Le médecin de la dernière heure
mars 20, 2008
Chantal Sébire est retournée au silence. Après être devenue durant un mois la voix et le visage insoutenable mais familier du combat pour le droit à la mort, elle s’est éteinte chez elle, hier soir, à Plombières-lès-Dijon. Les dernières heures d’une femme au bout du rouleau, dont la douleur devait être atroce, devient la “dernière heure” des journaux. Dans l’après-midi, son médecin traitant, le Dr Emmanuel Debost, avait été reçu à l’Élysée par Nicolas Sarkozy.
La venue de Mme Sébire à l’Élysée avait été envisagée il y a quelques jours mais elle était “trop fatiguée”. La boucle est bouclée. Toutes les heures qui s’écoulaient la blessaient, elle a vraisemblablement choisi la dernière qui l’a tuée.
Elle est morte le jour où son cas, mille fois débattu dans la presse, à la télé et dans les familles, accédait au sommet de l’État.
Encore une fois, sans intermédiaire, le Président s’est saisi d’un problème de société. Il a donné encore plus de solennité à une affaire privée devenue un débat public. Chantal Sébire est morte mais son destin ne lui appartient plus. Elle est devenue le symbole choquant du droit à mourir dans la dignité. Sa démarche mérite le respect cependant son cas n’est pas forcément représentatif. Sa maladie est extrêmement rare mais elle lui donnait une image qui frappe l’opinion. Il ne faut éluder aucun débat mais se garder de la pensée unique sur la fin de vie.
D’autres personnes qui souffraient d’une maladie incurable ont choisi de se donner la mort dans l’anonymat, avec l’aide de proches ou aidées par un médecin.
Cela demande un cran ou une empathie que beaucoup d’entre nous ne peuvent avoir. Hier, Jean Léonetti, le rapporteur de la loi qui a instauré le droit au “laisser mourir” nous confiait que la demande de Chantal Sébire était “compréhensible sur le plan humain mais irrécevable sur le plan de la loi”. Il a été chargé d’une mission pour savoir si le cadre du texte qui porte son nom colle encore à la réalité de la fin de vie.
Avec courage, il a aussi ajouté qu’il fallait “se garder des réponses simplistes”. Il faisait référence aux déclarations tonitruantes de Bernard Kouchner affirmant qu’une exception à la loi pour Mme Sébire serait la bienvenue. Nous devons nous confronter à ces questions de l’intime en évitant de succomber à la dictature de l’émotion.
En refusant sans répit de ne défendre que le droit à la mort quand des personnes veulent vivre malgré tout, en trouvant à cette existence qui les quitte de derniers attraits.
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