Il était une fois Monsieur Heureux
novembre 30, 2008
Partir simplement d’une expression sur une photo et se dire qu’il y a là un truc à creuser, des moment de bonheur spontanés, de la joie en boîte. Car voyez-vous j’ai un souci : j’ai du mal à sourire. Je veux dire un vrai sourire, avec plein de dents.
Alors quand ca part, cela me surprend et cela surprend les autres qui ont l’habitude de me voir un look “saudade” ou bluesy. Donc, en souriant large, on devient ou on redevient un de ces personnages enfantins dont le corps entier est barré par un sourire.
Monsieur Heureux, c’est moi aussi. Se dire que, même si c’est un jeu, un choix de photos, on est comme ça au fond : joyeux, rigolard, aimant la vie et ses plaisirs. Et n’aimant pas la contrainte, le quotidien, les malheurs et les complications. Un vrai Monsieur Heureux donc.
Au fil des voyages, d’une minute volée au café, au hammam ou au boulot, capter donc une expression de joie presque trop. Ces expressions réjouis et un peu naïves comme je les aime devant des monuments, des panoramas, après un repas un peu arrosé, face à une fille qu’on aime, dans une sorte de “redescente” de shoot de bonheur.
Je nettoyais mon sourire et le coup est parti tout seul. Un vrai bonheur. On commence et on ne peut plus s’arrêter.
Alors voilà, une adresse pour continuer le voyage avec Monsieur Heureux.
http://www.facebook.com/album.php?aid=25569&l=f2d3c&id=710354512
“Je ne suis pas digne de toi”
novembre 19, 2008
Qui n’a jamais entendu un jour cette phrase un jour de l’être qu’il ou elle convoitait le plus au monde, comme un entraîneur de foot à qui le président “renouvelle toute sa confiance” ? Qui n’a pas entendu ce début de phrase en sachant que la sentence allait tomber comme guillotine sur le cou du tueur en série ? Hein, qui peut le dire sans mentir ?
Qui n’a pas entendu un jour : “Tu feras toujours partie de ma famille” (oui mais voilà comme un cousin éloigné à qui on envoie une carte de bonne année), “Tu es trop bien pour moi” (ah bon, je m’étais pas rendu compte) ou le terrible : “Je ne suis pas digne de toi” (mais soit indigne connard, patate !).
Alors voilà le groupe, le club, l’association, pour tous les recalés(e)s, les largué(e)s, les qui ont pas su sentir venir le vent et à qui on badigeonne de la tendresse alors qu’ils voudraient du sexe, de l’amour, du bonheur à deux. Les exceptionnels qui font exception et ne confirment pas la règle. Ceux et celles qui ont de temps en temps des envies de meurtres parce que, malgré leurs défauts, leurs hésitations, leurs vélléités, ils et elles ont bâti des cathédrales pour l’autre.
Alors merde, cela mérite bien un petit groupe. Pour tous les vaillants soldats tombés lors de leur retraite de Russie sentimentale, dans la froidure des sentiments soudain congelés.
Comme il faut donner l’exemple, je me dévoue en pensant très fort à une petite merveille qu’un géant ne mérite pas. Alors, voilà, ce groupe est pour :
-Tous ceux qui prennent des trains pour Nice en y croyant et qui n’ont même pas un appel après.
-Tous ceux qui roulent en scooter vers le Vaucluse et l’inconnue.
-Tous ceux qui déposent des bouquets de fleurs derrière une porte en entendant la voix de l’autre derrière.
-Toutes celles qui traversent Paris, Marseille, Lyon dans la nuit pour aller vers l’homme qu’elles aiment.
-Tous ceux qui ont écrit une comédie musicale avec une guitare d’enfant pour épater une nana.
-Tous ceux qui sont allés chercher une fille qu’ils connaissaient à peine à la sortie de l’entrepôt de Prisunic et qui, plus tard, n’ont pas été pris au téléphone.
-Toutes celles qui ont posé dans des chambres d’hôtel pour leur amoureux et qui y croyaient.
-Tous ceux à qui une femme a dit qu’ils étaient incontournables et qui ont été, finalement, très bien contournés. Et cela vaut pour les filles à qui on a tenu le même discours définitif.
