Un long dimanche sans fiançailles
octobre 21, 2008
C’était un dimanche de jumelles à la terrasse des cafés. C’était un dimanche de sœurs septuagénaires qui se tiennent par la main pour aller chercher leurs gâteaux. C’était un dimanche de halle ouverte, avec des fruits brillants comme frottés à la laine. C’était un dimanche de baba cools qui installent leurs étals de boucles d’oreille et de portefeuilles en tissus indiens. C’était un dimanche de petits déjeuners dans une salle silencieuse donnant sur les jardins. C’était un dimanche de rues désertes. C’était un dimanche où les filles passent dans d’incroyables pantalons treillis, comme de belles guerrières. C’était un dimanche gris souris qui vous plonge dans une sorte d’engourdissement fort agréable.
C’était un dimanche à regarder les trains en partance en espérant un texto. C’était un dimanche à passer devant un temple et à y entrer. C’était un dimanche à parler avec une fidèle sur le parvis de l’absence de bénitier dans le temple et finalement d’en terminer sur la nécessité de la foi pour pouvoir vivre quand on a perdu un enfant. C’était un dimanche à acheter d’incroyables croissants aux amandes. C’était un dimanche à écouter mille conversations à la volée. C’était un dimanche de tous les espoirs et de toutes les solitudes.
C’était un dimanche d’exil tout proche. C’était un dimanche où toutes les boutiques fermées vous font de l’œil. C’était un dimanche qui ressemblait à un premier janvier ou à un 15 août. C’était un dimanche à penser à des enfants, des bébés, des filles qui en font. C’était un dimanche de vieilles photos et de souvenirs qui traînent le long du train qui avance. C’était un dimanche de cyprès et de champs qui s’étirent.
C’était un dimanche de sable qui s’écoule entre les doigts, de cerfs-volants et de matchs avec des tee-shirts pour « faire les buts ». C’était un dimanche de villes entrevues, d’avenues parcourues, de pensées décousues. C’était un dimanche de tunnels et de rades redécouvertes. C’était un dimanche de sourire de boulangère. C’était un dimanche à lire des informations qui ne sont pas les vôtres. C’était un dimanche entre deux séances de cinéma. C’était un dimanche de stades oubliés et de viaducs graciles.
C’était un dimanche commencé par une insomnie et prolongé par une grasse matinée. C’était un dimanche de tramway et de train. C’était un dimanche de pâte à crêpes. C’était un dimanche entre Montpellier et Marseille, un dimanche élastique comme la taille d’un vieux pyjama.

