Rue de Cèze, à Lyon, l'exemple de la file de boulangerie qui énerve
Certains vivent cela comme une étape obligée de la journée. Moi, je l’affronte comme une épreuve. Pourquoi y-a-t-il une file d’attente devant la boulangerie-pâtisserie le dimanche ? Pourquoi ce phénomène ne se produit-il que le week-end, quand vous n’avez qu’une envie : remonter chez vous pour prendre votre petit-déjeuner au lit avec votre amoureuse(eux) ou en faisant traîner la matinée autour d’une table en famille. Donc, en un instant, en découvrant la queue devant votre fournisseur de croissants, brioches, baguettes dorées et autres pains sportifs préféré, vous avez l’impression de vous téléporter dans un pays de l’Est avant que le mur tombe. Même si, à l’extrémité de la file, il y a bien plus de produits et de douceurs à découvrir.
Et je me demande toujours pourquoi c’est si long, pourquoi toute la ville semble s’être rassemblée devant une seule boulangerie.
J’ai d’abord des vélléités d’agent de la circulation. J’inspecte la disposition de la boutique pour essayer de voir s’il ne serait pas possible de mieux faire s’écouler le flot humain chargé de sucreries et de pains chauds. En vain généralement : il n’y a pas une entrée, une sortie et un couloir d’évacuation mais un joyeux bordel de gens qui se croisent et mettent poussettes et caddies devant le comptoir, même si plusieurs vendeuses accortes s’activent.
Je rêve ensuite du monde du silence. Allez savoir pourquoi, le dimanche, tous les clients veulent savoir la recette de la brioche aux pralines, le temps de levée de la pâte de la baguette au levain et les secrets du cake aux fruits (dans lequel les professionnels, inconscients de mon rejet de l’alcool dans les pâtisseries, mettent toujours et encore du rhum). Sans parler de leur récit héroïque de leur jogging dans le parc ou de leur première baignade. Mais taisez-vous donc ! Vous venez acheter de quoi petit-déjeuner ou vous faites une conférence de presse ?
Amis, il convient de ne plus moufter quand vous avez atteint le Graal, le comptoir. Seule exception à cette règle, le “coeur de file”. Parce que quand vous avez une demi-heure à patienter avant de pénétrer dans le Palais de la Boulange, il vaut mieux avoir un voisin sympa pour disserter sur l’apport de Gourcuff à Bordeaux ou une voisine aux appas appétissants sous un léger corsage et à la conversation maligne.
Donc, comme la messe du samedi à 18 h 30 qui remplaçait avantageusement, quand j’étais petit, celle du dimanche matin, j’irais désormais faire mes achats en nocturne pour vivre une matinée non anxiogène. Je hais les files d’attente au pays des brioches.