Bouche cousue le lapin des secrets

Bouche cousue le lapin des secrets

J’adore ce lapin-doudou en suspension exposé au 41 rue Montgrand, devant lequel j’ai éclaté de rire à lagrande surprise des visiteurs et qui est l’œuvre de Julie Bouanich.
Celle belle girafe drôle et roublarde peint dans son atelier du 5 rue Pascal à Marseille avec une grâce légère les poupées et peluches qu’elle collectionne et les objets du quotidien. Elle porte le nom d’un garçon qui m’a causé beaucoup de soucis quand j’étais jeune mais je lui pardonne. A elle, pas au garçon.
Ce Bouanich ressorti du fond de ma mémoire habitait tout comme moi à la cité Py, dans le quartier de Montolivet à Marseille. Avec sa tignasse frisée, il me ressemblait beaucoup et, sans que je me sois jamais trouvé avec lui au même moment, ne cessait d’insulter et d’emmerder une fille dans le bus n°6 que je prenais aussi.
Alors, avec une amie, elles sont venus se plaindre à ma mère, me prenant pour lui. Il a fallu que je convainque ma maman que, timide comme tout, je ne parlais à personne et que je n’avais jamais insulté cette fille. Finalement la confusion a été reconnue mais la gamine n’est jamais venue s’excuser. Elle a envoyé sa cop’s faire son mea culpa à sa place. Satané Bouanich.
En y repensant, on peut ainsi se faire piéger, surtout si on se met à bafouiller, à paraître coupable quand on est juste affolé par l’erreur.
Julie, continuez à peindre des images quasi-enfantines, des lapins et des ours pastels pendant que je tourne une page de mon enfance.

Donc tenter en quelques lignes de comprendre et d’expliquer aussi pourquoi une nouvelle marque de lingerie peut provoquer en moi jubilation et curiosité. Prenons donc l’exemple “Undiz”. Une boutique à Aix, dans les rues piétonnes, une autre à Marseille rue Saint-Ferréol. Tout d’abord, une merveilleuse excuse : la gamme est mixte. Je ne veux pas dire qu’il y a des shorts à froufrous pour homme. Mais on trouve tout de même un rayon sympa pour les garçons. Ainsi, on peut aller y chercher un pyjama à carreaux et un débardeur pour faire mâle, genre Marlon Brando dans “Un Tramway nommé désir” tout en profitant du spectacle des jeunes filles qui choisissent d’incroyables culottes avec des volants et des attaches pour des bas pour boucler la panoplie que jamais elles n’achèteront. Parce que tout de même…
Entrer chez “Undiz”, cela donne l’impression d’être un diabétique dans une chocolaterie. On se dit : “Non, je ne peux pas” en se pourléchant les babines. On dévore des yeux toute la gamme pétillante, les bloomers, les culottes gaufrées, les serre-tailles années 1950 sortis d’un poster pour vieux camionneurs, les strings tombés dans un bac de sorbets et on voudrait rencontrer la ou le styliste qui a inventé tout cela. Afin de lui remettre immédiatement la légion d’honneur et la médaille du mérite.
Un moment, je me suis demandé si, à 48 ans, je ne virais pas vieux beau regardant les ados. Mais la présence de femmes mûres nostalgiques de leurs années vichy -l’imprimé hein pas la période Pétain !- m’a rassuré. En fait, il y a de la légèreté chez Undiz. De l’ambiance “premier été à Saint-Trop”. Du désir d’érotisme joueur, taquin. L’envie de se prendre pour une lolita pour trois francs six sous en faisant tilter les yeux de son jules après un strip-tease express. Une manière de lui offrir un mix de soirée Haribo et Greta Garbo. Brigitte Bardot avant la chute (total respect tout de même pour “Et Dieu créa la femme” et le mambo qui nous explosa le palpitant)
Donc faites péter les culottes, les tops indécents sur des poitrines généreuses, faites craquer les petits pois sur les fesses rebondies. Que la fête commence !

