Du bonheur et de la table
mars 7, 2008
Dans le texte, je voulais lui parler de la cuisine comme une manière d’aimer, de partager, de créer du lien. Lui raconter le gratin d’épinards à la béchamel avec des oeufs durs de ma mère qui est le seul plat sympa dont je me souviens dans un quotidien où l’on mangeait jour après jour sans que les repas soient une fête. Après, il me fallait raconter mes plaisirs culinaires qui sont surtout des plaisirs de vie, des plaisirs de voyage, des souvenirs qui fondent dans la bouche. Les mélanges, les sauces légères et surprenantes, le sucré-salé, les couleurs des légumes, les grandes tablées d’amis qui préparent ensemble une soupe au pistou. Pas la cuisine d’esbrouffe, la cuisine de bonheur parfois simple, la cuisine de table à carreaux, la cuisine de patronne qui s’asseoit à votre table et qui ajoute une belle salade au plat principal, la cuisine de sauce à la papaye, la cuisine d’assiette où les purées de légumes dessinent un paysage autour de la viande, la cuisine autour du fourneau, assis à une longue table. En fait, j’aime les cuisinières créatives et sympas et les brasseries où les clientèles se mélangent. Pas forcément les grands établissements étoilés.
En sortant du restaurant et de ma déclaration, sur le trottoir, un monsieur m’a abordé en me proposant d’acheter des petites plantes grasses qu’il avait planté dans des petits pots, des gobelets, pour un euro. J’ai d’abord dit “non”. Il m’a demandé si le bar dont je sortais était un bar d’artistes. Je lui ai raconté que c’était plutôt un bar jadis fréquemment par le milieu du cinéma. Et puis je suis revenu vers lui pour lui acheter une mini-plante grasse. Je me suis dit qu’un mec qui se donnait la peine de faire des petites plantations devait être vraiment dans la mouise. Il a pris le temps de me détailler la couleur des fleurs qui poussaient sur chacune des plantes grasses. J’en ai choisi une à fleurs jaunes plantée dans un gobelet en plastique rempli de terre.
C’était une belle journée. Je n’aurais peut-être pas dû aller voir “Paris” dans la soirée. C’est un film trop triste après une déclaration culinaire et une plante grasse à fleurs jaunes.

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