Cela part d’un regard jeté un jour sur l’horloge des Cinq-Avenues. Elle était restée dans une autre dimension, celle de l’heure d’été. Une heure d’avance qui agace au début lorsqu’on veut régler sa montre. Et puis, jour après jour, cela devient un rituel. Regarder cette pendule figée dans le bonheur estival, dans l’été indien et constater que cela continue, que depuis le 26 octobre, elle conserve ce décalage horaire, cette superbe avancée. Alors, cela devient un petit rituel. Faire la photo, chaque jour, avec une montre, un réveil, une horloge comtoise pour montrer cette heure d’avance conservée. Et retrouver au fil de l’avancée de l’hiver ce totem estival. Se dire que finalement, si un employé vient la recaler, on n’en sera un peu blessé, qu’un jeu innocent et drôle ne sera plus.
Donc penser à une forme de résistance, monter un comité de défense de l’heure d’été aux Cinq-Avenues avec ukulélé, vahinés, habits d’été et disparition immédiat de la grisaille, de la pluie et de la mauvaise humeur. Une sorte de “freeze” qui réchauffe. immédiatement, lancer un rendez-vous pour le samedi 20 décembre, veille du solstice d’hiver, à 12 h 30, pour défendre ce emblème d’un été que nous souhaitons, dans une tenue balnéaire et réveil, horloge, en main.

Un pont entre deux heures

Un pont entre deux heures

 

coeur à louer, amour en véranda

coeur à louer, amour en véranda

Qui n’a jamais entendu un jour cette phrase un jour de l’être qu’il ou elle convoitait le plus au monde, comme un entraîneur de foot à qui le président “renouvelle toute sa confiance” ? Qui n’a pas entendu ce début de phrase en sachant que la sentence allait tomber comme guillotine sur le cou du tueur en série ? Hein, qui peut le dire sans mentir ? 
Qui n’a pas entendu un jour : “Tu feras toujours partie de ma famille” (oui mais voilà comme un cousin éloigné à qui on envoie une carte de bonne année), “Tu es trop bien pour moi” (ah bon, je m’étais pas rendu compte) ou le terrible : “Je ne suis pas digne de toi” (mais soit indigne connard, patate !).
Alors voilà le groupe, le club, l’association, pour tous les recalés(e)s, les largué(e)s, les qui ont pas su sentir venir le vent et à qui on badigeonne de la tendresse alors qu’ils voudraient du sexe, de l’amour, du bonheur à deux. Les exceptionnels qui font exception et ne confirment pas la règle. Ceux et celles qui ont de temps en temps des envies de meurtres parce que, malgré leurs défauts, leurs hésitations, leurs vélléités, ils et elles ont bâti des cathédrales pour l’autre. 
Alors merde, cela mérite bien un petit groupe. Pour tous les vaillants soldats tombés lors de leur retraite de Russie sentimentale, dans la froidure des sentiments soudain congelés.
Comme il faut donner l’exemple, je me dévoue en pensant très fort à une petite merveille qu’un géant ne mérite pas. Alors, voilà, ce groupe est pour :
-Tous ceux qui prennent des trains pour Nice en y croyant et qui n’ont même pas un appel après.
-Tous ceux qui roulent en scooter vers le Vaucluse et l’inconnue.
-Tous ceux qui déposent des bouquets de fleurs derrière une porte en entendant la voix de l’autre derrière.
-Toutes celles qui traversent Paris, Marseille, Lyon dans la nuit pour aller vers l’homme qu’elles aiment.
-Tous ceux qui ont écrit une comédie musicale avec une guitare d’enfant pour épater une nana.
-Tous ceux qui sont allés chercher une fille qu’ils connaissaient à peine à la sortie de l’entrepôt de Prisunic et qui, plus tard, n’ont pas été pris au téléphone.
-Toutes celles qui ont posé dans des chambres d’hôtel pour leur amoureux et qui y croyaient.
-Tous ceux à qui une femme a dit qu’ils étaient incontournables et qui ont été, finalement, très bien contournés. Et cela vaut pour les filles à qui on a tenu le même discours définitif.
-Toutes celles qui préparent des sacs en cachette.
-Tous ceux et celles qui ont écrit des lettres en pensant qu’elles feraient rester l’autre. Ou quitter l’autre.
-Tous ceux et celles qui sont tellement exceptionnels que l’on passe à côté d’eux.
Voilà, laissez tomber tout ego, toute tentative d’être digne. C’est parti pour l’ordinaire de l’exceptionnel. Soyons forts. Confions-nous et rassemblons-nous.