Double mort à la une

juin 28, 2009

Un titre à la une qui en chasse un autre, une vie qui en cache une autre

Un titre à la une qui en chasse un autre, une vie qui en cache une autre

 L’information en deuil ? Que nenni ! La grande machine du destin, qui devient celle de l’info, reproduit encore une de ses drôles de constantes : les morts en double, la doublette funéraire.
Expliquons-nous. Très souvent, un décès de célébrité peut en cacher un autre. On va se souvenir que le 25 juin 2009, Michaël Jackson a fait son dernier pas de “Moonwalk” et on oubliera en partie que Farrah Fawcett, cette superbe “Drôle de Dame” a vu l’écran s’éteindre le même jour après avoir, pour témoigner, filmé son agonie car elle était rongée par un cancer du colon.
Ce couple de hasard ne fonctionne donc pas à égalité. C’est la loi du genre : une grande star en efface une autre, un peu moins connue ou tout au moins dont le décès est survenu plus tôt dans la journée.
Il faut se souvenir qu’Edith Piaf a ainsi, en mourant le 11 octobre 1963, effaça en partie le décès de son ami écrivain et cinéaste Jean Cocteau, quelques heures après. A l’époque, un officiel parla pourtant de “double deuil national”.
Plus près de nous, les journaux durent encore bouleverser leur “une” en quelques heures. C’était le 14 septembre 1982. Nous étions passés de la mort de Bashir Gemayel, président de la République Libanaise, assassiné sans avoir prêté serment au décès qui bouleversa le monde de Grace Kelly, dans un accident de la route. Alors qu’elle avait été, semble-t-il, victime d’un accident vasculo-cérébral, sa Rover P6 à moteur V8 quitta la route départementale dans un lacet à Cap d’Ail et dévala une pente à-pic pour s’immobiliser sur le parking d’une villa 50 mètres en contre-bas. Elle décéda des suites des blessures de cet accident au Centre Hospitalier Princesse Grace. La princesse Stéphanie qui l’accompagnait fut sérieusement blessée. Il y eut une polémique pour savoir qui exactement – de Grace ou de Stéphanie – conduisait la Rover, mais il semble certain que c’était la princesse qui était au volant. Le monde entier, bien avant la mort sous le pont de l’Alma de Lady Di, avait été bouleversé. Mais qui se souvient immédiatement que l’attentat contre Gemayel avait provoqué un massacre punitif, perpétré par ses partisans s’ensuivit dans les camps palestiniens (sous occupation israélienne) de Sabra et Chatila dans la nuit du 17 au 18 septembre ? Les soldats israéliens n’étaient pas intervenus.
Un autre “binôme de deuil” improbable : celui de Louis Aragon, monument de la littérature française et Maurice Biraud, acteur comique tout à fait sympathique et abonné aux seconds rôles. Tous deux quittèrent ce monde le 24 décembre 1982, Biraud étant d’ailleurs foudroyé par une crise cardiaque alors qu’il était arrêté au volant de sa voiture, à un feu rouge.
Et le pire clin d’oeil du destin, c’est bien la mort du boxeur Marcel Cerdan, dans le crash d’un avion. Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1949, le Constellation FDA-ZN d’Air France s’écrase contre le pico de Vara (paroisse Nordestinho) sur l’île de Sao Miguel aux Açores, avec 48 passagers. Cerdan allait rejoindre à New-York l’amour de sa vie, Edith Piaf, après un match exhibition à Troyes. Dans le même appareil, il y avait la célèbre violoniste Ginette Neveu. Qui le sait aujourd’hui. Et pourtant, l’écrivain Georges Perec, dans son célèbre “Je me souviens”, écrit dans sa 123e citation d’exercice de mémoire collective et individuelle : “Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan”.
Enfin, les amateurs de jazz et de danse peuvent se recueillir ensemble le 6 janvier car, ce jour-là, en 1993, le trompettiste Dizzy Gillespie fit entendre sa dernière note et l’immense danseur Rudolf Noureev nous quittait.
Alors, adieu Michaël, adieu Farrah et tous les autres “morts en double”.