-Toutes celles qui préparent des sacs en cachette.
-Tous ceux et celles qui ont écrit des lettres en pensant qu’elles feraient rester l’autre. Ou quitter l’autre.
-Tous ceux et celles qui sont tellement exceptionnels que l’on passe à côté d’eux.
Voilà, laissez tomber tout ego, toute tentative d’être digne. C’est parti pour l’ordinaire de l’exceptionnel. Soyons forts. Confions-nous et rassemblons-nous.
Souvenirs d’hôtel
novembre 18, 2008
J’aime les hôtels et les chambres d’hôtel. J’aime leur signal dans la nuit. J’aime toutes les histoires que cela me raconte. J’aime me souvenir des nuits clandestines avec M., à Lyon ou Paris. Des deux grands lits et très hauts qui faisaient un immense plumard à Londres avec L. D’une grande chambre avec Véronique dans la banlieue de Bilbao.
J’aime me souvenir du serveur aux airs de Nosferatu à l’hôtel “Le Provençal” de la presqu’île de Giens avec une autre M. à la délicieuse culotte de dentelle et de notre chambre en sous-sol alors qu’elle semblait à l’étage.
J’ai aimé avec Laure le spectaculaire Royal Pita Maha de Bali, ses sculptures démentielles, ses lits de trois mètres, ses piscines privées à débordement sur la jungle.
J’ai aimé le plus minuscule des hôtels dans une rue traversière tout près de la gare de Lyon pour un premier rendez-vous en septembre 2005. Ou l’hôtel de la Tour Blanche, à Toulon où j’ai pensé vivre une aube nouvelle.
Mais j’ai aussi mille images qui me reviennent de nuits de solitude pendant des reportages, celles d’un Formule 1 à Vaux-en-Velin après avoir tournée dans la cité pour les premières émeutes urbaines, d’un autre à Huescas où j’avais du mal à transmettre mon papier après une coulée meurtrière au camping “Las Neves”, d’une chambre près d’Epinal sans même la télé après un repas interminable avec des gendarmes qui enquêtaient sur un violeur post-mortem, d’une chambre à Longwy à l’Ibis où le couple a côté baisait comme des morts-de-faim avec la gonzesse qui hurlait “non” alors que j’avais passé la journée sur une affaire de tueurs en série de femmes. Il les trucidait après avoir crevé le pneu de leur voiture et gentiment proposé de les aider à réparer.
Il y a eu aussi des chambres paisibles, des chambres sas pour sommeil en retard, à Ceylan, New-York, Bordeaux ou Nice. Des réveils où je me demandais où j’étais en regardant le plafond que je connaissais pas. Un hôtel en travaux à Pigalle avec le plus beau des cadeaux m’attendait. Il y a encore eu des hôtels de voyage de presse dont un Hyatt Régency dont je ne parvenais pas à ouvrir la porte avec ma carte magnétique et où je me suis trouvé tout bête et tout petit sur la rotonde géante. Little French in Big America. Ou le “Baros” aux Maldives où il me suffisait de faire trois mètres pour plonger dans le lagon. Sans oublier l’ancien hôtel de poste de Valenciennes pendant l’affaire VA-OM où les serveurs insistaient pour que je mange du saindoux au petit-déjeuner.
Un autre aux Orres dont je n’ai pu ouvrir la porte, jeune journaliste en reportage, et j’ai dû dormir dans ma voiture, une R5 je crois. En fait, je pense que je passerais volontiers ma vie dans les hôtels. Avec le petit déjeuner inclus pour la gentillesse de la serveuse qui demande avec le sourire : “Café ou thé”. Sans illusion, dans la lumière des néons, parfois belle, parfois blafarde. Seul ou avec un amour fort ou fragile, tendre ou sexe.
Les femelles crocodiles
novembre 16, 2008
Conversation de filles, captée dans un resto vietnamien à Marseille. Deux nanas assez désespérantes qui se la jouaient Bridget Jones. Entre la psychologie de bazar et les brèves de comptoir. Pas assez sexe, prise de tête à mort. Drôle à force d’être trop.
“Ma mère, elle est comme ça : elle est castatrice.
-On s’est tourné autour mais on était bourré.
