Eh oui, c’est ça la vie
mai 12, 2008
Bien sûr, il y a des centaines de chaînes sur le câble. Mais le hasard a ses raisons. Hier soir, après une journée à traînailler, je suis tombé sur “C’est la vie”, de Jean-Pierre Améris, un film qui raconte le quotidien de “La Maison” à Gardanne, où sont accueillis les malades en fin de vie, ou en rémission. C’est le dernier film que j’ai vu avec Véronique avant qu’elle retombe malade, que son cancer du sein se généralise. “La Maison”, c’est aussi l’endroit où elle est morte, plutôt paisiblement, un matin où j’étais allé à une réunion à la con. Je n’étais pas là. C’est fou, c’est comme si elle était entré dans le film. Je me souviens que je me sentais étonnament bien dans cet endroit, après l’hôpital. Comme si nous étions dans une chambre d’hôte. En plus, ce film est très doux, avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire et un super jolie scène de karaoké où il fait semblant de mal chanter “Mon manège à moi” et où elle est délicieuse. Et puis il l’emmène au ciel dans son avion parce qu’il veut tout faire avant de mourir, se sentir vivant, jouir de la lumière et du paysage. J’adore le sourire de Sandrine Bonnaire depuis son premier film, “A nos amours”. Et puis elle est parfaite quand elle l’engueule. Je ne vais pas raconter le film. Juste faire partager cette impression étonnante de retrouvailles, de repartage. C’est plutôt bien de penser à elle ainsi, de revoir les rochers de Cadaquès, de se dire que la vie est faite pour être vécu fortement, sans calcul.
Jeunesse enfuie, nostalgie protectrice
mai 5, 2008
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Désolé, mais là vraiment, je sature. Je craque quand j’entends que Nicolas Sarkozy est plus un sujet de conversation qu’un président. J’en ai assez du mot bling-bling, des bilans qui parlent de l’image Sarkozy et à peine de réalité. J’en ai assez des anniversaires présidentiels célébrés à répétition et de tous les commentaires sur “le culte de Narcisse”. Ce n’est pas de l’actu, c’est du gimmick. Je ne parviens pas à trouver le chef de l’Etat sympathique mais la rengaine médiatique ne sonne plus juste à mon oreille. Je bloque sur les sondages qui répètent tous la même chose et sur les analyses portant sur un cinquième de mandat de chef de l’Etat qui rejouent encore la soirée au “Fouquet’s” et le yacht à Malte. Comme une envie d’autre chose sur la politique, sur le quotidien des Français, sur les questions qu’ils se posent sur leur quotidien. Au secours, j’ai besoin d’air, d’autre chose !
Alors voilà, apprendre au détour d’un flash la mort à 89 ans de Lucien Jeunesse, l’animateur durant trente ans du “Jeu des 1000 francs” sur France Inter. Le bonheur de prononcer de nouveau le mot “franc”. Réentendre “Chers amis, bonjour” et le “Bonjour” du public en réponse. Se souvenir d’un enregistrement un jour au théâtre Bompard, à Marseille où j’avais découvert sa manière théâtrale d’accueillir le public “en vrai”. Il avait fait refaire son “Bonjour” au public et où il s’était gentiment moqué de moi parce que je participais pas. Sacrilège ! Penser avec nostalgie à la spécificité de ce jeu. Il redessinait jour après jour la géographie de la France, d’un pays réel et rural où chaque commune compte. Rendez-vous de salle des fêtes et de hall d’hôtel de ville.
Il nous faisait penser à cette culture fourre-tout à laquelle nous trouvons souvent du charme. Une encyclopédie pour repas en famille. Parce que notre mémoire fonctionne comme cela. Elle retient les anciens comptoirs coloniaux de la France (Chandernagor…), la chanson des supporters des Verts (“Qui c’est les plus forts…”), le nom des châteaux de la Loire (Chambord…), les paroles de “Du côte de chez Swann” (“On oublie l’air un peu trop sûr de soi…”), le détail d’un discours de De Gaulle (“Marcheramo la mano en la mano…”), l’apostrophe inventée par notre imaginaire de Marchais à Elkabbach (“Taisez-vous…), la capitale de la Mongolie extérieure (Oulan-Batour), une citation de Napoléon sur la Chine (“Quand la Chine… ) et un procédé mnémotechnique concernant le nombre 3,14116 (zut, j’ai oublié ! “).
Nous n’avons pas tous les jours l’occasion d’être candidat du “Jeu des 1000 euros” – il est désormais présenté par Louis Bozon- mais tout ce fourbi intellectuel et sentimental, ce grenier dessiné par quelques rais de lumière, nous rassure, comme un cortège d’amis familiers. Alors, “Chers amis au revoir”. Lucien est parti. Le souvenir fugace de son apparition dans une pub pour une “convention-obsèques”. Son patronyme nous avait fait croire qu’il était éternel.Et puis Lucien Jeunesse a inspiré un superbe film de Patrice Leconte : “Tandem” avec Jean Rochefort et Gérard Jugnot. Rochefort incarnait avec superbe un animateur lâché par sa station qui ne veut pas vieillir même s’il n’était pas dupe de sa “célébrité”. C’était une belle parabole sur la solitude masculine.
Le petit carillon de la vie joué au xylophone s’est arrêté pour Monsieur Lucien. Jeunesse enfuie. Encore une fois, c’est un peu la nôtre.

