Les petites cicatrices

octobre 22, 2008

Dans les débuts d’un amour, on parle juste, on se livre sans fard. On donne de soi, on donne à l’autre en espérant un retour. Quand on retrouve ces lettres prémices, ces mails des premiers temps, elles gardent une sorte de vérité. Elles vous parlent encore de vous et de l’autre et de choses que, par mégarde, on pourrait oublier. Vide-grenier de l’amour. Mots dont on pourrait se débarrasser dans une vente à l’emporte-pièce pour se peler de ces amours défunts mais aussi compagnons de route, petits animaux de compagnie qu’on ne se résigner pas forcément à abandonner. Donc les petits cicatrices. Cela débute comme un jeu enfantin. Je te montres, tu me montres. Avec le souvenir de “L’arme fatale n°3″ je crois où Mel Gibson montre à sa collègue policier pour la draguer toutes ses “blessures de guerre”, traces de coup de couteau, de coups de feu et autres. Et que la fille fait pareil. C’est drôle et émouvant. Comme une attitude enfantine, celle d’un Obama candidat à la présidence de la plus grande puissance du monde qui descend d’un avion avec une citrouille sous le bras. Allez, place aux cicatrices et au souvenir.

“Quelques mots de bonheur simple et évident. C’est bien l’histoire du terreau commun. Ce matin, en me regardant dans la glace, j’ai pensé aux cicatrices. Parce que j’en ai une sous le menton qui date de mon adolescence et de mon premier rasage avec le rasoir de mon père.

Je ne savais pas qu’il ne fallait jamais manier les lames Gillette latéralement (c’était bien avant les “Fusion” et autres “Sensor” ndlr). Donc coupure profonde et enguelade de ma mère. Après, il y a celles d’acné sur la poitrine et sur le dos (c’était bien avant le “Ruoccutane” nldr). Et celles, invisibles, sur le genou qui témoignent d’une opération express du ménisque après un méchant coup de crampon.

Et encore, la trace du couvercle d’une boîte de conserve teigneuse maniée involontairement par ma mère dans la pulpe de la dernière phalange du majeur droit et celle, profonde, due à un couteau à pain, dans l’intérieur de l’index gauche (un ami allemand qui me recevait avait évité l’hémorragie avec un pansement compressif, ndlr).

Tout ces calligrammes corporels, ce sont les cicatrices visibles. Donc, te voilà avec une autre, plus en toi. J’irai l’apaiser bientôt. Et tu me raconteras toutes les petits cicatrices.

Donc une cicatrice entre nous, une cicatrice commune et ce besoin de beau, de l’autre, de ce qui n’est pas moi, de ce qui n’est pas toi. Même si je regarde parfois un homme avec intérêt parce que je le trouve beau mais je pourrais pas être homo. je ne pourrais  jamais me passer de cette différence, d’un corps en creux.

Comme de ton monde qui n’est pas le mien parce que le journalisme est récit mais il n’est pas création. Il est dans le monde, alors que l’art est ailleurs. Tiens tu m’as fait penser aux morsures.  J’aime bien mordre, j’aime bien être mordu, sans trop de perversité.

Ca parle à mon cerveau reptilien, à des sensations enfouies de violence et de possession.Comme à celle d’abandon. Dans le sexe,  il faut qu’il y ait cet extrême, se remettre à l’autre, savoir qu’on est en danger. Que le plaisir peut tout bouleverser, la vie, les certitudes, le quotidien, l’avenir. Et toujours goûter l’instant.”

 

 

 

 

Ce serait un joli couple qui se dit au-revoir

Ce serait un joli couple qui se dit au-revoir

 

C’était un dimanche de jumelles à la terrasse des cafés. C’était un dimanche de sœurs septuagénaires qui se tiennent par la main pour aller chercher leurs gâteaux. C’était un dimanche de halle ouverte, avec des fruits brillants comme frottés à la laine. C’était un dimanche de baba cools qui installent leurs étals de boucles d’oreille et de portefeuilles en tissus indiens. C’était un dimanche de petits déjeuners dans une salle silencieuse donnant sur les jardins. C’était un dimanche de rues désertes. C’était un dimanche où les filles passent dans d’incroyables pantalons treillis, comme de belles guerrières. C’était un dimanche gris souris qui vous plonge dans une sorte d’engourdissement fort agréable.
C’était un dimanche à regarder les trains en partance en espérant un texto. C’était un dimanche à passer devant un temple et à y entrer. C’était un dimanche à parler avec une fidèle sur le parvis de l’absence de bénitier dans le temple et finalement d’en terminer sur la nécessité de la foi pour pouvoir vivre quand on a perdu un enfant. C’était un dimanche à acheter d’incroyables croissants aux amandes. C’était un dimanche à écouter mille conversations à la volée. C’était un dimanche de tous les espoirs et de toutes les solitudes.
C’était un dimanche d’exil tout proche. C’était un dimanche où toutes les boutiques fermées vous font de l’œil. C’était un dimanche qui ressemblait à un premier janvier ou à un 15 août. C’était un dimanche à penser à des enfants, des bébés, des filles qui en font. C’était un dimanche de vieilles photos et de souvenirs qui traînent le long du train qui avance. C’était un dimanche de cyprès et de champs qui s’étirent.
C’était un dimanche de sable qui s’écoule entre les doigts, de cerfs-volants et de matchs avec des tee-shirts pour « faire les buts ». C’était un dimanche de villes entrevues, d’avenues parcourues, de pensées décousues. C’était un dimanche de tunnels et de rades redécouvertes. C’était un dimanche de sourire de boulangère. C’était un dimanche à lire des informations qui ne sont pas les vôtres. C’était un dimanche entre deux séances de cinéma. C’était un dimanche de stades oubliés et de viaducs graciles.
C’était un dimanche commencé par une insomnie et prolongé par une grasse matinée. C’était un dimanche de tramway et de train. C’était un dimanche de pâte à crêpes. C’était un dimanche entre Montpellier et Marseille, un dimanche élastique comme la taille d’un vieux pyjama.