-J’ai pas pris son numéro, c’est pour ça que je suis célibataire depuis longtemps.
-Je suis revenu des vacances de Noël et j’ai appris qu’un collègue de bureau avec qui j’avais un
bon feeling avait quitté sa nana. Ils étaient ensemble depuis huit mois je crois.
-Il faut respecter une période de deuil.
-Il a un beau visage, un bon look.
-Organise une soirée pour en avoir le coeur net.
-La semaine de mon anniversaire, il a repris contact avec mes deux meilleurs potes.
-Il faut rationaliser et mettre dans le contexte.
-On a eu ce crêpage de chignon, je pense qu’il y a un problème de relation.
-C’est à dire la réalité, moi, j’ai beaucoup de mal.
Comme un vieux rocker amoureux à Nice
novembre 11, 2008
Quand je suis à Nice, je pense toujours au “Fils Préféré” qui est aussi un de mes films préférés. Nicole Garcia y montre un Gérard Lanvin totalement viril et désespéré. Comme il a des problèmes d’argent, il couche avec la femme de son frère et manque de tuer son père pour toucher l’assurance. Dans ce film, comme lors de ma promenade, il y a de belles façades d’hôtel – avec quelques affaires sombres derrière – des quartiers populaires, du patois piémontais, des lignes de fuite et une lumière qui semble douce et se révèle cruelle.
Se réveiller donc et aller vers la mer. Jouer au touriste sans but ni attache. Un chapeau Zara, un pas ralenti, aucun rendez-vous. Le ciel est gris souris. Prendre un petit-déjeuner anglais seul sur la terrasse du “Lido Plage” avec des serveurs russes qui ont dû commettre moult meurtres dans un passé récent mais qui me servent avec gentillesse une omelette parfaite, du pain chaud, un thé qui passait doucement et une orange pressée. La seule Française qui fait la mise en place du resto, avec son pantalon de treillis qui laissait voir une jolie bande de ventre très bronzée a l’air d”‘un “lap-danseuse”. Sur la mer, il y a deux barques de pêcheurs sûrement payés par l’office du tourisme pour donner une image parfaite, avec des cirés jaunes et bleus.
La promenade des Anglais est déserte et il fait bon errer alors que des cyclistes partent à l’assaut de l’arrière-pays. Tout cela était triste-gai. Je suis en vacance. En vacance de mon boulot, en vacance de moi-même un peu, en vacance de tout sentiment fort.
J’aime bien être en suspension. Cela mériterait une air de piano ou de violoncelle sur la plage.
Je prends le temps de regarder les vieux rêveurs avec leur “poêle à frire” qui cherchent fortune sur les galets. Dans les rues désertées, sur ce boulevard Victor-Hugo où s’alignent les façades aux décorations sorbet, où triomphent le stuc et les moulures, je rentre à mon hôtel désert, accueilli bien évidemment par une réceptionniste russe. La tête pleine des exploits de James Bond, j’ai imaginé ma vie dans le danger et la trahison. Et puis, dans ma chambre, j’ai regardé par la fenêtre l’enseigne “Malmaison” accrochée à mon balcon et je me suis imaginé comme un personnage d’une toile d’Edward Hooper. L’acceptation de la solitude, le décalage, être ailleurs pour ne pas être soi-même. Même si j’aime partager mes histoires, même si une femme me réveille et m’embellit, c’est en moi. Cette curieuse façon d’être seul, sans drame.
Comme lorsque j’ai trouvé à la “Canne à Sucre” un havre, un bar mi-anglais, mi-italien, un bar d’habitués avec une petite fille lutin prénommée Anaïs, un ange blond grisé, pour y voir s’allonger les heures. Very Nice, my dear, je suis un vieil Anglais fatigué qui vient chercher un old love. Ou lui-même. Ou tous ceux et surtout celles qu’il porte en lui. Je me souviens d’un message laissé sur mon téléphone alors que j’étais dans la vieux Nice avec Véronique. C’était Myriam, je suis allé l’écouter sur la plage et je n’ai pas répondu. Drôle de Brice de Nice. J’ai préféré faire une lettre, plus tard, pour lui raconter mes courses solitaires dans l’ancien zoo de Marseille. Retrouver les rues que j’avais parcouru en écoutant sa voix, pendant que je laissais Véronique faire les boutiques pour y placer ses vêtements “Xuly Bët”. Redescendre sur la plage où je m’étais réfugié, entre tous ces mots, toutes mes hésistations. S’asseoir, vieillir, laisser le temps faire son oeuvre avec ses derniers rêves.