Un salon de 1881 baptisé "Aqui" avec le panneau d'antan "Figaro" devant
Un salon de 1881 baptisé "Aqui" avec le panneau d'antan "Figaro" devant

Elle s’appelle Dominique, un prénom au sexe incertain, elle a des cheveux courts et elle est barbière à Aigues-Mortes, “dans le plus vieux salon de coiffure de la ville”, comme elle le dit fièrement. Elle a pris la succession de son père dans dans ce lieu de marbre, de boiseries anciennes, de petits casiers magiques fondé en 1881. Elle fait chauffer l’eau pour la barbe dans une bouilloire électrique “parce que comme le salon est ancien, il n’y a que l’eau froide”. Dominique a le geste précis quand elle coupe les cheveux aux ciseaux et la parole comme un flot continu. Elle est porteuse de toute une histoire et de cette obligation qu’ont les coiffeuses et les coiffeurs d’environner leur client de mots. Elle raconte Aigues-Mortes à l’heure de la messe quand les hommes endimanchés laissaient leurs épouses aux bons soins du curé et venaient “refaire le monde et prendre des nouvelles de tout un chacun” au salon. Elle regardait son père travaillait et écoutait tout. “les hommes laissaient leur parfumerie, le pento et leur coupe-chou pour la barbe dans les petits casiers qui ressemblent à des tiroirs de mercerie. “On leur refaisait le fil de leur rasoir et mon père versait l’après-rasage de chacun dans sa main, raconte-t-elle. C’est profond une main d’homme quand on la creuse bien. Elles s’épuisaient vite les bouteilles et il en recommandait pour eux. Certains venaient tous les deux jours pour se faire rafraîchir, pour un coup de ciseau ou se faire raser.”
Elle parle des ouvriers agricoles qui ne pouvaient eux venir que le dimanche car ils travaillaient dans des mas à des kilomètres, désherbant à la main les vignes qui produisent le vin des sables. “Pour leur seul jour de congés, ils venaient en ville et ils payaient tout plus cher”. Elle voyait arriver au salon cette troupe modeste dans ses habits soignés. “Le salon était noir de monde”. Elle a en coupant les cheveux des gestes qui font revenir des sensations à la mémoire. Elle mouille son doigt dans un bol d’eau pour humecter la peau quand elle donne un petit coup de rasoir sur la nuque, elle projette un peu de “sent-bon” et puis du talc avec un vaporisateur à l’ancienne à poire. On lui parle de celui, parfumé, trouvé en Espagne et du plaisir de terminer sa toilette avec cette “poudre de perlimpinpin”, comme elle dit.
Et puis la coupe de cheveux terminée, elle penche le fauteuil, elle change la blouse qui vous enveloppe contre un grand tablier à l’impression provençale, une serviette bleue et elle vous enduit conscieusement le visage de savon Palmolive en tube sans oublier le moindre recoin. Cela vous fait comme un petit massage et bien entendu, vous vous assoupissez après lui avoir raconté votre premier rasage avec le Gillette à lames de votre père et, comme cela devait arriver, la coupure sous le menton. Elle passe longuement le coupe-chou sur vos joues, votre cou et votre menton en vous demandant “de l’arrondir avec la langue”. Vous avez l’impression d’être Clint Eastwood dans “Grand Torino” chez son barbier italien. Le rasoir vous tire un peu la peau mais vous avez confiance. Vous êtes dans le plus vieux salon d’Aigues-Mortes et Dominique a la main sûre. Vous aimez ce lieu hors du monde. Vous vous étonnez de votre reflet dans le vieux miroir. Soudain, elle vous entoure le visage d’une grande serviette chaude comme dans les westerns et c’est divinement bon. Elle vous masse avec une crème après-rasage “pour se faire pardonner de vous avoir fait des misères”. Vous vous levez tout neuf du salon “Aqui”.
Elle raconte qu’elle a choisi de succéder à son père, qu’elle adorait le voir travailler, qu’ils étaient six enfants dans la famille, que son frère aussi a coupé les cheveux et rasé les notables et les paysans. Elle est seule désormais dans ce salon dans une rue près de la vieille poste, d’un incroyable hôtel à la façade qui dégouline de glycines et de magasins de brocante. Elle est mariée et a une fille. A quelques numéros, des voisins qui connaissent bien la barbière disent que son père était très sévère et que ça n’avait pas été facile pour elle. Pourtant, ses gestes autour de vous, sur vous, entre poil et peau sont une vraie douceur.

