De l’amour aquatique

août 29, 2008

Bien après la piscine, un moment d'abandon

Bien après la piscine, un moment d

C’était en juin 2002, six mois après la mort de ma compagne Véronique. Je montais avec son fils Mathias à une fête de famille dans une grande maison familiale dans l’Isère près de l’aéroport St-Exupéry. Une concession Fiat et derrière une grande bâtisse avec un parc un étang, des terrains de sport. Le rêve pour Mathias qui m’a épuisé en arrivant à jouer au foot, tennis, ping- pong… J’étais explosé de fatigue et la fête est arrivée. Je souriais, j’allais de groupe en groupe, je flottais. Je découvrais un monde de cousines de Véro et d’enfants rieurs. Je cherchais quelqu’un à qui m’accrocher. Je l’ai vu avec son sourire XXL et son air triste. C. Femme forte et belle. Quatre enfants dont deux petits de deux maris différents. Je ne lui ai pas parlé et elle a disparu. Je cherchais un endroit où me reposer un peu. Je suis allé dans ma chambre. C. dormait dans mon lit, comme Boucle d’Or. Je ne l’ai pas réveillée, j’ai essayé de trouver un coin dans l’herbe pour m’assoupir mais en vain. Et puis je me suis relevé et elle était là. Je ne sais pas si je lui ai dit qu’elle avait dormi dans mon lit. Je lui ai dit, je crois, que j’étais heureux qu’elle ne soit pas partie parce que je voulais lui parler. Elle m’a dit qu’on lui avait parlé de moi et qu’elle avait lu le texte que j’avais écrit sur Véro, sur son agonie, sur le respect dû aux malades. Je lui ai dit aussi qu’il fallait aller se baigner. Nous nous sommes retrouvés dans la piscine. Nous avons nagé, je l’ai enlacé, elle ne voulait pas vraiment m’embrasser, c’était drôle de la toucher, d’être si proche alors que l’on se connaissait à peine. Il y avait des enfants dans et autour de la piscine. Nous nous sommes réfugiés dans la petite cabane de jardin à côté. Il y avait des enfants qui rodaient autour. Ils nous ont vus nous embrasser. Elle m’a sucé doucement. Nous n’avons pas fait complètement l’amour. Plus tard, elle m’a dit qu’elle avait dormi dans mon lit parce qu’elle était épuisé par des heures de dispute avec son mari dont elle se séparait dans la douleur et des nuits à dormir sur le canapé ou les lits de ses petits pour lui échapper. C’était drôle de ressortir de la cabane et de retrouver la fête, les cousins et Mathias, comme si de rien n’était. Tout le monde savait.

 Après il y a eu des week-end, des retrouvailles, des allers-retours Marseille-Lyon, des ruptures, une fois à Marseille où je lui ai dit que je n’étais plus amoureux, le plaisir d’être proche de ses deux plus jeunes fils, dont le mariole M. Et du silence. Et des soirs où elle m’a viré de chez elle. Mais j’aime bien cette maison en Isère, cette piscine, son abri, cette rencontre, cet amour improbable et tout de même beau. 

 

 

Ca va faire un peu prétentieux ou macho mais j’ai vécu des superbes échecs sentimentaux, un vrai argument pour yiddish blues. J’ai donc connu :

-Deux ruptures le même jour dont une par téléphone et l’autre en live à cause d’une photo d’ange en culotte en fond d’écran de mon ordi.

- Une fille qui m’a viré de chez elle après m’y avoir invité à passer le week-end parce que “décidément on était pas fait l’un pour l’autre et qu’on était plus amoureux” après que j’ai demandé une cuillère à son gamin.

- La cuisinière du restaurant où j’allais régulièrement et dont j’étais tombé amoureux qui a tout arrêté au bout de la deuxième nuit parce que je n’étais pas allé la chercher à la fin de son service alors qu’elle habite à cent mètres de chez moi.

- Une ex dont le nouveau mec était obsédé par moi. Au lieu de profiter du délicieux corps de cette joliment ronde et blonde jeune femme, il m’envoyait des textos très cul en se faisant passer pour elle, toujours fou de jalousie, en espérant que je la relance – ce que je n’ai pas manqué de faire, pensant que les “sextos” étaient d’elles et qu’elle m’en avait envoyé plusieurs dont un que la décence et la modestie m’interdit d’écrire – pour avoir de vraies bonnes raisons d’être jaloux.