A Nice, être comme un clochard céleste, goûter cette cité balnéaire où l’on rêve de vivre des nuits outrageusement chères avec des créatures outrageusement fatales. Suivre des yeux les appareils balnéaires, les jets transats qui frôlent la corniche et semblent s’écraser sur les palmiers. Ici, la solitude est douce, faussement douce. Le soir, on va vers la lumière, vers l’enseigne géante du Négresco et des autres hôtels de bord de mer comme un phalène, afin de jouir du luxe par procuration.
Et se dire que, comme ce vieux rocker qui écoute rouler les galets et joue des airs éternels sur un banc, on aime malgré tout cela. Je me sens vivant dans ces moments-là, dans cette entre-deux qui m’appartient, comme Nathalie Baye dans “Un dimanche sur deux”. Une échappée à croiser un moment une vie, deux vies, trois vies. Odeurs de cacahuètes grillés, le clown fait un dernier animal en ballons sculptés. Sur la promenade des Anglais, les enfants slalomment en rollers. La ville parle à voix basse dans le doré du soir. Nice ville étrangère, pour un homme à prendre ou à laisser.
Un dimanche très puces
novembre 9, 2008
Aimer un moment la foule. Les gens qui cherchent une affaire, un jean à une euro, une montre à cinq. Croiser un imam qui fait la quête pour construire une mosquée à Montfavet. Sans doute pour concurrencer le Christ d’occasion qui avait élu domicile dans ce village.
Boire un sirop d’orgeat qui a le goût de la colle Cléopâtre de l’école primaire.
Manger un couscous dans un resto, en plein passage, entre légumes et stand de bricolage. Déguster en faisant attention de ne pas m’étrangler avec la graine. Regarder les familles s’installer avec leurs achats, discuter avec une petite fille qui a acheté une tortue minuscule et lui a mis des feuilles de bougainvillé dans sa petite boîte à chaussures. Apprécier les odeurs de menthe et même de viande grillée. Voir une dame naine toute à fait élégante avec un superbe foulard blanc bordé de parements argentés. Résister à l’achat d’un téléphone portable “en affaire”.
Se dire que l’on va croiser quelqu’un que l’on connaît et que cela sera agréable de partager un thé un peu fort.
Voir les sachets plastique bleu, vert, orange comme des ballons d’anniversaire. Se dire avec plaisir que l’on va trouver un objet inutile à ramener. Un cadeau “au cas où”, singulier et improbable et surtout bon marché.
Le tango de Jean-Pierre Poupin
novembre 7, 2008
Alexis aimait écouter la danse des « tangeros » les yeux fermés, se nourrir du son des pas furtifs au premier plan, avec les notes qui s’égaraient derrière. Il pouvait, à force d’habitude, reconnaître chaque figure, le moment où la danseuse se laissait tomber, confiante, sur son partenaire alors que la pointe de ses chaussures semblait véritablement se ficher comme un axe dans le sol.
Il ne voulait pas regarder les couples tourner et redessinner l’espace. C’était trop douloureux, comme une morsure à l’estomac dans les odeurs fruitées venant du jardin en plein air. Il passait là presque une heure chaque soir, sous les regards amusés des habitués et puis il se levait, tournait le dos aux danseurs et remontait sur son scooter.
Un soir où il était fatigué, il s’était endormi après avoir fermé les yeux sur un tango un peu trop lent. Il rêvait d’une danse immobile sur un radeau au milieu d’une calanque lorsqu’une main le secoua par l’épaule : « Monsieur, monsieur, c’est terminé, il n’y a plus personne ». Les yeux encore ébourriffés, il se tourna vers son secoueur. Il se demanda s’il était bien réveillé : assis sur une marche à côté de lui, se tenait Jean-Pierre Poupin, l’ex-buteur magique de l’équipe de France de football, l’homme qui enfilait les reprises de volée comme des perles et pour qui les supporters de l’OM, le club où il avait vécu les plus belles années de sa carrière, avaient inventé une expression aussitôt reprise par les journalistes jamais en retard d’un cliché : « la poupinade ». Cela désignait un but d’anthologie, un tir d’extraterrestre, une claque qui faisait claquer les filets comme un baiser sonore et redonnait aux spectateurs leur joie d’enfant.
