Allons danser
mars 27, 2011
Comme un mélange de paillettes et de sueur, une chorégraphie de rage contenue. Il y a dans la compétition de danse sportive, le championnat d’Europe, qui s’est tenue ce samedi à Marseille, un incroyable mélange de beauté froide et parfaite et de tristesse immédiate.
C’est le règne des enfants perdus de l’Est, à l’incroyable tradition de danse de salon, qui traînent avec leur survêt et leur sous-vêtements élimés avant de se cintrer dans un frac qui les moule plus que la culotte rose d’un torero. C’est le monde des filles maquillées comme des berlines d’officiels russes volées qui dansent pour des primes de 1500 euros, à peine de quoi s’acheter une nouvel robe quand celle qu’elles ont soigneusement lacérées pour tourner la tête des juges aura vu l’usure la rendre trop indécente pour les règles de la compétition.
Il y a là une esthétique étonnante, faite de danseuses aguicheuses, de fausses Loulou et de Marylin paumées et d’hommes au torse épilées qui prennent avec leurs cheveux gominés et tirés en arrière la posture de miliciens ou de héros soviétiques.
Il paraît que les danses latines triomphent jusqu’en Sibérie.
Doué pour le bonheur
décembre 14, 2010
J’aime les chansons ringardes,
La vue de Notre-Dame-de-la-Garde,
Les petits-déjeuners qui s’étirent
Et les crises de fou-rires.
J’aime les appels de ma mère
Et son café doux-amer
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je veux rouler sur mon scooter
Jusqu’au bord de la mer, tout au bout de la terre.
Je veux me réveiller sur d’autres plages
Pour des conquêtes, de doux naufrages.
Je veux plonger dans des lagoons
Et danser avec les poissons-clowns
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je peux hurler pour un but de l’OM
Comme on crie “Putain je t’aime”.
Je sais regarder les étoiles,
Prendre des bains de minuit à poil.
Je sais raconter des histoires de caca
Aux enfants qui ne demandent que ça
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Je goûte le vin de Bandol et du Ventoux,
Le figatelli, le KFC et le fromage cantalou.
Je suis partant pour les grands tablées,
Pas les apéros avec les mains encombrées
J’attends gourmand la fin du repas
Pour une blague, une chanson de Dalida.
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
J’aime les histoires que l’on se raconte
Tout contre l’autre vraiment tout contre.
J’aime bander pour mon amoureuse,
La faire crier, la rendre heureuse.
J’aime qu’elle fasse battre mon coeur
Et me faire sonner midi à cinq heures.
REFRAIN
Je suis doué pour le bonheur
Je le piège comme un trappeur
Je suis doué pour le bonheur
Les larmes viendront à leur heure
Un air de Sainte-Marie
mars 20, 2010
Je me prenais un peu pour un personnage de Philippe Djian mais ce jour 18 avril 2009, à 14 h 03, ce n’était pas “Bleu comme l’enfer” aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Le vent était magique, le resto “Tahiti Plage” tout à fait accueillant et la petite Elea qui marchait sur le sable dans les pas de son père donnait envie de veiller sur un enfant.
Un air de faux été régnait sur la plage, comme un soleil qui tape avant la tempête, et je partageais cet espace hors du temps avec des personnes incroyables.
Je croisais donc la plus belle des petites filles, Eléa, en rêvant d’être son papa qui lui apprenait à mettre un pied devant l’autre et de recommencer, riait avec elle, s’inventait avec elle le plus beau des mondes.
Je partageais une terrasse avec la famille “Lunettes de soleil”, qui craignait le moindre changement de temps.
J’y voyais passer la famille “casquettes dorées” qui allait sans doute au concours “Little Miss Sunshine”.
J’y goûtais le soleil revenu avec un chien anglais tout à fait élégant et joyeux qui allait chercher sa balle dans les flots la queue en l’air, comme une virgule Nike.
J’y admirais une sorte de James Bond qui se baignait courageusement. Mais peut-être s’agissait-il d’un avatar croisé avec une otarie.
Je jouais à être une sorte de héros d’arrière-saison sur la terrasse d’un resto de plage en construction.
J’étais avec une femme poétique.