Elle a l'air dure mais elle rase avec douceur sans oublier le talc
Elle a l’air dure mais elle rase avec douceur sans oublier le talc
Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues

Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues

Comme une nostalgie, un regret. La neige s’en est allée, le général Hiver a fait retraite. Plus de snowboarder sûr les pentes de la Bonne-Mere.

Nous devons retrouver le quotidien, mes embouteillages ordinaires, la foule dans les rues.
Il faut le dire : il y a un vrai bonheur dans ces situations de semi-catastrophe. D’abord celui de marcher seul ou presque dans une ville déserte, sans voiture. Comme un enfant dans un immense terrain de jeux.

Et puis ensuite la sensation de vivre un moment entre parenthèses. Malgré ou grâce aux blocages, les gens se parlent, s’entraident, sourient sous les flocons. En ces temps de frénésie, de zapping, de vitesse, nous redécouvrons l’immobilité, l’attente dans la neige, le rythme des saisons.

Alors on tirera les leçons, on améliorera les procédures d’alerte et d’intervention pour les naufragés des routes.
Mais s’il vous plaît, gardez-nous un peu de ce bonheur blanc dans la tourmente.

Cela part d’un regard jeté un jour sur l’horloge des Cinq-Avenues. Elle était restée dans une autre dimension, celle de l’heure d’été. Une heure d’avance qui agace au début lorsqu’on veut régler sa montre. Et puis, jour après jour, cela devient un rituel. Regarder cette pendule figée dans le bonheur estival, dans l’été indien et constater que cela continue, que depuis le 26 octobre, elle conserve ce décalage horaire, cette superbe avancée. Alors, cela devient un petit rituel. Faire la photo, chaque jour, avec une montre, un réveil, une horloge comtoise pour montrer cette heure d’avance conservée. Et retrouver au fil de l’avancée de l’hiver ce totem estival. Se dire que finalement, si un employé vient la recaler, on n’en sera un peu blessé, qu’un jeu innocent et drôle ne sera plus.
Donc penser à une forme de résistance, monter un comité de défense de l’heure d’été aux Cinq-Avenues avec ukulélé, vahinés, habits d’été et disparition immédiat de la grisaille, de la pluie et de la mauvaise humeur. Une sorte de “freeze” qui réchauffe. immédiatement, lancer un rendez-vous pour le samedi 20 décembre, veille du solstice d’hiver, à 12 h 30, pour défendre ce emblème d’un été que nous souhaitons, dans une tenue balnéaire et réveil, horloge, en main.

Un pont entre deux heures

Un pont entre deux heures

 