Mais c’était bien lui, avec sa bouille de cour de récré, souriant comme s’il venait de marquer dans un stade plein. Pourtant, il n’avait devant lui qu’un amphithéatre vide et quelques traces de talc sur la pierre usée par les talons aiguille à percer les coeurs et les chaussures à semelle de cuir.
« -Mais qu’est-ce que vous faites là Monsieur Poupin », lui lança-t-il dans la lumière des projecteurs des bateaux-mouches.
-Si je vous le disais, répondit J.P.P., vous vous moqueriez de moi.
-Vous savez, moi je viens regarder du tango les yeux fermés. Alors au bal du ridicule, je suis votre cavalier.
Poupin éclata de rire et sortit de son petit sac à dos une vieille affiche aux bords déchirés qu’il déroula avec précaution sur un gradin. Un groupe de musiciens aux costards pailletés avec des cols « pelle à gâteau » et des jeans « moule-boules » y posait firèement devant une Juva 4 défraîchie, jaune et grise. Le tout réhaussé de belles étoiles dorées d’imprimeur et d’un nom de scène qui se grava instantanéments en lui : « Los Fabulos Craignos ».
- « -Ah, je vois, la nostalgie de votre adolescence. Vous étiez musico avant de flamber dans les stades.
- -Non, vous n’y êtes pas du tout, répondit le goléador. Il est là, sur l’affiche, celui qui m’a piqué Josiane, ma femme et m’a volé ma joie de marquer. C’était le batteur.
- -Le petit chauve là? Il jouait avec vous à l’OM?
- -Non, il était musicien de « balletti ». Il faisait guincher les ocuples dans les bals de village en Provence et sur la Côte d’Azur. »
- Alors que coulait la Seine et quelques péniches, Poupin remontait le cours de son amour naufragé. Une bien triste histoire ma foi. De celle que les chroniqueurs sportifs taisent volontiers en échange de confidences sur les transferts au mercato. Ils glissent simplement dans leur article un pudique : « La performance de l’attaquant s’explique sûrement par ses problèmes personnels. Mais il continue à mouiller le maillot. » L’inventeur de buts lui racontait comment, en fin de saison, Josiane s’ennuyait ferme dans les tribunes du Stade Vélodrome. Fallait la comprendre, elle adorait le roch et le tango que lui avait enseigné un oncle coiffeur raffiné – la litote d’usage pour homosexuel dans la France profonde - à Vierzon. Alors, dès la mi-avril, elle quittait son fauteuil dans le carré présidentiel et prenait sa Fiat Abarth pour se rendre dans un bal de village aux Pennes-Mirabeau, Gardanne, Cadenet, au Puy-Sainte-Réparade, à Malefougasse ou au Lavandou. Au début, ce n’était que pour satisfaire son amour de la danse. Elle repoussait vaillamment les assauts des coqs de village qui la reconnaissaient parfois pour avoir vu sa photo dans « L’Equipe » dans le classique reportage « Les femmes de joueurs gèrent désormais leur carrière » et voulaient se faire « la femme de Poupin ».
- Mais un jour, elle était tombé sous le charme du batteur de « Los Fabulos Craignos » à Roquefort-la-Bédoule. Il ne connaissaitrien au foot, avait des yeux de Snoopy, le charme de Gérard Jugnot et semblait vouloir fracasser ses peaux par dépit quand ses copains lui concédaient un solo.
- Un coéquipier charitable dont le meilleur ami présidait tout à la fois le club de supporters de l’OM à Carry-le-Rouet et son comité des fêtes avait appris à Poupin son infortune. Cette période avait été terrible pour les supporters marseillais qui voyaient leur héros à la dérive dévisser ses frappes au-dessus des virages du stade ou frapper la tour de France 3 au-dessus du virage Nord.
