Ronces-les-Bains, for ever
janvier 31, 2009

- Un jeu enfantin, celui du billard japonais
Cela s’appelle le billard japonais et je n’avais jamais vu cela auparavant dans une fête foraine. Cela consiste à placer huit boules dans huit trous à leur mesure sur une table en pente. En évitant bien entendu les deux pièges à boules plus grands. Dans la petite cacophonie de la fête foraine, avec son allée pleine de néons qui donne sur la mer, c’est une activité très zen, comme un bout d’enfance jetée au bord de l’océan.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Les adolescentes ont les seins arrogants et la glace qui coule dans les mains. La mer s’est retirée en laissant quelques crabes morts et un no man’s land à l’image de cet entre-deux des vacances atlantiques. La station a un air doucereux de confiserie foraine. En traînant dans les quelques rues du « centre-ville », on entend si on prête bien l’oreille, Laurent Voulzy fredonner « Rockollection ». Ce soir, c’est la fête sur le grand podium de l’animation municipale. Marjolaine « qui n’a que douze ans » enchaîne les morceaux de Céline Dion et Marie Myriam (« Comme un enfant aux yeux de lumière qui voit au loin monter les oiseaux »). Le Monsieur Loyal annonce ensuite Jean-Pierre Blanchard qui peint en musique et plus vite que son ombre. A grandes giclées de peinture et grands gestes de frimeur, il aligne les portraits de Marilyn, Zidane (sur « I will survive«), Jaurès (sur la chanson de Brel) et Coluche. La foule apprécie, les vendeurs de sucettes et de crêpes aussi car cela fixe le chaland.
Pour la nostalgie, il faut faire un tour vers les petites baraques « Plaisir d’offrir, joie de recevoir ». Pour deux euros, deux bagues ou une lampe de poche bien utile sur les sentiers et les allées le soir.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. La chanteuse et le peintre ont remballées leurs tops à paillettes et leurs pinceaux; Il reste la promenade sur la jetée en bois à regarder les bateaux qui sont posés sur le sable. Sur un mur, une publicité locale: « Va-t-elle comprendre que mes huîtres sont des mots d’amour ». Dîner buffet à l’hôtel du débarcadère. Il y a là des chaises pour bébé en bois d’un autre âge et une famille dotée d’une petite miss capricieuse qui arrive toujours à table comme si elle défilait. Bien entendu les bébés pleurent quand les parents vont se servir en charcuterie ou crudités. Quelques couples se rapprochent. Rencontres estivales, rondes de sympathie. « Ah vous êtes de Marseille. Il fait meilleur ici, non? »
Fromage blanc, île flottante et compote au dessert. L’hôtel, avec sa façade blanche et ses volets usés par le sel, a des airs de pension de famille endormie.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Dans les rues parallèles en retrait de la plage, s’aligne les villas pomponnées comme des enfants de bonne famille. Elles portent toutes un nom. « Mon Plaisir », « Le Manoir », « Topaze », « Le Grand Chalet », « Vacances ». Elles évoquent toutes le temps des premiers bains de mer « recommandés pour leurs vertus par l’académie de médecine ». Elles ont des fenêtres à arcades d’un autre siècle et des vitraux en guise de fenêtre. Elles abritent des familles d’estivants qui ont l’éclat de bonheur discret et ne font pas de barbecue dans le jardin.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. On récupère autour d’une crêpe des longues balades en vélo sur la piste cyclable de la côte sauvage. La selle était vraiment trop dure. La prochaine fois, on ira jusqu’au zoo de Palmyre, promis. Mais les vagues étaient si belles. Cela vaudrait presque la peine de se mettre au surf. Un papa rentre au bercail en vélo vec un bébé joyeux installé dans son « bébé pousse » à drapeau rouge. Vas-y Totor, ça s’est du sport. Vas-y Mimile, ça s’est du style. On a failli manquer l’arrivée du Tour avec notre virée en bicyclette. Pourquoi le bonheur estival rend-il nostalgique? Pourquoi aimerait-on que l’échappée en solitaire dans les cols des Alpes ne s’arrêtent jamais?
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Les Méditerranéens s’inquiètent du retour de la mer. On a tous en nous quelque chose de Floyd Landis.
Garder en soi un peu de neige
janvier 10, 2009

Dans un jardin des Chartreux, un tapis blanc sur les tortues
Comme une nostalgie, un regret. La neige s’en est allée, le général Hiver a fait retraite. Plus de snowboarder sûr les pentes de la Bonne-Mere.
Nous devons retrouver le quotidien, mes embouteillages ordinaires, la foule dans les rues.
Il faut le dire : il y a un vrai bonheur dans ces situations de semi-catastrophe. D’abord celui de marcher seul ou presque dans une ville déserte, sans voiture. Comme un enfant dans un immense terrain de jeux.
Et puis ensuite la sensation de vivre un moment entre parenthèses. Malgré ou grâce aux blocages, les gens se parlent, s’entraident, sourient sous les flocons. En ces temps de frénésie, de zapping, de vitesse, nous redécouvrons l’immobilité, l’attente dans la neige, le rythme des saisons.
Alors on tirera les leçons, on améliorera les procédures d’alerte et d’intervention pour les naufragés des routes.
Mais s’il vous plaît, gardez-nous un peu de ce bonheur blanc dans la tourmente.