Souvenirs d’hôtel

novembre 18, 2008

 

Un néon, une vie, un amour

Un néon, une vie, un amour

 

J’aime les hôtels et les chambres d’hôtel. J’aime leur signal dans la nuit. J’aime toutes les histoires que cela me raconte. J’aime me souvenir des nuits clandestines avec M., à Lyon ou Paris. Des deux grands lits et très hauts qui faisaient un immense plumard à Londres avec L. D’une grande chambre avec Véronique dans la banlieue de Bilbao.

J’aime me souvenir du serveur aux airs de Nosferatu à l’hôtel “Le Provençal” de la presqu’île de Giens avec une autre M. à la délicieuse culotte de dentelle et de notre chambre en sous-sol alors qu’elle semblait à l’étage.

J’ai aimé avec Laure le spectaculaire Royal Pita Maha de Bali, ses sculptures démentielles, ses lits de trois mètres, ses piscines privées à débordement sur la jungle.

J’ai aimé le plus minuscule des hôtels dans une rue traversière tout près de la gare de Lyon pour un premier rendez-vous en septembre 2005. Ou l’hôtel de la Tour Blanche, à Toulon où j’ai pensé vivre une aube nouvelle.

Mais j’ai aussi mille images qui me reviennent de nuits de solitude pendant des reportages, celles d’un Formule 1 à Vaux-en-Velin après avoir tournée dans la cité pour les premières émeutes urbaines, d’un autre à Huescas où j’avais du mal à transmettre mon papier après une coulée meurtrière au camping “Las Neves”, d’une chambre près d’Epinal sans même la télé après un repas interminable avec des gendarmes qui enquêtaient sur un violeur post-mortem, d’une chambre à Longwy à l’Ibis où le couple a côté baisait comme des morts-de-faim avec la gonzesse qui hurlait “non” alors que j’avais passé la journée sur une affaire de tueurs en série de femmes. Il les trucidait après avoir crevé le pneu de leur voiture et gentiment proposé de les aider à réparer.

Il y a eu aussi des chambres paisibles, des chambres sas pour sommeil en retard, à Ceylan, New-York, Bordeaux ou Nice. Des réveils où je me demandais où j’étais en regardant le plafond que je connaissais pas. Un hôtel en travaux à Pigalle avec le plus beau des cadeaux m’attendait. Il y a encore eu des hôtels de voyage de presse dont un Hyatt Régency dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte avec ma carte magnétique et où je me suis trouvé tout bête et tout petit sur la rotonde géante. Little French in Big America. Ou le “Baros” aux Maldives où il me suffisait de faire trois mètres pour plonger dans le lagon. Sans oublier l’ancien hôtel de poste de Valenciennes pendant l’affaire VA-OM où les serveurs insistaient pour que je mange du saindoux au petit-déjeuner.

Un autre aux Orres dont je n’ai pu ouvrir la porte, jeune journaliste en reportage, et j’ai dû dormir dans ma voiture, une R5 je crois. En fait, je pense que je passerais volontiers ma vie dans les hôtels. Avec le petit déjeuner inclus pour la gentillesse de la serveuse qui demande avec le sourire : “Café ou thé”. Sans illusion, dans la lumière des néons, parfois belle, parfois blafarde. Seul ou avec un amour fort ou fragile, tendre ou sexe.