coeur à louer, amour en véranda

coeur à louer, amour en véranda

Qui n’a jamais entendu un jour cette phrase un jour de l’être qu’il ou elle convoitait le plus au monde, comme un entraîneur de foot à qui le président “renouvelle toute sa confiance” ? Qui n’a pas entendu ce début de phrase en sachant que la sentence allait tomber comme guillotine sur le cou du tueur en série ? Hein, qui peut le dire sans mentir ? 
Qui n’a pas entendu un jour : “Tu feras toujours partie de ma famille” (oui mais voilà comme un cousin éloigné à qui on envoie une carte de bonne année), “Tu es trop bien pour moi” (ah bon, je m’étais pas rendu compte) ou le terrible : “Je ne suis pas digne de toi” (mais soit indigne connard, patate !).
Alors voilà le groupe, le club, l’association, pour tous les recalés(e)s, les largué(e)s, les qui ont pas su sentir venir le vent et à qui on badigeonne de la tendresse alors qu’ils voudraient du sexe, de l’amour, du bonheur à deux. Les exceptionnels qui font exception et ne confirment pas la règle. Ceux et celles qui ont de temps en temps des envies de meurtres parce que, malgré leurs défauts, leurs hésitations, leurs vélléités, ils et elles ont bâti des cathédrales pour l’autre. 
Alors merde, cela mérite bien un petit groupe. Pour tous les vaillants soldats tombés lors de leur retraite de Russie sentimentale, dans la froidure des sentiments soudain congelés.
Comme il faut donner l’exemple, je me dévoue en pensant très fort à une petite merveille qu’un géant ne mérite pas. Alors, voilà, ce groupe est pour :
-Tous ceux qui prennent des trains pour Nice en y croyant et qui n’ont même pas un appel après.
-Tous ceux qui roulent en scooter vers le Vaucluse et l’inconnue.
-Tous ceux qui déposent des bouquets de fleurs derrière une porte en entendant la voix de l’autre derrière.
-Toutes celles qui traversent Paris, Marseille, Lyon dans la nuit pour aller vers l’homme qu’elles aiment.
-Tous ceux qui ont écrit une comédie musicale avec une guitare d’enfant pour épater une nana.
-Tous ceux qui sont allés chercher une fille qu’ils connaissaient à peine à la sortie de l’entrepôt de Prisunic et qui, plus tard, n’ont pas été pris au téléphone.
-Toutes celles qui ont posé dans des chambres d’hôtel pour leur amoureux et qui y croyaient.
-Tous ceux à qui une femme a dit qu’ils étaient incontournables et qui ont été, finalement, très bien contournés. Et cela vaut pour les filles à qui on a tenu le même discours définitif.
-Toutes celles qui préparent des sacs en cachette.
-Tous ceux et celles qui ont écrit des lettres en pensant qu’elles feraient rester l’autre. Ou quitter l’autre.
-Tous ceux et celles qui sont tellement exceptionnels que l’on passe à côté d’eux.
Voilà, laissez tomber tout ego, toute tentative d’être digne. C’est parti pour l’ordinaire de l’exceptionnel. Soyons forts. Confions-nous et rassemblons-nous.

Souvenirs d’hôtel

novembre 18, 2008

 

Un néon, une vie, un amour

Un néon, une vie, un amour

 

J’aime les hôtels et les chambres d’hôtel. J’aime leur signal dans la nuit. J’aime toutes les histoires que cela me raconte. J’aime me souvenir des nuits clandestines avec M., à Lyon ou Paris. Des deux grands lits et très hauts qui faisaient un immense plumard à Londres avec L. D’une grande chambre avec Véronique dans la banlieue de Bilbao.

J’aime me souvenir du serveur aux airs de Nosferatu à l’hôtel “Le Provençal” de la presqu’île de Giens avec une autre M. à la délicieuse culotte de dentelle et de notre chambre en sous-sol alors qu’elle semblait à l’étage.

J’ai aimé avec Laure le spectaculaire Royal Pita Maha de Bali, ses sculptures démentielles, ses lits de trois mètres, ses piscines privées à débordement sur la jungle.

J’ai aimé le plus minuscule des hôtels dans une rue traversière tout près de la gare de Lyon pour un premier rendez-vous en septembre 2005. Ou l’hôtel de la Tour Blanche, à Toulon où j’ai pensé vivre une aube nouvelle.