J’attendais le passage des canards. Je me sentais décalé et presque heureux.
En fait, le mot presque est de trop.
Sauvons l’heure d’été le 20 décembre
décembre 17, 2008
Cela part d’un regard jeté un jour sur l’horloge des Cinq-Avenues. Elle était restée dans une autre dimension, celle de l’heure d’été. Une heure d’avance qui agace au début lorsqu’on veut régler sa montre. Et puis, jour après jour, cela devient un rituel. Regarder cette pendule figée dans le bonheur estival, dans l’été indien et constater que cela continue, que depuis le 26 octobre, elle conserve ce décalage horaire, cette superbe avancée. Alors, cela devient un petit rituel. Faire la photo, chaque jour, avec une montre, un réveil, une horloge comtoise pour montrer cette heure d’avance conservée. Et retrouver au fil de l’avancée de l’hiver ce totem estival. Se dire que finalement, si un employé vient la recaler, on n’en sera un peu blessé, qu’un jeu innocent et drôle ne sera plus.
Donc penser à une forme de résistance, monter un comité de défense de l’heure d’été aux Cinq-Avenues avec ukulélé, vahinés, habits d’été et disparition immédiat de la grisaille, de la pluie et de la mauvaise humeur. Une sorte de “freeze” qui réchauffe. immédiatement, lancer un rendez-vous pour le samedi 20 décembre, veille du solstice d’hiver, à 12 h 30, pour défendre ce emblème d’un été que nous souhaitons, dans une tenue balnéaire et réveil, horloge, en main.

Un pont entre deux heures
“Je ne suis pas digne de toi”
novembre 19, 2008
Qui n’a jamais entendu un jour cette phrase un jour de l’être qu’il ou elle convoitait le plus au monde, comme un entraîneur de foot à qui le président “renouvelle toute sa confiance” ? Qui n’a pas entendu ce début de phrase en sachant que la sentence allait tomber comme guillotine sur le cou du tueur en série ? Hein, qui peut le dire sans mentir ?
Qui n’a pas entendu un jour : “Tu feras toujours partie de ma famille” (oui mais voilà comme un cousin éloigné à qui on envoie une carte de bonne année), “Tu es trop bien pour moi” (ah bon, je m’étais pas rendu compte) ou le terrible : “Je ne suis pas digne de toi” (mais soit indigne connard, patate !).
Alors voilà le groupe, le club, l’association, pour tous les recalés(e)s, les largué(e)s, les qui ont pas su sentir venir le vent et à qui on badigeonne de la tendresse alors qu’ils voudraient du sexe, de l’amour, du bonheur à deux. Les exceptionnels qui font exception et ne confirment pas la règle. Ceux et celles qui ont de temps en temps des envies de meurtres parce que, malgré leurs défauts, leurs hésitations, leurs vélléités, ils et elles ont bâti des cathédrales pour l’autre.
Alors merde, cela mérite bien un petit groupe. Pour tous les vaillants soldats tombés lors de leur retraite de Russie sentimentale, dans la froidure des sentiments soudain congelés.
Comme il faut donner l’exemple, je me dévoue en pensant très fort à une petite merveille qu’un géant ne mérite pas. Alors, voilà, ce groupe est pour :
-Tous ceux qui prennent des trains pour Nice en y croyant et qui n’ont même pas un appel après.
-Tous ceux qui roulent en scooter vers le Vaucluse et l’inconnue.
-Tous ceux qui déposent des bouquets de fleurs derrière une porte en entendant la voix de l’autre derrière.
-Toutes celles qui traversent Paris, Marseille, Lyon dans la nuit pour aller vers l’homme qu’elles aiment.
-Tous ceux qui ont écrit une comédie musicale avec une guitare d’enfant pour épater une nana.
-Tous ceux qui sont allés chercher une fille qu’ils connaissaient à peine à la sortie de l’entrepôt de Prisunic et qui, plus tard, n’ont pas été pris au téléphone.
-Toutes celles qui ont posé dans des chambres d’hôtel pour leur amoureux et qui y croyaient.