Les femelles crocodiles

novembre 16, 2008

Quelques mots qui s'envolent et que j'attrape

Quelques mots qui s

Conversation de filles, captée dans un resto vietnamien à Marseille. Deux nanas assez désespérantes qui se la jouaient Bridget Jones. Entre la psychologie de bazar et les brèves de comptoir. Pas assez sexe, prise de tête à mort. Drôle à force d’être trop.

“Ma mère, elle est comme ça : elle est castatrice.

-On s’est tourné autour mais on était bourré.

-J’ai pas pris son numéro, c’est pour ça que je suis célibataire depuis longtemps.

-Je suis revenu des vacances de Noël et j’ai appris qu’un collègue de bureau avec qui j’avais un
bon feeling avait quitté sa nana. Ils étaient ensemble depuis huit mois je crois.

-Il faut respecter une période de deuil.

-Il a un beau visage, un bon look.

-Organise une soirée pour en avoir le coeur net.

-La semaine de mon anniversaire, il a repris contact avec mes deux meilleurs potes.

-Il faut rationaliser et mettre dans le contexte.

-On a eu ce crêpage de chignon, je pense qu’il y a un problème de relation.

-C’est à dire la réalité, moi, j’ai beaucoup de mal.

Sur le fil de l'eau, sur le fil de la vie
Sur le fil de l’eau et de la vie, Corsican Night
Voilà, je vais quitter la Corse et je laisse derrière moi de drôles d’impressions. Fêter son 47e anniversaire dans le temple de la vie nocturne, “Le Via Notte”, près de Porto-Vecchio, m’a révélé que la vie a de multiples facettes, comme les boules qui pendent au plafond des boîtes. J’ai adoré mater les filles toutes plus belles les unes que les autres dans cet incroyable boîte en plein air, je me suis dit que, finalement, je n’étais pas si dévergondé et que j’étais passé à côté de pleins de soirées folles. Je me suis même aperçu que j’aimais bien la musique “boum-boum”. J’ai failli partir en live le soir où Philippe Garnier était aux platines. Je suis resté scotché devant les gogodanceuses très classe qui évoluaient sur des plateformes. J’ai rêvé de repartir à l’aube avec de multiples créatures avec des dos nus que ne renieraient pas Mireille Darc, des filles avec ces tuniques transparentes qui sont à la mode cette année et des hauts qui ont la fâcheuse habitude de se décrocher des seins. Mais c’était la faute aux cocktails et j’ai adoré repartir seul.
Dans une autre boîte, le “Rancho”, j’ai pensé à la confusion des désirs et des sentiments. Ce lundi-là, les familles sortaient avec leurs ados et les filles de quatorze ans avaient l’air d’en avoir vingt-deux et d’ailleurs, on s’y perdait dans les comptes. On était un petit peu jaloux de leur énergie et de leur beauté, particulièrement d’un couple singulier formé par un gamine incroyablement belle avec un micro-short blanc et une tunique rose qui se frottait avec une immense élégance contre son immense amie aux seins de bakélite qui remontait sans cesse son haut récalcitrant. Avec un tas de gamins autour d’elles qui participaient à la fête mais devaient souffrir le martyre. Nous avons dansé sur du Christophe Mahé et du Mika -mais oui ! - et nous sommes partis même si je pouvais faire passer mes deux cops pour mes deux enfants -privilège du quadragénaire qui a fêté ses 47 ans- car parfois il faut savoir se situer dans le temps et éviter toute poursuite.
Les ados sont incroyables, comme ceux que nous avons croisé juste avant la boîte. Derrière nous, une table où deux garçons étaient entourés de six filles. Ils parlaient en gloussant de cunnilingus, des pratiques sexuelles d’une fille que les gamines n’aimaient pas. En s’excusant de parler trop fort. Mais cela ne nous dérangeait guère. Et puis les filles, petites lianes fines et belles, se sont levées et, d’une démarche rendue hésitante par le rosé, sont partis dans une farandoles en nous disant que ce soir, les garçons avaient le droit d’aller en boîte mais pas elles. Filles et garçons s’appelaient Harold et Alix et de pleins d’autres prénoms très classieux. J’ai eu un peu peur pour les filles qui rentraient à pied et j’ai dit aux garçons de les accompagner avant d’aller au “Rancho”.
Et puis, comme un éclair que l’on attend pas, un éblouissement nous a frappé au Patio, un bar de nuit très classieux sur une petite place comme un huis-clos à Porto-Vecchio. Un éclair nommé Saveria.
Parce que parfois, une fille vous brise le coeur simplement en balançant sa longue tresse.
Parce que l’air après son passage gracieux conserve sans doute son empreinte.
Parce que Saveria donne un âme à cet incroyable lieu en plein air qu’est le “Patio”.
Parce qu’elle pourrait être la “Poca-Hôtesse”, personnage de Disney dont nous serions amoureux avec la gravité et la légèreté des enfants, en nous lançant sans peur dans des aventures singulières comme “Les Indiens arrivent sur la plage de Palombaggia et s’installent à la paillote”.
Parce qu’elle évolue avec grâce et légèreté dans le carré magique où sont installées les tables entre les maisons corses.
Parce qu’on la regarde passer en se disant qu’on avait rien connu de la vie avant et que cela va être un brise-coeur de quitter la Corse.
Parce qu’elle porte un superbe prénom corse.
Parce qu’elle en parle de sa voix douce et inimitable -qui vous fait penser que vous passeriez bien votre vie au coin du feu dans la vallée de la Tartajine avec elle- en expliquant que ce n’est pas le féminin de Sauveur, mais la version corse de Xavière.
Parce qu’elle place avec autorité mais gentillesse les gens qui arrivent en se grattant la tête.
Parce qu’elle nous a donné une des meilleures tables pour regarder les filles en tunique d’été et avec des dos nus que n’aurait pas renié Mireille Darc.
Parce qu’elle est belle et maligne et douce et forte sans doute.
Parce qu’elle a sûrement cette manière de traverser quand elle s’en va chez le boucher de son village, dans la montagne (spéciale décidace à Pierre Bachelet).
Parce qu’elle sourit avec indulgence quand on lui dit qu’on va créer un club de fans d’elle sur Facebook (ceux qui sont fans de Saveria, la “Poca Hôtesse” du Patio, à Porto-Vecchio) et qu’elle est un peu flattée.
Parce qu’elle le vaut bien.
Parce que.