- Une autre avec laquelle un week-end dans les Alpilles a tourné court le premier soir à cause d’un cadeau non apprécié. Dans la voiture, elle m’a ensuite raconté qu’elle voyait régulièrement un prêtre qui l’aidait à faire le point dans sa vie. Qu’elle aille dans la paix du Seigneur.

- Une très ancienne dont j’ai lu un jour le journal intime et qui disait de moi : “Philippe est brutal et vulgaire”. Ca refroidit un peu.

- Nous avons eu aussi la longue et blonde danseuse que je voulais un peu impressionner quand j’étais jeune et elle moins et avec qui j’avais essayé quelques positions sexuelles successives dans sa salle de répétition dont j’aimais les miroires avant qu’elle me lance : “C’est bientôt fini la scéance de gym ?”
- La fille que j’ai désirée pendant des mois, avec qui j’ai passé une jolie nuit, avant que je descende faire quelques provisions et qu’en remontant je trouve ma maison vide et sur la table une de mes cartes de visite sur laquelle elle m’avait écrit : “Je croyais en moi, je croyais en toi mais ça ne marchera pas”. Etonnant non ? J’ai toujours cette carte et depuis, je me suis dit qu’il fallait toujours fermer la porte derrière soi quand on laissait une fille chez soi.

 

Mais il y a eu aussi – Dieu merci après ces épreuves- quelques belles réussites.

Il faut parler du début des histoires, du moment où le sourire te dit oui.

Ainsi, il y a le souvenir de mon premier stage à la Provence, en 1980. Il me revient l’image du passage à l’aube chez une infirmière que j’avais branché sur la plage lors d’un reportage et qui m’a accueilli dans sa cuisine. Je lui avais amené des tomates parce que le primeur venait d’ouvrir en bas. Elle m’a vu avec des lunettes alors que je n’en portais pas on the beach. Je lui ai dit : “Je les mets pour travailler”. Elle m’a dit en souriant : “Tu n’est pas venu pour travailler”, me les a enlevé, m’a embrassé et m’a fait très joliment l’amour dans sa cuisine puis sur son lit en étant indulgente pour ma manière de “partir” un peu vite. Elle était blonde et tendre. J’avais aimé tourner toute la nuit en mob avant d’aller la voir puis repartir repu et souriant comme un demeuré vers mon petit studio.
Il y a eu aussi l’histoire d’un 15 août. Je buvais un verre avec une collègue journaliste à “La Fourmi” à Paris. Elle était à une table proche. Elle dessinait et peignait une lettre et son enveloppe. Elle est descendue aux toilettes. J’ai dit à la collègue : “J’ai envie d’aller regarder sa lettre”. Elle m’a dit que cela ne se faisait pas. Quand elle est remontée, je lui ai dit que ma collègue m’avait empêché de regarder sa lettre mais que j’avais très envie. Elle a souri XXXXL, m’a dit que cela lui aurait plu que je regarde et nous avons lié conversation. La collègue nous a laissé. Nous avons discuté longtemps. Plus tard, elle m’a dit qu’elle avait senti de l’électricité, un dégagement de phéromones entre nous. Nous nous sommes quittés.
Je crois que j’ai pris mon scooter et que je suis passé un peu plus tard devant “La Fourmi” où elle parlait avec un garçon. Je me suis dit que l’histoire se terminait avant que de commencer. Je suis passé chez ma copine d’alors, plutôt une chieuse. Nous nous sommes un peu “engatzés”. Je lui ai fait l’amour debout. J’ai reçu un texto de la fille de la “Fourmi” vers 4 h du matin, elle me donnait son adresse. Je suis passé à l’aube. Nous avons fait l’amour sur sa mezzanine joliment, en parlant. J’avais peur de tomber. C’était il y a onze ans. Après, nous sommes allés chez moi. Je me souviens de toutes les positions, de tous les dessins de sa peau. J’ai aimé et honoré bibliquement -comme on dit dans les mauvais romans roses- cette jeune femme magique au matin de la fête de Marie. C’était il y a 11 ans. Comme une impression tactile inscrite dans ma mémoire reptilienne.