Le rêve partagé

août 8, 2009

Partager un même songe, veiller sur son sommeil

Partager un même songe, veiller sur son sommeil

Je me souviens lorsque j’ai croisé ce père et son fils sur le ferry qui m’emmenait à Ile-Rousse, le 5 juillet dernier. Devant cette image apaisée, cette sieste commune tête contre tête, je me suis demandé un moment comment je pourrais être papa. Je me suis dit qu’un enfant, parfois, peut transmettre cette quiétude, vous emmener dans ces rêves avec son doudou.
J’ai pensé que moi, l’hyperactif, ce sommeil profond transmis du petit vers le grand m’aurait fait le plus grand bien. Franchement, je ne sais pas grand chose de la manière d’élever un enfant, d’en prendre soin, de le protéger. Mais je me dit que j’aimerais être le gardien du sommeil de ses nuits. Et sans doute des milliers d’autres choses. Comme lui expliquer, en inventant un peu quelques mystères comme les vagues qui reviennent sans cesse, le soleil qui se couche, le yoyo qui remonte et les ordinateurs qui refusent de lancer votre jeu. Ou l’histoire du chien qui pue et de l’ours qui pète.
J’ai sans doute une image idéale de la paternité. Il y aurait sûrement des heures d’angoisse sur les trottoirs à craindre que mon fils m’échappe des mains, des énervements quand il ne comprendrait pas ce que Baudelaire a voulu dire avec “Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur…” ou quand il ne me répondrait pas en écoutant sur son Ipod (mais cela existerait-il encore) de l’électro-funk-rasta-bebop.
J’ai quelques certitudes sur ce que j’ai envie de transmettre, sur quelques valeurs de respect. Sur l’attention qu’il faut porter à l’autre, toujours. Sur la nécessité du rêve, sur l’aptitude qu’il faut développer à trouver du bonheur dans les parenthèses, des choses extraordinaires au milieu de la merde qu’est parfois cette vie. Et surtout sur la nécessité d’écrire, de laisser, de témoigner. De ne jamais brûler ses mots.
J’aurais aimé me glisser dans les rêves de mes deux naufragés de pont sur le ferry de la Corsica Ferries pour la Corse. Pour voir comment ils dialoguaient en songe.