-Tous ceux à qui une femme a dit qu’ils étaient incontournables et qui ont été, finalement, très bien contournés. Et cela vaut pour les filles à qui on a tenu le même discours définitif.
-Toutes celles qui préparent des sacs en cachette.
-Tous ceux et celles qui ont écrit des lettres en pensant qu’elles feraient rester l’autre. Ou quitter l’autre.
-Tous ceux et celles qui sont tellement exceptionnels que l’on passe à côté d’eux.
Voilà, laissez tomber tout ego, toute tentative d’être digne. C’est parti pour l’ordinaire de l’exceptionnel. Soyons forts. Confions-nous et rassemblons-nous.
Souvenirs d’hôtel
novembre 18, 2008
J’aime les hôtels et les chambres d’hôtel. J’aime leur signal dans la nuit. J’aime toutes les histoires que cela me raconte. J’aime me souvenir des nuits clandestines avec M., à Lyon ou Paris. Des deux grands lits et très hauts qui faisaient un immense plumard à Londres avec L. D’une grande chambre avec Véronique dans la banlieue de Bilbao.
J’aime me souvenir du serveur aux airs de Nosferatu à l’hôtel “Le Provençal” de la presqu’île de Giens avec une autre M. à la délicieuse culotte de dentelle et de notre chambre en sous-sol alors qu’elle semblait à l’étage.
J’ai aimé avec Laure le spectaculaire Royal Pita Maha de Bali, ses sculptures démentielles, ses lits de trois mètres, ses piscines privées à débordement sur la jungle.
J’ai aimé le plus minuscule des hôtels dans une rue traversière tout près de la gare de Lyon pour un premier rendez-vous en septembre 2005. Ou l’hôtel de la Tour Blanche, à Toulon où j’ai pensé vivre une aube nouvelle.
Mais j’ai aussi mille images qui me reviennent de nuits de solitude pendant des reportages, celles d’un Formule 1 à Vaux-en-Velin après avoir tournée dans la cité pour les premières émeutes urbaines, d’un autre à Huescas où j’avais du mal à transmettre mon papier après une coulée meurtrière au camping “Las Neves”, d’une chambre près d’Epinal sans même la télé après un repas interminable avec des gendarmes qui enquêtaient sur un violeur post-mortem, d’une chambre à Longwy à l’Ibis où le couple a côté baisait comme des morts-de-faim avec la gonzesse qui hurlait “non” alors que j’avais passé la journée sur une affaire de tueurs en série de femmes. Il les trucidait après avoir crevé le pneu de leur voiture et gentiment proposé de les aider à réparer.
Il y a eu aussi des chambres paisibles, des chambres sas pour sommeil en retard, à Ceylan, New-York, Bordeaux ou Nice. Des réveils où je me demandais où j’étais en regardant le plafond que je connaissais pas. Un hôtel en travaux à Pigalle avec le plus beau des cadeaux m’attendait. Il y a encore eu des hôtels de voyage de presse dont un Hyatt Régency dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte avec ma carte magnétique et où je me suis trouvé tout bête et tout petit sur la rotonde géante. Little French in Big America. Ou le “Baros” aux Maldives où il me suffisait de faire trois mètres pour plonger dans le lagon. Sans oublier l’ancien hôtel de poste de Valenciennes pendant l’affaire VA-OM où les serveurs insistaient pour que je mange du saindoux au petit-déjeuner.
Un autre aux Orres dont je n’ai pu ouvrir la porte, jeune journaliste en reportage, et j’ai dû dormir dans ma voiture, une R5 je crois. En fait, je pense que je passerais volontiers ma vie dans les hôtels. Avec le petit déjeuner inclus pour la gentillesse de la serveuse qui demande avec le sourire : “Café ou thé”. Sans illusion, dans la lumière des néons, parfois belle, parfois blafarde. Seul ou avec un amour fort ou fragile, tendre ou sexe.
Les femelles crocodiles
novembre 16, 2008
Conversation de filles, captée dans un resto vietnamien à Marseille. Deux nanas assez désespérantes qui se la jouaient Bridget Jones. Entre la psychologie de bazar et les brèves de comptoir. Pas assez sexe, prise de tête à mort. Drôle à force d’être trop.
