cette femme au beau visage qui parlait au journal de 20 heures de sa détention, filmée par Raymond Depardon et dont, bizarrement, l’annonce de la mort m’avait profondément touché. Pas si bizarrement finalement, à cause d’un lien souterrain. Chercher si son nom est inscrit quelque part, si on voit une photo d’elle au bord du Verdon lors des fouilles et ne pas trouver, à mon grand regret.
Me souvenir surtout (voilà une part du lien) que ma compagne décédée, Véronique Dancette, m’avait parlé avant tout le monde du musée de Quinson. Parce que des amis architectes à elle lui avaient raconté leur projet fou, leur coup de fil à Norman Foster sans trop y croire et le miracle de son accord. Je me souviens des photos d’elle et de ses potes le jour de l’inauguration faites avec le premier numérique que je lui avais offert : 800.000 pixels, la préhistoire de la photo informatique. Jean Courtin devait sans doute y être aussi. Mais surtout aussi Sylvie Sauzet, l’amie d’enfance de Véro, fille de Maurice Sauzet, dont les maisons sont parents de ce musée. Véro est morte le 7 janvier 2002 et elle aussi aimait les échappées belles dans la lumière et la solitude dans ces terres de western provençales.
Alors voilà, j’ai adoré ce musée, encore plus pour l’architecture que pour le contenu, comme au musée Guggenheim que j’avais visité à Bilbao avec Véro. En Espagne, les rondeurs métalliques. A Quinson, l’alliance des pointes de silex et du béton. Un côté escargot rassurant et beau, appuyé sur les falaises. L’audacieux décalage de ce bâtiment moderne dans un village. S’asseoir à l’intérieur dans la reconstitution de la Baume Bonne est un vrai apaisement pour l’hyperactif que je suis.
J’ai aimé aussi le déjeuner à Quinson à l’hôtel deux étoiles Notre-Dame. Une merveille d’hôtel de bord de route où l’on voudrait se réveiller, un matin volé au monde en ouvrant grand les volets, après avoir mangé la veille une truite meunière ou du gigot d’agneau de Sisteron. Les serveuses étaient épatantes et complices de mon échappée buissonnière avec l’amie qui m’accompagnait. Après le “moment Quinson”, nous sommes allés écouter des lectures aux Correspondances de Manosque. Il y avait d’abord sur la place de l’Hôtel de Ville, cet écrivain de nouvelles dépressif, Serge Joncour, qui racontait que le bonheur pour lui, c’était de pouvoir voler un accoudoir à sa voisine dans le train. Et puis Nicolas Fargues, que j’ai écouté sans savoir que c’est lui qui a écrit un de mes livres fétiches, “J’étais derrière toi” et avec qui j’ai évoqué avec bonheur une scène magique de “Hors d’atteinte”, où George Clooney séduit Jennifer Lopez qu’il a enfermé avec lui dans le coffre d’une voiture. Une merveille de légèreté et de séduction cool que Fargues reraconte dans son livre “Beau Rôle”.
Et enfin, il y a eu ces lectures de lettres de Rosa Luxembourg par Anouk Grinberg au théâtre Jean Le Bleu. Cela commençait mal, elle était tendue, elle a demandé qu’on arrête de prendre des photos, un monsieur lui a crié qu’on entendait pas sa voix. Et puis, finalement, elle s’est installé dans Rosa. Et j’ai découvert cette femme incroyable, combattante éternelle et qui envoyait à ses amies des lettres de petite fille où elle parlait de ses herbiers et des mésanges buissonnières dont elle imitait le chant. Et puis surtout une superbe lettre de voyage de Rosa Luxembourg sur la Corse. Etonnant, non ? Elle y parlait de ce peuple qui marche en caravane, jamais groupé comme en Allemagne mais l’un derrière l’autre sur les sentiers, des femmes toujours droites assises en amazone sur un cheval ou un âne, “mince comme des cyprès”. Superbe non ? On imagine l’évasion que pouvait représenter un tel voyage pour cette femme qui fut brisée par la prison et pour son exigence politique. Et, même sur le fil, j’ai aimé Anouk Grinbert prenant une voix de presque petite fille que je lui avais entendu dans certains films pour être cette Rosa perdue ou réfugiée dans ces rêves enfantins.
Putain de femmes, tout de même. Rosa Luxembourg n’était qu’exigence, Françoise Claustre n’a jamais voulu parler de sa captivité après sa libération et est retourné au silence et à ses fouilles. Véronique était forte fragile et méprisait les tièdes.
Et puis nous sommes rentrés dans la nuit sans attendre la fin du spectacle, avec les images de Quinson et les mots de Luxembourg. Avec aussi une pensée pour les croyances enfantines à cause d’une conversation sur un orage qui menaçait. Parce que, quand j’étais petit – mais je le pense encore un peu – je croyais que la première goutte était toujours pour moi.
C’est drôle de penser à autant d’histoires en allant au coeur de la préhistoire.
Mais notre vie est faite de strates qui s’empilent, d’ères qui en nourrissent d’autres. Parfois, on gratte un peu et tout réapparaît.
Comme mes amours, comme les vôtres.

