Un lundi après-midi sur le port de la Mède
septembre 24, 2009

- L’un des Trois Frères, veilleur du souvenir
Un jour, on retrouve sa place. Un lundi après-midi sur la terre, on va jusqu’au bout du monde, au bord de l’eau, de l’étang de Berre. Un petit port, une base nautique comme surgie d’un roman de Philippe Djian, à la limite de la Mède et de Châteauneuf-les-Martigues. Trois rochers qui veillent sur ce petit univers paisible, ce bout d’étang sans une ride où les enfants passent à la queue-leu-leu dans leur petit Optimist.
C’est un lieu en marge, presque sauvage, en contrebas de la raffinerie Total de la Mède. On y arrive en cherchant son chemin à travers le village. Et puis il y a un parking où stationne un petit bus qui n’a jamais un client avec une conductrice adorable qui patiente quand même en attendant des passagers fantômes. Et puis voilà, justement, me promener avec elle, avec mon amoureuse fantôme. Véronique aimait ce lieu que l’on saisissait du regard à la volée en roulant sur l’autoroute, au milieu d’un univers d’usines et de villas empilées au bord de l’eau. C’était une parenthèse, un cul-de-sac incongru. Avec sa digue, ses rochers, ses voiliers et ses bateaux à l’abandon près d’une barge rouillée.
Je n’avais jamais pris le temps de m’arrêter dans ce lieu qui nourrit mon imaginaire et ma mémoire. Pourquoi met-on tant de temps à faire les choses, à mettre ses pas dans les souvenirs ? Donc parler avec elle sur ce chemin de traverse, l’amener avec moi dans le “Nautic Club Médéen” où un jeune homme m’accueille gentiment. Se régaler ensemble de ce lieu paisible où ce moniteur m’explique ce qu’est le club, son site privilégié, sa passion pour le “wake-board”, le ski nautique sur une sorte de planche de surf.
Et cette drôle de promenade à rebours ne s’est pas arrêtée là. Le jeune homme m’a proposé de faire une promenade en bateau pour faire des photos, pour me présenter son plan d’eau. Alors, tous les trois, nous sommes montés précautionneusement dans le petit canot rouge pour partir à l’aventure.
J’ai vu les Trois Frères, trois rochers alignés alors que de l’autoroute, je croyais que cet ilôt était unique. J’ai vu la longue digue où les mouettes ont élu domicile sur des pneus. J’ai vu les petits bateaux qui allaient sur l’eau, leur voile parant au passage le paysage et faisant un reflet à la Nicolas de Staël.
J’ai vu les coques à l’abandon qui pourrissent dans l’eau marron après la pluie, témoins d’un autre temps, d’une autre activité.
J’ai vu près de la barge du chantier naval deux vedettes bleues dont j’ai toujours cru qu’elles permettaient de faire des promenades sur l’étang de Berre et qui sont en fait stationnées là en bout de course après avoir balladé les touristes à Marseille et Nice, attendant un hypothétique acheteur.
J’ai vu un sportif qui faisait de l’aviron sur ce miroir d’eau, léger comme une libellule.
J’ai vu un monde arrêté et un bonheur précaire.
J’ai vu tout cela avec elle, partageant mon plaisir si longtemps différé.
Véronique est restée un peu plus longtemps que moi. Elle devenait reine de ce petit monde pendant que je repartais vers mes rendez-vous et ma vie. Je me suis dit que je pourrais jamais aimer une femme que ce lieu ne toucherait pas.
Je me suis dit qu’il fallait parfois s’arrêter sur les parkings déserts, les petits ports oubliés et saisir la vie comme elle vient.
A chacun son stand au vide-grenier amoureux
septembre 13, 2009

Dans une malle, des photos, des souvenirs, le monde et un secret