“Ma mère, elle est comme ça : elle est castatrice.
-On s’est tourné autour mais on était bourré.
-J’ai pas pris son numéro, c’est pour ça que je suis célibataire depuis longtemps.
-Je suis revenu des vacances de Noël et j’ai appris qu’un collègue de bureau avec qui j’avais un
bon feeling avait quitté sa nana. Ils étaient ensemble depuis huit mois je crois.
-Il faut respecter une période de deuil.
-Il a un beau visage, un bon look.
-Organise une soirée pour en avoir le coeur net.
-La semaine de mon anniversaire, il a repris contact avec mes deux meilleurs potes.
-Il faut rationaliser et mettre dans le contexte.
-On a eu ce crêpage de chignon, je pense qu’il y a un problème de relation.
-C’est à dire la réalité, moi, j’ai beaucoup de mal.
De l’été, du bonheur, de mes 47 ans, des ados et de la night
juillet 29, 2008
Dans une autre boîte, le “Rancho”, j’ai pensé à la confusion des désirs et des sentiments. Ce lundi-là, les familles sortaient avec leurs ados et les filles de quatorze ans avaient l’air d’en avoir vingt-deux et d’ailleurs, on s’y perdait dans les comptes. On était un petit peu jaloux de leur énergie et de leur beauté, particulièrement d’un couple singulier formé par un gamine incroyablement belle avec un micro-short blanc et une tunique rose qui se frottait avec une immense élégance contre son immense amie aux seins de bakélite qui remontait sans cesse son haut récalcitrant. Avec un tas de gamins autour d’elles qui participaient à la fête mais devaient souffrir le martyre. Nous avons dansé sur du Christophe Mahé et du Mika -mais oui ! - et nous sommes partis même si je pouvais faire passer mes deux cops pour mes deux enfants -privilège du quadragénaire qui a fêté ses 47 ans- car parfois il faut savoir se situer dans le temps et éviter toute poursuite.
Les ados sont incroyables, comme ceux que nous avons croisé juste avant la boîte. Derrière nous, une table où deux garçons étaient entourés de six filles. Ils parlaient en gloussant de cunnilingus, des pratiques sexuelles d’une fille que les gamines n’aimaient pas. En s’excusant de parler trop fort. Mais cela ne nous dérangeait guère. Et puis les filles, petites lianes fines et belles, se sont levées et, d’une démarche rendue hésitante par le rosé, sont partis dans une farandoles en nous disant que ce soir, les garçons avaient le droit d’aller en boîte mais pas elles. Filles et garçons s’appelaient Harold et Alix et de pleins d’autres prénoms très classieux. J’ai eu un peu peur pour les filles qui rentraient à pied et j’ai dit aux garçons de les accompagner avant d’aller au “Rancho”.
Et puis, comme un éclair que l’on attend pas, un éblouissement nous a frappé au Patio, un bar de nuit très classieux sur une petite place comme un huis-clos à Porto-Vecchio. Un éclair nommé Saveria.
Parce que l’air après son passage gracieux conserve sans doute son empreinte.
Parce que Saveria donne un âme à cet incroyable lieu en plein air qu’est le “Patio”.
Parce qu’elle pourrait être la “Poca-Hôtesse”, personnage de Disney dont nous serions amoureux avec la gravité et la légèreté des enfants, en nous lançant sans peur dans des aventures singulières comme “Les Indiens arrivent sur la plage de Palombaggia et s’installent à la paillote”.
Parce qu’elle évolue avec grâce et légèreté dans le carré magique où sont installées les tables entre les maisons corses.
Parce qu’on la regarde passer en se disant qu’on avait rien connu de la vie avant et que cela va être un brise-coeur de quitter la Corse.
Parce qu’elle porte un superbe prénom corse.
Parce qu’elle en parle de sa voix douce et inimitable -qui vous fait penser que vous passeriez bien votre vie au coin du feu dans la vallée de la Tartajine avec elle- en expliquant que ce n’est pas le féminin de Sauveur, mais la version corse de Xavière.
Parce qu’elle place avec autorité mais gentillesse les gens qui arrivent en se grattant la tête.
