Nanard l’unique

juillet 13, 2008

Le comédien saluant sur scène

Le comédien saluant sur scène

Franchement, en ce début d’été, c’est quoi l’actualité ? L’Union pour la Méditerranée ? La célébration de la Coupe du Monde 1998 de la France pour masquer des années de disette depuis ? Un conjoint qui craque et massacre sa famille ? La pollution à l’uranium sur le site du Tricastin ? Les premières polémiques des festivals ? Que nenni ! Il n’est qu’une seule actu : le retour de Nanard.

Et ce n’est pas la moindre des ironies de voir Bernard Tapie faire son grand retour sur la scène médiatique à l’occasion de sa victoire sur le Crédit Lyonnais au moment où Patrick Poivre d’Arvor la quitte en tirant contraint et forcé sa révérence au 20 heures. Comme si le temps de l’un était révolu alors que le destin de l’autre semblait de renaître toujours. Cela aurait fait un impayable dialogue entre les marionnettes stars des Guignols :

“-Alors, Bernard Tapie, heureux après cet arbitrage en votre faveur ?

- Salut bonhomme, tu rigoles ou quoi ? Il plane carrément le Nanard. 295 patates, ça vous remplume un mecton. Désolé pour toi, qui est plutôt dans la déprime mais moi je plane avec mes burnes en or. C’est ça les mecs qui en ont dans le calcifs, ils finissent par gagner à la dernière minute. Laisse-moi profiter.

-Et vous allez en faire quoi ?

-Donne-moi le temps mon PPD. J’te demande pas dans quoi tu vas investir tes indems de TF1. Mais je me vois bien monter un club à Paris pour faire la nique à Villeneuve et à son PSG de nains de jardin. Moi je rêve d’un vrai championnat pas de l’espèce de concours de baby-foot que Canal + nous vend comme une Coupe du Monde chaque semaine.

Mais le duo magique est au placard. Il reste Bernard Tapie l’unique, le chat aux sept vies pour une incroyable dramatique télé : “Nanard, le retour”. Le Comte de Monte-Christo est un petit joueur comparé au destin de l’ex-président de l’OM, ex-chef d’entreprise, ex-dirigeant de l’équipe cycliste la Vie Claire, ex-ministre, ex-chanteur, ex-détenu et désormais comédien. Quatorze années de combat judiciaire et une conclusion qui voit enfin reconnaître le fait qu’il martelait depuis des années : le Crédit Lyonnais l’a floué dans l’opération de vente et de revente d’Adidas. Bernard Tapie n’avait jamais lâché prise dans ce combat qui était aussi celui de l’opération financière de sa vie réalisée en 1990 quand il présidait l’OM d’une main de fer.

On peut ne pas aimer le personnage, on peut se dire qu’il est le symbole d’une France des flambeurs qui vivait sur le dos des entreprises en faillite mais les faits sont là : Nanard va jusqu’au bout de ses combats. Il a gagné son bras de fer contre le Consortium de Réalisation qui gère le passif du Crédit Lyonnais à l’américaine, après de nombreux recours. Et il n’a pas tort lorsqu’il dit, avec emphase, que les Français se retrouvent en lui, eux qui voient souvent les banques les écraser à la moindre incartade sur leur compte.

Bernard Tapie avance encore, comme dans la pub sur les piles Duracell où n’avait pas craint de se mettre en scène. Personnage tout à la fois brut de décoffrage et mettant toute son énergie à vivre son destin, il est une sorte de double singulier du Président Sarkozy, qui a lui aussi connu quelques revers de fortune avant d’accéder à la fonction suprême. Et qui a eu lui aussi sa période bling-bling et Rollex avant de faire, comme Nanard, dans la sobriété efficace. Comme lui, le chet de l’Etat est capable d’utiliser et d’essorer ses plus proches collaborateurs avant de s’en défaire. Il ne supporte aucun obstacle et bouscule habitutes et contraintes pour parvenir à ses fins. Et tous deux, même si Tapie a sans doute l’insulte encore plus fleurie, sont capables d’user d’un langage viril.

Sacré Bernard ! S’il lui reste quelques pépettes après le règlement de ses dettes, nombre de supporters de l’OM rêvent de le voir racheter le club et revenir à sa tête.

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