Grandir, vous dis-je

décembre 24, 2011

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Je sors d’une longue discussion avec une amie sur les liens que l’on entretient ou pas avec sa famille et au final sur la manière dont on se débrouille soi-même, avec ses pesanteurs, ses doutes. Avec cette question simple : quand grandit-on ?

Plus simplement, nous nous demandions si les doutes que l’on garde en soi sur ses capacités, sur son origine sociale, sur la distance que l’on arrive à mettre avec les siens quand ils sont trop accaparants, peuvent être dépassés.

Certains vont parler du “syndrome de l’usurpateur”, de cette tendance que l’on a parfois à se demander si on mérite bien sa place, son statut. Il y a sans doute de cela mais c’est plus complexe parce que ces interrogations partent aussi de l’origine sociale, du rapport avec sa famille. Progresser dans la société, c’est forcément en partie trahir, se couper de la réalité que vivent ou qu’ont vécu ses parents, ses frères, ses soeurs. J’avais écouté un jour une émission de radio géniale où un écrivain parlait de la “honte sociale”, du quasi-mépris qu’il ressentait pour l’accent des gens de la région dont il était originaire quand il y revenait. Et un autre se souvenait de sa mère qui l’avait élevé seule et qui s’était cassé le dos dans des boulots d’ouvrière pour qu’il puisse aller à la fac. Et il disait : “Ma mère s’est tué au travail pour que je puisse aller à l’université et écrire pour dire du mal d’elle”.

Donc on s’échappe parfois violemment, contre les siens, parce qu’ils nous étouffent, parce qu’on ne veut plus de leur monde, de ce qu’ils font peser sur vous, volontairement ou inconsciemment.

Mais il reste, même si on est loin d’eux, même si les rapports se sont distendus, une part de doute en nous comme une part d’eux. Quelque chose d’insidieux qui fait se remettre en question sur ses capacités, sa position. Une vague crainte qu’un jour, quelqu’un découvre que vous avez forcé la porte, que vous avez gagné la partie sans jeu.

C’est une fragilité, une fêlure mais cela peut aussi se transformer en atout. Comme un moteur qui ne se met jamais au ralenti, qui vous force à passer toujours une vitesse supérieure. Pour ne jamais être rattrapé. Pour s’épater soi-même.

Je crois qu’on ne peut pas se construire sur le mépris des siens. Je pense cependant que, écoutant mon amie dire qu’elle n’en pouvait plus de ses parents, d’être encore mineure à leurs yeux, qu’il faut s’éloigner, construire son monde, vaille que vaille. Tanguer seul mais lever l’ancre.

Ce sont sans doute des pensées de Noël, liées à cette période où le cercle familial est censé se reformer, où les repas se succèdent comme autant d’épreuves pour certains, de retrouvailles attendues pour d’autres. Mais au fond de tout cela, de cette soupe sentimentale, de cette lucidité intellectuelle, il y a tout de même le désir profond d’avoir sur soi un regard bienveillant. Un besoin d’être reconnu, accepté, aimé plus qu’une farouche volonté de réussite. Comme si quelqu’un vous disait simplement : “C’est bien que tu sois là, continue”.

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