Mais j’ai aussi mille images qui me reviennent de nuits de solitude pendant des reportages, celles d’un Formule 1 à Vaux-en-Velin après avoir tournée dans la cité pour les premières émeutes urbaines, d’un autre à Huescas où j’avais du mal à transmettre mon papier après une coulée meurtrière au camping “Las Neves”, d’une chambre près d’Epinal sans même la télé après un repas interminable avec des gendarmes qui enquêtaient sur un violeur post-mortem, d’une chambre à Longwy à l’Ibis où le couple a côté baisait comme des morts-de-faim avec la gonzesse qui hurlait “non” alors que j’avais passé la journée sur une affaire de tueurs en série de femmes. Il les trucidait après avoir crevé le pneu de leur voiture et gentiment proposé de les aider à réparer.

Il y a eu aussi des chambres paisibles, des chambres sas pour sommeil en retard, à Ceylan, New-York, Bordeaux ou Nice. Des réveils où je me demandais où j’étais en regardant le plafond que je connaissais pas. Un hôtel en travaux à Pigalle avec le plus beau des cadeaux m’attendait. Il y a encore eu des hôtels de voyage de presse dont un Hyatt Régency dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte avec ma carte magnétique et où je me suis trouvé tout bête et tout petit sur la rotonde géante. Little French in Big America. Ou le “Baros” aux Maldives où il me suffisait de faire trois mètres pour plonger dans le lagon. Sans oublier l’ancien hôtel de poste de Valenciennes pendant l’affaire VA-OM où les serveurs insistaient pour que je mange du saindoux au petit-déjeuner.

Un autre aux Orres dont je n’ai pu ouvrir la porte, jeune journaliste en reportage, et j’ai dû dormir dans ma voiture, une R5 je crois. En fait, je pense que je passerais volontiers ma vie dans les hôtels. Avec le petit déjeuner inclus pour la gentillesse de la serveuse qui demande avec le sourire : “Café ou thé”. Sans illusion, dans la lumière des néons, parfois belle, parfois blafarde. Seul ou avec un amour fort ou fragile, tendre ou sexe.

Les femelles crocodiles

novembre 16, 2008

Quelques mots qui s'envolent et que j'attrape

Quelques mots qui s

Conversation de filles, captée dans un resto vietnamien à Marseille. Deux nanas assez désespérantes qui se la jouaient Bridget Jones. Entre la psychologie de bazar et les brèves de comptoir. Pas assez sexe, prise de tête à mort. Drôle à force d’être trop.

“Ma mère, elle est comme ça : elle est castatrice.

-On s’est tourné autour mais on était bourré.

-J’ai pas pris son numéro, c’est pour ça que je suis célibataire depuis longtemps.

-Je suis revenu des vacances de Noël et j’ai appris qu’un collègue de bureau avec qui j’avais un
bon feeling avait quitté sa nana. Ils étaient ensemble depuis huit mois je crois.

-Il faut respecter une période de deuil.

-Il a un beau visage, un bon look.

-Organise une soirée pour en avoir le coeur net.

-La semaine de mon anniversaire, il a repris contact avec mes deux meilleurs potes.

-Il faut rationaliser et mettre dans le contexte.

-On a eu ce crêpage de chignon, je pense qu’il y a un problème de relation.

-C’est à dire la réalité, moi, j’ai beaucoup de mal.

Etre comme un phalène attiré par le luxe

Etre comme un phalène attiré par le luxe

Quand je suis à Nice, je pense toujours au “Fils Préféré” qui est aussi un de mes films préférés. Nicole Garcia y montre un Gérard Lanvin totalement viril et désespéré. Comme il a des problèmes d’argent, il couche avec la femme de son frère et manque de tuer son père pour toucher l’assurance. Dans ce film, comme lors de ma promenade, il y a de belles façades d’hôtel – avec quelques affaires sombres derrière – des quartiers populaires, du patois piémontais, des lignes de fuite et une lumière qui semble douce et se révèle cruelle.