Enfant, je regardais avec fascination cette publicité dans le « Chasseur Français » ou « Modes de Paris » où un gringalet dont les filles se moquaient se transformait grâce à un programme révolutionnaire en un culturiste taillé en V et presque en W. Je m’imaginais recevoir la barre de torsion et voir mes trapèzes se développer. Eh bien mon héros de papier s’est incarné. Alain Bernard, avec son envergure de 2,05 m et sa musculature surpuissante, efface de mon Panthéon personnel « Blek le Roc », le trappeur taillé comme un séquoia, Victor Mature dans « Samson et Dalila » et même le Schwarzy de <Conan le Barbare>.

Le nageur d’Aubagne surnommé l’ « aéroglisseur » avec sa combinaison magique crève l’écran comme il fait éclater avec ses battoirs la surface des bassins olympiques. 1 mètre 87 pour 96 kilos et un incroyable record du monde du 100 mètres nage libre en 47 secondes et 50 centièmes 24 heures après l’avoir déjà battu en 47 secondes 60 centièmes en nageant à 7,5 km/h. Un peu comme si Asafa Powell battait son record du monde du 100 mètres « sur terre » en descendant de 9’’74 à 9’’67 ! Mais surtout, il me permet de ressortir du dictionnaire à clichés la délicieuse expression « armoire à glaces ». Car nous avons sans doute besoin, dans une époque un peu étriquée, où la rêche réalité nous comprime les testicules comme un jean slim, de colosses hors normes pour faire péter les coutures. Le XXL, quand il se dessine sous la forme d’un torse de gladiateur et d’abdominaux modèle tablette de chocolat et pas en Obélix ventripotent, nous modèle des super héros consolateurs.

Alain Bernard, le requin explosif, surgit au printemps dans notre univers médiatique après le déboulé à l’automne dernier de l’homme des bois Sébastien Chabal. Le « glouglouglouglouglou » pour accompagner chaque battement de bras de Bernard dans les bassins pourrait remplacer le « Houuuu » poussé dans les stades à chaque charge du « Démolisseur ». Une armoire en bois flotté en chasse une en chêne massif. Voilà de bien beaux gabarits dont la croissance a de quoi faire rêver. Y compris un Président plutôt poids plume qui voit celle de la France perdre du muscle.

Ah les rouages complexes du souvenir ! Un édito à écrire sur les banlieues. L’envie de parler de mon enfance dans une cité à Bron. Elle s’appelait “La Caravelle”, en face des bâtiments bleus. Je la revois comme un grand ensemble craignos dans sa construction mais pas comme un lieu de violence. C’était de la fin des années 1960 à 1971. Sur le chemin de l’école, il y avait encore une ferme où mon père allait acheter des produits. Le fermier nous offrait des bonbons en forme de lune. Je me souviens qu’un jour, sa femme a été écrasé par une camionnette. Ensuite il y avait le stade et sa piste en mâchefer et l’hébergement d’urgence pour des gitans qui est resté là jusque dans les années 1980. Je sais qu’à l’école, je faisais des rédactions sur des animaux africains ou sur des matchs qui se terminaient sur un score nul et c’était très bien pour tout le monde. J’avais de bonnes notes. Les profs nous soutenaient bien. Au bout de la cour et des installations sportives -nous réinventions un panneau de basket en sous-marin- il y avait un champ où nous ramassions des silex pour faire des étincelles quand la nuit tombait, l’hiver. J’avais un copain arabe avec qui je m’entendais bien. Un jour, je lui ai dit que mon père, Gilbert, était raciste. A l’époque, il était CRS, il avait encore une R10 avec laquelle il a eu ensuite un accident à la sortie de “La Caravelle”. En 1968, avec ses collègues, il était sur le front des manifs. Ma mère passait ses journées à la fenêtre à se demander s’il allait rentrer. Les “mao spontex” n’étaient pas des tendres à Lyon. Quand elle buvait le café avec une autre femme de CRS qui habitait le bloc voisin je crois, ma mère se moquait avec elle de leurs maris “qui ressemblent à Obélix avec leur gros bouclier rond”. Je crois qu’elles faisaient erreur. Je n’ai jamais vu le héros d’Uderzoo avec un bouclier. Dans la cuisine, il y avait une volière avec des tourterelles. J’adore toujours ces oiseaux mais les entendre chanter dès 5h 30, c’était un tout petit peu casse-couille.Le soir, quand je m’endormais dans la petite alcôve attenante à la salle à manger avec mon frère dans l’autre lit à côté, je cherchais un trésor. Ma stratégie était très particulière puisque j’avais planqué une petite cuillère et je creusais dans le mur de plâtre. Comme dans ces cités, les cloisons n’étaient guère épaisses, j’ai dû faire un beau trou à force de rêver et de m’obstiner. Je n’aurais pas pu jouer dans “Prison Break”. Une cuillère ne fait pas une évasion ni un scénario.En face de notre bloc, au milieu de la cité, il y avait une tour avec une route circulaire autour. Nous faisions du patin autour et nous tournions toujours dans le même sens puisque je revois les roues usées d’un seul côté. Je ne sais plus quel jour, il y avait un marchand de glace qui venait à “La Caravelle”. Il s’annonçait à grands coups de klaxon, c’était un joli camion avec ses frigos derrière et nous laissions tout tomber pour ses multiples parfums de crème glacée.