Nanard l’unique

juillet 13, 2008

Le comédien saluant sur scène

Le comédien saluant sur scène

Franchement, en ce début d’été, c’est quoi l’actualité ? L’Union pour la Méditerranée ? La célébration de la Coupe du Monde 1998 de la France pour masquer des années de disette depuis ? Un conjoint qui craque et massacre sa famille ? La pollution à l’uranium sur le site du Tricastin ? Les premières polémiques des festivals ? Que nenni ! Il n’est qu’une seule actu : le retour de Nanard.

Et ce n’est pas la moindre des ironies de voir Bernard Tapie faire son grand retour sur la scène médiatique à l’occasion de sa victoire sur le Crédit Lyonnais au moment où Patrick Poivre d’Arvor la quitte en tirant contraint et forcé sa révérence au 20 heures. Comme si le temps de l’un était révolu alors que le destin de l’autre semblait de renaître toujours. Cela aurait fait un impayable dialogue entre les marionnettes stars des Guignols :

“-Alors, Bernard Tapie, heureux après cet arbitrage en votre faveur ?

- Salut bonhomme, tu rigoles ou quoi ? Il plane carrément le Nanard. 295 patates, ça vous remplume un mecton. Désolé pour toi, qui est plutôt dans la déprime mais moi je plane avec mes burnes en or. C’est ça les mecs qui en ont dans le calcifs, ils finissent par gagner à la dernière minute. Laisse-moi profiter.

-Et vous allez en faire quoi ?