Se réveiller donc et aller vers la mer. Jouer au touriste sans but ni attache. Un chapeau Zara, un pas ralenti, aucun rendez-vous. Le ciel est gris souris. Prendre un petit-déjeuner anglais seul sur la terrasse du “Lido Plage” avec des serveurs russes qui ont dû commettre moult meurtres dans un passé récent mais qui me servent avec gentillesse une omelette parfaite, du pain chaud, un thé qui passait doucement et une orange pressée. La seule Française qui fait la mise en place du resto, avec son pantalon de treillis qui laissait voir une jolie bande de ventre très bronzée a l’air d”‘un “lap-danseuse”. Sur la mer, il y a deux barques de pêcheurs sûrement payés par l’office du tourisme pour donner une image parfaite, avec des cirés jaunes et bleus.
La promenade des Anglais est déserte et il fait bon errer alors que des cyclistes partent à l’assaut de l’arrière-pays. Tout cela était triste-gai. Je suis en vacance. En vacance de mon boulot, en vacance de moi-même un peu, en vacance de tout sentiment fort.
J’aime bien être en suspension. Cela mériterait une air de piano ou de violoncelle sur la plage.

Je prends le temps de regarder les vieux rêveurs avec leur “poêle à frire” qui cherchent fortune sur les galets. Dans les rues désertées, sur ce boulevard Victor-Hugo où s’alignent les façades aux décorations sorbet, où triomphent le stuc et les moulures, je rentre à mon hôtel désert, accueilli bien évidemment par une réceptionniste russe. La tête pleine des exploits de James Bond, j’ai imaginé ma vie dans le danger et la trahison. Et puis, dans ma chambre, j’ai regardé par la fenêtre l’enseigne “Malmaison” accrochée à mon balcon et je me suis imaginé comme un personnage d’une toile d’Edward Hooper. L’acceptation de la solitude, le décalage, être ailleurs pour ne pas être soi-même. Même si j’aime partager mes histoires, même si une femme me réveille et m’embellit, c’est en moi. Cette curieuse façon d’être seul, sans drame.

Comme lorsque j’ai trouvé à la “Canne à Sucre” un havre, un bar mi-anglais, mi-italien, un bar d’habitués avec une petite fille lutin prénommée Anaïs, un ange blond grisé, pour y voir s’allonger les heures. Very Nice, my dear, je suis un vieil Anglais fatigué qui vient chercher un old love. Ou lui-même. Ou tous ceux et surtout celles qu’il porte en lui. Je me souviens d’un message laissé sur mon téléphone alors que j’étais dans la vieux Nice avec Véronique. C’était Myriam, je suis allé l’écouter sur la plage et je n’ai pas répondu. Drôle de Brice de Nice. J’ai préféré faire une lettre, plus tard, pour lui raconter mes courses solitaires dans l’ancien zoo de Marseille. Retrouver les rues que j’avais parcouru en écoutant sa voix, pendant que je laissais Véronique faire les boutiques pour y placer ses vêtements “Xuly Bët”. Redescendre sur la plage où je m’étais réfugié, entre tous ces mots, toutes mes hésistations. S’asseoir, vieillir, laisser le temps faire son oeuvre avec ses derniers rêves.

A Nice, être comme un clochard céleste, goûter cette cité balnéaire où l’on rêve de vivre des nuits outrageusement chères avec des créatures outrageusement fatales. Suivre des yeux les appareils balnéaires, les jets transats qui frôlent la corniche et semblent s’écraser sur les palmiers. Ici, la solitude est douce, faussement douce. Le soir, on va vers la lumière, vers l’enseigne géante du Négresco et des autres hôtels de bord de mer comme un phalène, afin de jouir du luxe par procuration.

Et se dire que, comme ce vieux rocker qui écoute rouler les galets et joue des airs éternels sur un banc, on aime malgré tout cela. Je me sens vivant dans ces moments-là, dans cette entre-deux qui m’appartient, comme Nathalie Baye dans “Un dimanche sur deux”. Une échappée à croiser un moment une vie, deux vies, trois vies. Odeurs de cacahuètes grillés, le clown fait un dernier animal en ballons sculptés. Sur la promenade des Anglais, les enfants slalomment en rollers. La ville parle à voix basse dans le doré du soir. Nice ville étrangère, pour un homme à prendre ou à laisser.