Parce qu’elle nous a donné une des meilleures tables pour regarder les filles en tunique d’été et avec des dos nus que n’aurait pas renié Mireille Darc.
Parce qu’elle est belle et maligne et douce et forte sans doute.
Parce qu’elle a sûrement cette manière de traverser quand elle s’en va chez le boucher de son village, dans la montagne (spéciale décidace à Pierre Bachelet).
Parce qu’elle sourit avec indulgence quand on lui dit qu’on va créer un club de fans d’elle sur Facebook (ceux qui sont fans de Saveria, la “Poca Hôtesse” du Patio, à Porto-Vecchio) et qu’elle est un peu flattée.
Parce qu’elle le vaut bien.
Parce que.
Nanard l’unique
juillet 13, 2008
Et ce n’est pas la moindre des ironies de voir Bernard Tapie faire son grand retour sur la scène médiatique à l’occasion de sa victoire sur le Crédit Lyonnais au moment où Patrick Poivre d’Arvor la quitte en tirant contraint et forcé sa révérence au 20 heures. Comme si le temps de l’un était révolu alors que le destin de l’autre semblait de renaître toujours. Cela aurait fait un impayable dialogue entre les marionnettes stars des Guignols :
“-Alors, Bernard Tapie, heureux après cet arbitrage en votre faveur ?
- Salut bonhomme, tu rigoles ou quoi ? Il plane carrément le Nanard. 295 patates, ça vous remplume un mecton. Désolé pour toi, qui est plutôt dans la déprime mais moi je plane avec mes burnes en or. C’est ça les mecs qui en ont dans le calcifs, ils finissent par gagner à la dernière minute. Laisse-moi profiter.
-Et vous allez en faire quoi ?
-Donne-moi le temps mon PPD. J’te demande pas dans quoi tu vas investir tes indems de TF1. Mais je me vois bien monter un club à Paris pour faire la nique à Villeneuve et à son PSG de nains de jardin. Moi je rêve d’un vrai championnat pas de l’espèce de concours de baby-foot que Canal + nous vend comme une Coupe du Monde chaque semaine.
Mais le duo magique est au placard. Il reste Bernard Tapie l’unique, le chat aux sept vies pour une incroyable dramatique télé : “Nanard, le retour”. Le Comte de Monte-Christo est un petit joueur comparé au destin de l’ex-président de l’OM, ex-chef d’entreprise, ex-dirigeant de l’équipe cycliste la Vie Claire, ex-ministre, ex-chanteur, ex-détenu et désormais comédien. Quatorze années de combat judiciaire et une conclusion qui voit enfin reconnaître le fait qu’il martelait depuis des années : le Crédit Lyonnais l’a floué dans l’opération de vente et de revente d’Adidas. Bernard Tapie n’avait jamais lâché prise dans ce combat qui était aussi celui de l’opération financière de sa vie réalisée en 1990 quand il présidait l’OM d’une main de fer.
On peut ne pas aimer le personnage, on peut se dire qu’il est le symbole d’une France des flambeurs qui vivait sur le dos des entreprises en faillite mais les faits sont là : Nanard va jusqu’au bout de ses combats. Il a gagné son bras de fer contre le Consortium de Réalisation qui gère le passif du Crédit Lyonnais à l’américaine, après de nombreux recours. Et il n’a pas tort lorsqu’il dit, avec emphase, que les Français se retrouvent en lui, eux qui voient souvent les banques les écraser à la moindre incartade sur leur compte.
Bernard Tapie avance encore, comme dans la pub sur les piles Duracell où n’avait pas craint de se mettre en scène. Personnage tout à la fois brut de décoffrage et mettant toute son énergie à vivre son destin, il est une sorte de double singulier du Président Sarkozy, qui a lui aussi connu quelques revers de fortune avant d’accéder à la fonction suprême. Et qui a eu lui aussi sa période bling-bling et Rollex avant de faire, comme Nanard, dans la sobriété efficace. Comme lui, le chet de l’Etat est capable d’utiliser et d’essorer ses plus proches collaborateurs avant de s’en défaire. Il ne supporte aucun obstacle et bouscule habitutes et contraintes pour parvenir à ses fins. Et tous deux, même si Tapie a sans doute l’insulte encore plus fleurie, sont capables d’user d’un langage viril.