-Donne-moi le temps mon PPD. J’te demande pas dans quoi tu vas investir tes indems de TF1. Mais je me vois bien monter un club à Paris pour faire la nique à Villeneuve et à son PSG de nains de jardin. Moi je rêve d’un vrai championnat pas de l’espèce de concours de baby-foot que Canal + nous vend comme une Coupe du Monde chaque semaine.

Mais le duo magique est au placard. Il reste Bernard Tapie l’unique, le chat aux sept vies pour une incroyable dramatique télé : “Nanard, le retour”. Le Comte de Monte-Christo est un petit joueur comparé au destin de l’ex-président de l’OM, ex-chef d’entreprise, ex-dirigeant de l’équipe cycliste la Vie Claire, ex-ministre, ex-chanteur, ex-détenu et désormais comédien. Quatorze années de combat judiciaire et une conclusion qui voit enfin reconnaître le fait qu’il martelait depuis des années : le Crédit Lyonnais l’a floué dans l’opération de vente et de revente d’Adidas. Bernard Tapie n’avait jamais lâché prise dans ce combat qui était aussi celui de l’opération financière de sa vie réalisée en 1990 quand il présidait l’OM d’une main de fer.

On peut ne pas aimer le personnage, on peut se dire qu’il est le symbole d’une France des flambeurs qui vivait sur le dos des entreprises en faillite mais les faits sont là : Nanard va jusqu’au bout de ses combats. Il a gagné son bras de fer contre le Consortium de Réalisation qui gère le passif du Crédit Lyonnais à l’américaine, après de nombreux recours. Et il n’a pas tort lorsqu’il dit, avec emphase, que les Français se retrouvent en lui, eux qui voient souvent les banques les écraser à la moindre incartade sur leur compte.

Bernard Tapie avance encore, comme dans la pub sur les piles Duracell où n’avait pas craint de se mettre en scène. Personnage tout à la fois brut de décoffrage et mettant toute son énergie à vivre son destin, il est une sorte de double singulier du Président Sarkozy, qui a lui aussi connu quelques revers de fortune avant d’accéder à la fonction suprême. Et qui a eu lui aussi sa période bling-bling et Rollex avant de faire, comme Nanard, dans la sobriété efficace. Comme lui, le chet de l’Etat est capable d’utiliser et d’essorer ses plus proches collaborateurs avant de s’en défaire. Il ne supporte aucun obstacle et bouscule habitutes et contraintes pour parvenir à ses fins. Et tous deux, même si Tapie a sans doute l’insulte encore plus fleurie, sont capables d’user d’un langage viril.

Sacré Bernard ! S’il lui reste quelques pépettes après le règlement de ses dettes, nombre de supporters de l’OM rêvent de le voir racheter le club et revenir à sa tête.

Il faut bien que jeunesse... agrandir

Désolé, mais là vraiment, je sature. Je craque quand j’entends que Nicolas Sarkozy est plus un sujet de conversation qu’un président. J’en ai assez du mot bling-bling, des bilans qui parlent de l’image Sarkozy et à peine de réalité. J’en ai assez des anniversaires présidentiels célébrés à répétition et de tous les commentaires sur “le culte de Narcisse”. Ce n’est pas de l’actu, c’est du gimmick. Je ne parviens pas à trouver le chef de l’Etat sympathique mais la rengaine médiatique ne sonne plus juste à mon oreille. Je bloque sur les sondages qui répètent tous la même chose et sur les analyses portant sur un cinquième de mandat de chef de l’Etat qui rejouent encore la soirée au “Fouquet’s” et le yacht à Malte. Comme une envie d’autre chose sur la politique, sur le quotidien des Français, sur les questions qu’ils se posent sur leur quotidien. Au secours, j’ai besoin d’air, d’autre chose !