- Mais plus encore pour lui qui réclamait à tous les matchs son remplacement en deuxième m-temps pour sauter dans sa BMW coupé et partir à la recherche de sa femme.
- « Ce con de coach espérait toujours que je sauve la rencontre alors que je voulais sauver les meubles avec Josiane, s’énervait le buteur en revivant la période.Il ne me lâchait qu’à dix minutes de la deuxième mi-temps. Je passais trente secondes sous la douche et je partais comme un fou. Dans les villages, ils me prenaient tous pour un jobard quand ils me voyaient débarquer sur la place, les cheveux mouillés, alors que les vieux refaisaient encore le match au comptoir. »
A suivre
Crestet, comme un nid oublié
novembre 2, 2008
Il est des lieux habités. Lorsqu’on les découvre, on sent qu’il se passe quelque chose, que l’on vient de tomber sur un drôle d’espace, Le centre d’art du Crestet est de ceux-là. Au milieu de la pinède et des chênes, près de Vaison-la-Romaine, il y a là un incroyable bâtiment, comme une forteresse assoupie, proche de l’architecture du Corbusier et due à Bruno Stahly. Cela a été l’oeuvre unique (et superbe) de cet architecte dont le père est François Stahly, sculpteur qui a eu une certaine renommée dans les années 70-80 et dont les oeuvres sont disséminés sur la colline, avec d’autres artistes, autour du centre d’art. Le centre et les 7 hectares sont la propriété du ministère de la Culture qui a dû oublier cet espace improbable.
A l’intérieur de la forteresse, loin de l’austérité des Stahly, on découvre le monde “facteurchevalien” d’un autre sculpteur, le Belge Alfred Trouvé, installé là comme gardien depuis la fermeture du centre et qui bâtit jour après jour une oeuvre colorée, drôle, entre naïveté et réflexion sur le monde et l’avenir. Des tables animaux, des géants, des fêtards qui s’empilent pour toucher le plafond, des poubelleurs de l’espace, des flippers géants, des Mickey déjanté, des cochons cachés sous des tables, des crocodiles hilares, des totems hallucinatoires, des bas-reliefs de BD avec des personnages perdus dans des villes de science-fiction, des Beatles réinventés et même un Michaël Jackson du temps de “Thriller”.
J’imagine assez bien une classe d’enfants lâchés dans ce paradis, des minots devenus fous de bonheur qui découvriraient toutes ces créatures hors normes et qui se promeneraient dans ce bâtiment plein de recoins et de demi-niveaux. Le tout sous le regard indulgent du maître des lieux, le bon Alfred dit “Freddy” (rien à voir avec les “Griffes de la Nuit) qui parle avec gentillesse et humour de son oeuvre, du lieu, de son histoire personnelle.
Et qui, lorsqu’il sort de l’incroyable boîte de béton dont les terrasses donnent sur les superbes paysages de la Drôme et du Vaucluse, vous guide encore dans la forêt jusqu’aux sculptures qui y sont cachés. Un arbre qui pont des oeufs, le moulage d’un trou, un trône de béton et surtout le superbe “Nid de lavandes” créé par Nils Udo en 1988 au Crestet. Un nid géant semblable à ceux des oiseaux mais fait de troncs d’arbres et qui se dégrade doucement en pleine nature. Un exemple parfait du “Land Art”, cet manière de mettre en scène la nature, de s’y intégrer. Chez Nils Udo, l’œuvre d’art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C’est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu’il fait pour les autres mais pour la nature. D’ailleurs, il s’est mis en scène lui-même dans certaines de ses oeuvres, nu et recroquevillé dans un nid. Il met aussi des corps recouverts de feuilles, de moisissures, comme si les humains étaient reconquis par la forêt, la prairie, la lande.
Même si sa dégradation progressive est normale, il ne faut pas que le “Nid de Lavandes” du Crestet tombe totalement dans l’oubli. Il faut remontrer son état initial et ce qu’il est devenu.
Le Crestet, une bulle d’art conceptuel, de sculptures patinées par la nature, de création joyeuse. Un lieu qui doit être préservé et sortir de l’oubli.