A la sortie de la cité, il y avait un “Bon Lait”, une supérette. Je me souviens du regard interrogatif de la marchande lorsque je lui avais demandé pour ma mère Angèle qui m’envoyait faire les courses “un hecto de râpé”. Les Lyonnais ne parlaient pas comme les Marseillais. C’est drôle, en écrivant cela, je me souviens aussi que, confiante, ma mère me laissait aller aux commissions et à l’école. Je devais avoir huit ans. Est-ce qu’aujourd’hui, c’est possible dans des banlieues un peu dures de Lyon?

 

J'ai envie agrandir

J’ai envie d’une chambre d’hôtes douillette donnant sur le Ventoux.

J’ai envie d’écouter Henri Salvador chantant “Jardin d’Hiver”.

J’ai envie que les histoires d’amour ne soient pas compliquées.

J’ai envie de retrouver une clé USB avec des photos précieuses.

J’ai envie de retourner nager au-dessus des poissons arc-en-ciel.

J’ai envie d’un regard souriant d’un engroudissement serein et d’un ventre confiant.

J’ai envie de vivre mille ans.

J’ai envie d’évidence.

J’ai envie qu’elle soit heureuse.

J’ai envie que l’OM brille en Ligue des Champions.

J’ai envie de ne plus être timide.

J’ai envie de perdre ma carapace.

J’ai envie que Mathias réussisse ses examens.

J’ai envie que l’actualité ne se limite pas à Nicolas et Ségolène.

J’ai envie que ma vie ressemble à des photos colorisées à la main.

J’ai envie de routes sinueuses, face au soleil, avec une amoureuse qui me parle en s’endormant à côté de moi.

J’ai envie de dire : “J’ai besoin de toi”.

J’ai envie d’être essentiel.

J’ai envie de refaire ma recette de pâtes avec des tomates et des sardines.

J’ai envie de ne rien oublier.

J’ai envie de tout imaginer.

J’ai envie d’être emporté.

Pour toutes ces envies, une seule image symbole.

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Un confrère me disait hier : “J’ai un ami médecin qui va s’installer en zone rurale. Il dit “médecin à la campagne” et surtout pas “médecin de campagne”.” Une nuance linguistique qui symbolise toute l’évolution de la médecine de proximité et de la profession médicale. Il est loin le bon docteur qui consacrait tout son temps, comme un curé laïc, à ses ouailles éparpillées dans les hameaux de montagne. Aujourd’hui, si un praticien s’installe en zone rurale, c’est aussi pour profiter de la vie et la notion de carrière n’est pas un critère majeur.

