Deux noms sur des galets
février 28, 2009
Cela pourrait commencer comme une chanson de Francis Cabrel mais c’est tout autre chose. Une affaire de souvenir et d’accident de vie pas digéré. Un étonnant rendez-vous personnel en Israël lors d’un reportage sur le plus gros pélerinage chrétien en Terre Sainte. C’est drôle comme, même si on n’est pas profondément croyant, un tel voyage vous trouble. Comme Jérusalem vibre en vous et comment tous les lieux où Jésus serait passé vous parle.
Alors, le premier juillet 2005, dans ce pays qui n’est pas le mien, j’ai vécu de curieuses retrouvailles. Les pélerins venus de France avec André Vingt-Trois, archevêque de Paris pour un pélerinage massif ont pu planter un arbre à proximité de la forêt Jean-Paul II à Bethsaïda. Mais surtout, ils ont écrit leur nom sur un galet et les 580 galets vont être utilisés par un artistes pour créer un chemin vers le lac de Tibériade. J’ai triché, j’ai mis deux galets. Un avec mon nom et l’autre avec celui de Véronique Dancette. Je me suis dit que, loin du cimetière Saint-Pierre où elle dort, elle allait se trouver bien là et que nous papoterions tranquillement dans ce lieu serein et hors du monde. Elle aimait les pâtes “filets de sardine-pignons” et les petites filles malignes qui savent inventer des histoires. Elle aimait plus que tout son fils Mathias qui le lui rendait au centuple. J’étais jaloux même de leurs disputes. Nous nous aimions avec la légèreté et la gravité des enfants. Jamais imparfait ne m’a paru si lourd dans une phrase. Véronique Dancette est morte à 41 ans lundi 7 janvier 2002, à 11h30, à “La Maison” à Gardanne (Bouches-du-Rhône), d’un cancer du cerveau après s’être battue comme une guerrière, durant un an, contre un cancer du sein. Elle y a trouvé l’amour, l’humanité et la compassion qui, parfois, lui ont manqué durant son parcours hospitalier. Véronique était ma compagne mais elle était bien plus que cela. Elle avait le don de faire se rencontrer et s’aimer les gens. Elle avait le goût de la fête et des repas entre amis. Son univers était celui de la générosité. Elle aimait les accents caressants du “Jardin d’Hiver” d’Henri Salvador et connaissait mieux que quiconque la musique noire américaine. Elle adorait les polars de Fred Vargas et de Michael Connelly. Je partageais avec elle le goût du papotage en pleine nuit. Elle savait photographier l’âme des gens. Elle était lumineuse. Elle aimait les calanques, les couleurs du pays basque, les chambres d’hôte et la douceur du soleil lorsqu’il nous frappait sur un rocher du bord de mer. J’aime bien ces galets retrouvés parmi des milliers de photos. Le souvenir d’un acte immensément sérieux et enfantin.
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Un chemin pour aller vers le lac de Tibériable créé par un artiste, deux noms accolés pour le souvenir
Un chemin pour aller vers le lac de Tibériable créé par un artiste, deux noms accolés pour le souvenir
Nocturne Pelle-Mêle
février 15, 2009
C’était une étrange soirée, une soirée où je me disais qu’il valait mieux que je me roule en boule comme un hérisson. Et puis l’amie Flo et sa cousine Laurence m’ont tiré de mon terrier. D’abord pour une fête improbable “Anti Saint-Valentin” à l’Instant quai de Rive-Neuve autour du Vieux-Port de Marseille. Au dit-bar, il n ‘y avait que quatre clients et un écran géant diffusant les matchs de la soirée de Ligue 1. Alors, nous sommes allés au Pelle-Mêle et le miracle a débuté. Il y avait là un groupe de blues-jazz-funk tout à fait gouleyant, “105 Muddy’s Street”. Avec le Platini du sax, John Massa, le Deschamps de la basse, Alain Rajo, le Makélélé de la batterie, Ulrich Hedor et le Maradona de la guitare électrique, Jean-Marie Guyard.
Du lourd, du son authentique, des solos de guitare et de sax à n’en plus finir, des reprises de Tom Jones. Et puis un chanteur de rap, Yaka, qui monte sur scène pour improviser, avant qu’un chanteur africain Chade, vienne faire le boeuf. Un vrai show et le courant qui passe avec le public chaud comme la braise. Saint-Valentin blues et des morceaux qui effacent tout, deux couples étonnants derrière nous qui semblent chercher fortune et plus, une serveuse qui m’évoque une fille vue dans des conditions irracontables et puis le départ après un ultime “On the river…” repris en choeur par toute la salle.
Chercher un autre havre, traverser l’ilôt Thiars désert, croiser un collègue un peu “parti” et puis échouer au seul bar ouvert, “L’Unic”, rue Breteuil. Ambiance boule à facettes, guirlandes lumineuses et derniers espoirs. Un jeune homme bien imbibé me dit que c’est le 14 février et qu’il n’a trouvé personne. Un autre chante “La bite à Dudule”. Je ne sais pas si tout cela est très “lub”. Heureusement, à la télé est diffusé un documentaire animalier tout à fait parfait sur les hérissons. J’aime bien ces animaux qui me ressemblent. Je n’avais jamais vu un bébé hérisson. Et puis ensuite, un chat-huant à l’écran qui me fait penser à mon jogging sur la route de Ville-di-Paraso et à ce drôle de rapace nocturne qui chantait. Laisser le bar qui se vide, accompagner Flo et Laurence à une station de taxis. Reprendre mon scooter avec un air obsédant en tête, rouler sur la Canebière vide, aimer la guirlande de néons au-dessus de l’avenue des Chartreux. Penser à cette drôle de journée, à cette nuit qui ne veut pas se refermer, à cette boule en moi que j’ai un peu apprivoisé, pour un temps.

- 105 Muddy’s Street, le temps d’un set magique au Pelle-Mêle

Oui une mère corse n’a rien à voir avec une mère juive
février 8, 2009
Parce qu’une mère corse est capable de dire : “Est-ce que tu as un slip propre au cas où tu ais un accident?”
Parce qu’une mère corse dit toujours qu’il va pleuvoir même si la météo prévoit dix jours de sécheresse absolue.
Ma mère Angèle (à gauche) avec sa soeur Rose, dit "Rosette" dans sa maison de Ville-di-Paraso, près d'Ile-Rousse