Alors voilà, apprendre au détour d’un flash la mort à 89 ans de Lucien Jeunesse, l’animateur durant trente ans du “Jeu des 1000 francs” sur France Inter. Le bonheur de prononcer de nouveau le mot “franc”. Réentendre “Chers amis, bonjour” et le “Bonjour” du public en réponse. Se souvenir d’un enregistrement un jour au théâtre Bompard, à Marseille où j’avais découvert sa manière théâtrale d’accueillir le public “en vrai”. Il avait fait refaire son “Bonjour” au public et où il s’était gentiment moqué de moi parce que je participais pas. Sacrilège ! Penser avec nostalgie à la spécificité de ce jeu. Il redessinait jour après jour la géographie de la France, d’un pays réel et rural où chaque commune compte. Rendez-vous de salle des fêtes et de hall d’hôtel de ville.

Il nous faisait penser à cette culture fourre-tout à laquelle nous trouvons souvent du charme. Une encyclopédie pour repas en famille. Parce que notre mémoire fonctionne comme cela. Elle retient les anciens comptoirs coloniaux de la France (Chandernagor…), la chanson des supporters des Verts (“Qui c’est les plus forts…”), le nom des châteaux de la Loire (Chambord…), les paroles de “Du côte de chez Swann” (“On oublie l’air un peu trop sûr de soi…”), le détail d’un discours de De Gaulle (“Marcheramo la mano en la mano…”), l’apostrophe inventée par notre imaginaire de Marchais à Elkabbach (“Taisez-vous…), la capitale de la Mongolie extérieure (Oulan-Batour), une citation de Napoléon sur la Chine (“Quand la Chine… ) et un procédé mnémotechnique concernant le nombre 3,14116 (zut, j’ai oublié ! “).
Nous n’avons pas tous les jours l’occasion d’être candidat du “Jeu des 1000 euros” – il est désormais présenté par Louis Bozon- mais tout ce fourbi intellectuel et sentimental, ce grenier dessiné par quelques rais de lumière, nous rassure, comme un cortège d’amis familiers. Alors, “Chers amis au revoir”. Lucien est parti. Le souvenir fugace de son apparition dans une pub pour une “convention-obsèques”. Son patronyme nous avait fait croire qu’il était éternel.

Et puis Lucien Jeunesse a inspiré un superbe film de Patrice Leconte : “Tandem” avec Jean Rochefort et Gérard Jugnot. Rochefort incarnait avec superbe un animateur lâché par sa station qui ne veut pas vieillir même s’il n’était pas dupe de sa “célébrité”. C’était une belle parabole sur la solitude masculine.

Le petit carillon de la vie joué au xylophone s’est arrêté pour Monsieur Lucien. Jeunesse enfuie. Encore une fois, c’est un peu la nôtre.

Il faut une héroïne aux seins modestes et à l’oeil charbonneux.
Il faut une mère abusive qui rentre sans prévenir dans la chambre quand vous tentez la “DP” et dit : “Ma fille, tu t’y prends mal”.
Il faut des religieux avec les chapeaux noirs et les papillottes qui prient en se penchant autour des corps nus et transpirants.
Il faut un acteur bien membré nommé Thibault Monfils et une actrice goulue nommée Salomé Ziaufond.
Il faut des dialogues crus et drôles du genre : “oy a broch, je voudrais que tu mé farcisses le carpe avec ton gendarme kasher, mais seulement celui qu’on achète ché Finkelstein, tu sais au Platzl”.
Il faut une éjac faciale avec du sirop d’orgeat.
Il faut un téléphone qui sonne au beau milieu de la scène de sodomie avec en musique “Shalom Bahéré” et évidemment l’acteur qui répond à sa mère : “Oui maman, je n’oublie pas les carpes farcies”.
Il faut une héroïne très salope mais qui se pose des questions existentielles du genre : “Je suis sûr qu’il en a une autre”, au milieu d’une scène de gang-bang.
Il faut Woody Allen en caleçon qui passe dans le champ.
Il ne faut pas des casquettes en cuir et des filles en uniforme, c’est déjà fait dans un autre film.
Il faut des cris de jouissance qui invoquent Jéhovah.
Il faut une grande fête familiale pour conclure avec tous les acteurs en peignoir qui chantent sur un air de musique d’Europe de l’Est.
Spéciale dédicace à une fille drôle qui fait des rêves étranges

