Les aventures de Dédé le doudou
novembre 6, 2011
Caché derrière le caddy d’une grosse dame dans la rame du tramway, Bébé avait déjà enlevé son petit pull vert. Il en avait assez de ce tricot qui le grattait. Il avait envie de changer de look, de vie. Il adorait Zoé, il savait qu’il allait lui manquer mais le grand air, l’aventure lui manquait. Le doudou partait en cavale.
Il descendit du tram à l’arrêt National et marcha sur le boulevard vers la gare Saint-Charles. Il avait déjà tout prévu. Il ne prendrait pas le train car il savait que la maman de Zoé avait déjà lancé les recherches et que les contrôleurs le repéreraient facilement. Alors il avait pris la carte « Avis Club » qui était tombée dans la chambre de Zoé qu’il avait mis de côté avec la carte bleue qu’il avait ramassé sur la tablette de l’entrée. Il se dirigea vers le comptoir des voitures de location qu’il avait déjà repérée quand Zoé et sa maman étaient venues chercher une amie à la gare.
L’employée fatiguée releva à peine la tête lorsque, juché sur un tabouret, il demanda une décapotable et un siège bébé pour atteindre le volant. « Une Mercédès Classe S, ça vous va ? » Pardi que cela lui allait. Dans le parking, il la trouva vite, elle était rouge flamboyante. Comme il allait pécho ! Même s’il faisait un peu frais, il descendit le toit amovible et fit crisser les pneus sur le béton en démarrant.
Le tunnel et en deux minutes, il était sur l’autoroute, direction Nice. Il avait l’intention de prendre l’avion là-bas pour brouiller les pistes. Il s’arrêterait juste à Toulon chez un pote ours de cirque qui avait plongé dans le Milieu pour se faire faire un faux passeport et récupérer un peu d’argent qu’il lui avait prêté à sa sortie de prison. Après sa halte chez son pote dans le quartier de Chicago, il passa dans une friperie pour s’acheter une chemise hawaïenne et une grosse chaîne dorée avec une fausse dent de requin. Bébé, ça allait bien. Désormais, il s’appellerait « Dédé le Doudou ». Bon ça faisait un peu fatchomaco mais ça en jetait.
Bon, cet ourson de compagnie avait un peu des goûts bling-bling mais il voulait vivre quoi, se la péter. Au péage de la Barque, il prit une adolescente auto stoppeuse prénommée Zahia qui lui demanda de lui raconter une histoire et qui adora le récit de l’ours qui pète. Ils se quittèrent bons mais. A l’aéroport Nice-Côte d’Azur, il repéra un vol pour Tahiti avec escale à Los Angeles. Le rêve, dans le lit de Zoé, il rêvait de lagons, de poissons-clowns, de sable blanc et de vahinés énamourés.
Il mit ses lunettes noires et se présenta au comptoir. Chance, il restait une place et l’avion décollait dans un quart d’heure.
Le temps de présenter son faux passeport à un policier amusé et il était installé dans un fauteuil profond comme la mer avec une épatante hôtesse qui lui offrait du champagne. Elle était pas belle la vie. Il s’assoupit un peu, fatigué par sa fuite et rêva de son bungalow au bord de l’océan. Dans son songe, Zoé était à côté de lui, en maillot et paréo. Il se réveilla un peu coupable et chercha parmi les films disponible de quoi faire passer les 12 heures de vol. Il se fit consécutivement « Transformers 3 », une comédie romantique devant laquelle il pleura et une aventure de Dora l’Exploratrice qu’il avait déjà vu avec Zoé. Encore une fois, le souvenir de la petite fille l’envahit.
Après l’escale à L.A. , les contrôles plutôt courtois des flics américains (« Ah, you come from Marseille, beautiful town, soccer, beach, bouillabaisse… »), l’avion redécolla vers la Polynésie.
Il se réveilla alors que l’Airbus descendait sur Papeete. L’eau de l’océan Atlantique était aussi bleu que la baignoire quand il prenait le bain avec Zoé et que sa maman ajoutait des sels de bain de la Mer Morte. Il se mit à chanter « Stand on the Word » à tue-tête.
La chaleur moite le saisit quand il sortit de l’aérogare, face au parking ombragé de cocotiers. Comme son pécule avait fondu, il s’éloigna sur la voie rapide et fit du stop. Une vieille 2CV s’arrêta près de lui. Sur le siège arrière, il vit une petite fille aux longs cheveux bruns qui lui souriait. Sa maman ouvrit la porte pour qu’il s’installe à côté d’elle. « Bonjour, moi c’est Christelle et ma fille, c’est Eoz. Et toi ? »
« Moi, c’était Dédé le doudou », dit-il en tripotant sa fausse dent de requin.
« Qu’est-ce-que tu fais ici ? »
« C’est une longue histoire.
« Bon, tu auras le temps de nous la raconter, on va passer la journée sur la plage. »
Bébé-Dédé sourit. Ils arrivèrent sur une longue grève sablonneuse. Eoz lui prêta son masque et il plongea comme il le faisait à Marseille dans la baignoire. Waow, c’était comme dans ses rêves. Les poissons-clowns, les poissons-lunes, les grenadiers, les poissons-épées, les hippocampes, les gobis de toutes les couleurs tournaient autour de lui, il descendit vers le fond et soudain, il se sentit soulevé. C’était une raie pastenague joueuse qui l’emportait sur son dos.
« Yaou », cria-t-il pendant que Caillera la raie le faisait surfer sur les vagues. Puis elle le déposa près du rivage où Eoz jouait dans les vagues. Il était un peu ivre de grands espaces, de tout ce bleu.
La petite fille le prit dans ses bras et s’allongea avec lui près de sa maman sur une grande serviette avec des requins un peu effrayants dessus. « Monsieur Dédé, je vais te raconter une histoire, l’histoire d’une autre petite fille, mon double, qui vivait de l’autre côté de la terre, dans une ville appelée Marseille et qui avait perdu son doudou. »
De grosses larmes se mirent à couler des yeux de l’ourson. Il se blottit dans les bras d’Eoz. Il allait entamer une nouvelle vie, nager, rire, pêcher, faire du surf. Peut-être rencontre une doudou-vahiné craquante. Mais jamais il n’oublierait Zoé qui allait grandir et avoir une belle vie, pleine d’histoires et d’amour de sa maman. Lui, il lui enverrait des cartes postales pleines de cocotiers, de dauphins et de danseuses avec des maillots en raphia pour lui raconter ses aventures sous les alizés.
Baisers Mademoiselle Zoé. Dédé le doudou pense très fort à vous.