Sacré Bernard ! S’il lui reste quelques pépettes après le règlement de ses dettes, nombre de supporters de l’OM rêvent de le voir racheter le club et revenir à sa tête.
Jeunesse enfuie, nostalgie protectrice
mai 5, 2008
-
Désolé, mais là vraiment, je sature. Je craque quand j’entends que Nicolas Sarkozy est plus un sujet de conversation qu’un président. J’en ai assez du mot bling-bling, des bilans qui parlent de l’image Sarkozy et à peine de réalité. J’en ai assez des anniversaires présidentiels célébrés à répétition et de tous les commentaires sur “le culte de Narcisse”. Ce n’est pas de l’actu, c’est du gimmick. Je ne parviens pas à trouver le chef de l’Etat sympathique mais la rengaine médiatique ne sonne plus juste à mon oreille. Je bloque sur les sondages qui répètent tous la même chose et sur les analyses portant sur un cinquième de mandat de chef de l’Etat qui rejouent encore la soirée au “Fouquet’s” et le yacht à Malte. Comme une envie d’autre chose sur la politique, sur le quotidien des Français, sur les questions qu’ils se posent sur leur quotidien. Au secours, j’ai besoin d’air, d’autre chose !
Alors voilà, apprendre au détour d’un flash la mort à 89 ans de Lucien Jeunesse, l’animateur durant trente ans du “Jeu des 1000 francs” sur France Inter. Le bonheur de prononcer de nouveau le mot “franc”. Réentendre “Chers amis, bonjour” et le “Bonjour” du public en réponse. Se souvenir d’un enregistrement un jour au théâtre Bompard, à Marseille où j’avais découvert sa manière théâtrale d’accueillir le public “en vrai”. Il avait fait refaire son “Bonjour” au public et où il s’était gentiment moqué de moi parce que je participais pas. Sacrilège ! Penser avec nostalgie à la spécificité de ce jeu. Il redessinait jour après jour la géographie de la France, d’un pays réel et rural où chaque commune compte. Rendez-vous de salle des fêtes et de hall d’hôtel de ville.
Il nous faisait penser à cette culture fourre-tout à laquelle nous trouvons souvent du charme. Une encyclopédie pour repas en famille. Parce que notre mémoire fonctionne comme cela. Elle retient les anciens comptoirs coloniaux de la France (Chandernagor…), la chanson des supporters des Verts (“Qui c’est les plus forts…”), le nom des châteaux de la Loire (Chambord…), les paroles de “Du côte de chez Swann” (“On oublie l’air un peu trop sûr de soi…”), le détail d’un discours de De Gaulle (“Marcheramo la mano en la mano…”), l’apostrophe inventée par notre imaginaire de Marchais à Elkabbach (“Taisez-vous…), la capitale de la Mongolie extérieure (Oulan-Batour), une citation de Napoléon sur la Chine (“Quand la Chine… ) et un procédé mnémotechnique concernant le nombre 3,14116 (zut, j’ai oublié ! “).
Nous n’avons pas tous les jours l’occasion d’être candidat du “Jeu des 1000 euros” – il est désormais présenté par Louis Bozon- mais tout ce fourbi intellectuel et sentimental, ce grenier dessiné par quelques rais de lumière, nous rassure, comme un cortège d’amis familiers. Alors, “Chers amis au revoir”. Lucien est parti. Le souvenir fugace de son apparition dans une pub pour une “convention-obsèques”. Son patronyme nous avait fait croire qu’il était éternel.Et puis Lucien Jeunesse a inspiré un superbe film de Patrice Leconte : “Tandem” avec Jean Rochefort et Gérard Jugnot. Rochefort incarnait avec superbe un animateur lâché par sa station qui ne veut pas vieillir même s’il n’était pas dupe de sa “célébrité”. C’était une belle parabole sur la solitude masculine.
Le petit carillon de la vie joué au xylophone s’est arrêté pour Monsieur Lucien. Jeunesse enfuie. Encore une fois, c’est un peu la nôtre.