Retenir la nuit

décembre 22, 2007

 

Parler de soi agrandir

Parler des insomnies quand, comme un minot, on ne veut pas dormir pour profiter
Parler des films revus sur mon ordi, de Robert de Niro en flic complexé dans “Mad Dog and Glory” et de sa rencontre magique avec Uma Thurmann. Et de la scène géniale où il photographie le corps d’un mafieux abattu en dansant sur “Just a gigolo”.
Parler des programmes de la nuit sur toutes les chaînes, avec toujours une émission sur la Corse.
Parler de toutes les nuits, jolies ou tristes qu’on veut vivre comme des jours en lumière artificielle.
Parler d’une nuit dans le désert à Oman où j’ai vraiment dormi à la belle étoile, en traînant mon matelas dehors et où j’ai pu voir des milliers d’étoiles que j’ai d’ailleurs photographiées.
Parler d’un sourire
Parler de la plus belle côte de boeuf du monde
Chanter à mi-voix Dave pour partir du côté de Chez Swann:
On oublie, hier est loin, si loin d’aujourd’hui
Mais il m’arrive souvent de rêver encore
A l’adolescent que je ne suis plus.
On sourit en revoyant sur les photos jaunies
L’air un peu trop sûr de soi que l’on prend à 16 ans
Et que l’on fait de son mieux pour paraître plus vieux.

J’irai bien refaire un tour du côté de chez Swan
Revoir mon premier amour qui m’a donné rendez-vous sous le chêne
Et se laissait embrasser sur la joue
Je ne voudrai pas refaire le chemin à l’envers
Et pourtant je paierai cher pour revivre un seul instant
Le temps du bonheur à l’ombre d’une fille en fleurs.

On oublie, et puis un jour il suffit d’un parfum
Pour qu’on retrouve soudain la magie d’un matin
Et l’on oublie l’avenir pour quelques souvenirs.

J’irai bien refaire un tour du côté de chez Swan
Revoir mon premier amour qui m’a donné rendez-vous sous le chêne
Et se lassait embrasser sur la joue
Je ne voudrai pas refaire le chemin à l’envers
Et pourtant je paierai cher pour revivre un seul instant
Le temps du bonheur à l’ombre d’une fille en fleurs.

Et puis on montre cette maison toscane près de mon ancien lycée pour faire comprendre que je veux toujours savoir ce que vivent les gens derrière les fenêtres.

Un confrère me disait hier : “J’ai un ami médecin qui va s’installer en zone rurale. Il dit “médecin à la campagne” et surtout pas “médecin de campagne”.” Une nuance linguistique qui symbolise toute l’évolution de la médecine de proximité et de la profession médicale. Il est loin le bon docteur qui consacrait tout son temps, comme un curé laïc, à ses ouailles éparpillées dans les hameaux de montagne. Aujourd’hui, si un praticien s’installe en zone rurale, c’est aussi pour profiter de la vie et la notion de carrière n’est pas un critère majeur.