Seydou Konaté juge durement cette évolution. Même s’il est conscient qu’un médecin français n’accepterait pas les conditions de vie qu’il connaît dans le village de Nongon Sikasso, à 450 km de Bamako. Mais il y trouve une richesse de vie que, pour lui, un praticien en zone rurale française peut connaître (notre photo). “Parfois j’ai l’impression que votre développement va vous tuer”, dit-il. Il comprend mal les aberrations de la démographie médicale en France. Il assistait vendredi à une rencontre organisée par l’Union Régionale des Médecins Libéraux (URML). Il raconte volontiers cette médecine de proximité qu’il vit au quotidien et qu’il s’étonne de voir reculer en France. “Je m’occupe globalement des malades pas seulement de leur maladie. Quand une femme vient vers moi avec un enfant qui souffre de malnutrition, je vais voir un des responsables du village pour qu’il lui donne un petit terrain afin qu’elle cultive des légumes pour son petit. Je suis considéré comme un notable et mon expérience est prise en compte à la faculté à Bamako.” Santé Sud, une association basée à Marseille l’a aidé à s’installer avec un kit médical, un capteur solaires et une moto. Des médecins de brousse font aussi des échanges avec des médecins de campagne français.
Lorsqu’elle entend le témoignage de Sékou, le Dr Fabienne Cordier reste rêveuse. “A Barcelonnette, nous sommes 6 médecins pour 3000 habitants. Deux d’entre nous, associés dans un cabinet, cherchent un troisième généraliste depuis deux ans et ils ne trouvent pas. Alors qu’il aurait un bon revenu assuré et qu’il n’a pas de clientèle à racheter!” L’une de ses consoeurs, Florence Atger, installée à Gap, explique qu’elle “recherche désespérément un ou une échographiste”.
Des exemples comme cela, la région Paca, même dans les campagnes qui se repeuplent, en fourmillent. Et le récent mouvement de grève des internes après la projet d’obliger les jeunes praticiens à s’installer dans les zones rurales témoignent de leurs réticences . “Le modèle du “médecin de campagne” n’est pas défendu en faculté, explique Christiane Giraud, l’une des élues de l’URML, installée dans les quartiers Nord de Marseille. Vous ne verrez jamais un généraliste d’une zone rurale venir témoigner dans un amphi. (voir l’interview de la sociologue Nathalie Lapeyre en pièce jointe) n Le modèle dominant en fac de médecine, c’est le médecin hospitalier et plus encore le spécialiste. Au-delà des incitations financières et des aides à l’installation, il faut penser à revaloriser ce type de pratique.”
L’URML va se doter de logiciels pour suivre la démographie médicale dans la région, avec la répartition des médecins dans les zones les plus reculées et leur âge.
L’enjeu est énorme. Selon les chiffres cités au cours de la rencontre, dans certains zones en Provence et en France, 1 habitant sur 10 n’a plus accès à un “médecin de première ligne”, autrement dit ne peut plus consulter dans son village ou une commune proche. Une sociologue, Nathalie Lapeyre, s’est particulièrement attachée à comprendre ce “refus de la campagne” chez les médecins. (voir ci-dessous).  Par ailleurs, vous pouvez aussi consulter en pièce jointe l’intervention de Claude Domeizel, sénateur PS des Alpes de Haute-Provence qui est intervenu le jeudi 15 novembre en séance publique au Sénat sur le thème de la démographie médicale.

 

“Un modèle à revoir”

Nathalie Lapeyre,  sociologue a mené une étude édifiante pour l’ordre national sur la médecine en zone rurale

 

 

 

“L’exemple le plus frappant que j’ai recueilli, c’est celui des étudiants fils de médecins de campagne. Ils ne voulaient surtout pas faire comme leur père. Pour eux, c’était un repoussoir.” Nathalie Lapeyre, maître de conférence en sociologie a fait une étude avec sa consœur Magalie Robelet sur la pratique professionnel des jeunes et la médecine de proximité. C’est clair, le docteur en zone rurale n’a pas la côte. “Les étudiants ne sont pas confrontés à cette pratique durant leurs études et, suivant un enseignement en ville, ils ne connaissent pas les campagnes.” Et, pour expliquer les difficultés de recrutement, elle met en avant l’évolution sociologique du milieu médical. “Le modèle du médecin âme d’un village et disponible 24 h sur 24 n’est plus. Aujourd’hui, les jeunes qui s’installent pensent qualité de vie et pas forcément à développer en permanence leur activité.” La féminisation de la profession joue aussi dans la volonté de concilier activité professionnelle et familiale. “De plus, le modèle du docteur dont la femme reste au foyer a vécu. Il faut prendre en compte la carrière de l’épouse, cadre ou ingénieur quand elle n’est pas médecin et qui doit trouver elle aussi un poste si son mari s’installe à la campagne.” Alors, les incitations financières ne suffisent pas. Il faut “penser couple”, soutenir les médecins isolés dans leur pratique médicale, fonctionner en réseau et les aider dans leur gestion.

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