Seydou Konaté juge durement cette évolution. Même s’il est conscient qu’un médecin français n’accepterait pas les conditions de vie qu’il connaît dans le village de Nongon Sikasso, à 450 km de Bamako. Mais il y trouve une richesse de vie que, pour lui, un praticien en zone rurale française peut connaître (notre photo). “Parfois j’ai l’impression que votre développement va vous tuer”, dit-il. Il comprend mal les aberrations de la démographie médicale en France. Il assistait vendredi à une rencontre organisée par l’Union Régionale des Médecins Libéraux (URML). Il raconte volontiers cette médecine de proximité qu’il vit au quotidien et qu’il s’étonne de voir reculer en France. “Je m’occupe globalement des malades pas seulement de leur maladie. Quand une femme vient vers moi avec un enfant qui souffre de malnutrition, je vais voir un des responsables du village pour qu’il lui donne un petit terrain afin qu’elle cultive des légumes pour son petit. Je suis considéré comme un notable et mon expérience est prise en compte à la faculté à Bamako.” Santé Sud, une association basée à Marseille l’a aidé à s’installer avec un kit médical, un capteur solaires et une moto. Des médecins de brousse font aussi des échanges avec des médecins de campagne français.
Lorsqu’elle entend le témoignage de Sékou, le Dr Fabienne Cordier reste rêveuse. “A Barcelonnette, nous sommes 6 médecins pour 3000 habitants. Deux d’entre nous, associés dans un cabinet, cherchent un troisième généraliste depuis deux ans et ils ne trouvent pas. Alors qu’il aurait un bon revenu assuré et qu’il n’a pas de clientèle à racheter!” L’une de ses consoeurs, Florence Atger, installée à Gap, explique qu’elle “recherche désespérément un ou une échographiste”.
Des exemples comme cela, la région Paca, même dans les campagnes qui se repeuplent, en fourmillent. Et le récent mouvement de grève des internes après la projet d’obliger les jeunes praticiens à s’installer dans les zones rurales témoignent de leurs réticences . “Le modèle du “médecin de campagne” n’est pas défendu en faculté, explique Christiane Giraud, l’une des élues de l’URML, installée dans les quartiers Nord de Marseille. Vous ne verrez jamais un généraliste d’une zone rurale venir témoigner dans un amphi. (voir l’interview de la sociologue Nathalie Lapeyre en pièce jointe) n Le modèle dominant en fac de médecine, c’est le médecin hospitalier et plus encore le spécialiste. Au-delà des incitations financières et des aides à l’installation, il faut penser à revaloriser ce type de pratique.”
L’URML va se doter de logiciels pour suivre la démographie médicale dans la région, avec la répartition des médecins dans les zones les plus reculées et leur âge.
L’enjeu est énorme. Selon les chiffres cités au cours de la rencontre, dans certains zones en Provence et en France, 1 habitant sur 10 n’a plus accès à un “médecin de première ligne”, autrement dit ne peut plus consulter dans son village ou une commune proche. Une sociologue, Nathalie Lapeyre, s’est particulièrement attachée à comprendre ce “refus de la campagne” chez les médecins. (voir ci-dessous).  Par ailleurs, vous pouvez aussi consulter en pièce jointe l’intervention de Claude Domeizel, sénateur PS des Alpes de Haute-Provence qui est intervenu le jeudi 15 novembre en séance publique au Sénat sur le thème de la démographie médicale.

 

“Un modèle à revoir”

Nathalie Lapeyre,  sociologue a mené une étude édifiante pour l’ordre national sur la médecine en zone rurale

 

 

 

“L’exemple le plus frappant que j’ai recueilli, c’est celui des étudiants fils de médecins de campagne. Ils ne voulaient surtout pas faire comme leur père. Pour eux, c’était un repoussoir.” Nathalie Lapeyre, maître de conférence en sociologie a fait une étude avec sa consœur Magalie Robelet sur la pratique professionnel des jeunes et la médecine de proximité. C’est clair, le docteur en zone rurale n’a pas la côte. “Les étudiants ne sont pas confrontés à cette pratique durant leurs études et, suivant un enseignement en ville, ils ne connaissent pas les campagnes.” Et, pour expliquer les difficultés de recrutement, elle met en avant l’évolution sociologique du milieu médical. “Le modèle du médecin âme d’un village et disponible 24 h sur 24 n’est plus. Aujourd’hui, les jeunes qui s’installent pensent qualité de vie et pas forcément à développer en permanence leur activité.” La féminisation de la profession joue aussi dans la volonté de concilier activité professionnelle et familiale. “De plus, le modèle du docteur dont la femme reste au foyer a vécu. Il faut prendre en compte la carrière de l’épouse, cadre ou ingénieur quand elle n’est pas médecin et qui doit trouver elle aussi un poste si son mari s’installe à la campagne.” Alors, les incitations financières ne suffisent pas. Il faut “penser couple”, soutenir les médecins isolés dans leur pratique médicale, fonctionner en réseau et les aider dans leur gestion.