On the ring again Rocky

mars 29, 2008

Pourquoi cette soudaine envie de frapper, ce bonheur de taper sans retenue dans un sac, cette sensation énorme quand les poings frappent, ce plaisir de découvrir un sport où la force et la technique doivent s’allier? Rocky 13, Philippe of Marseille découvrant tout à la fois sa force et ses lacunes. Avec mon coach Franck, je découvre aussi le plaisir des progrès, cette sensation de la hanche qui tourne et emmène mon poing, un air de hip-hop qui résonne dans la salle de gymnase vide, le shadow-boxing face aux glaces, l’envie furieuse de tuer le sac, comme Mike Tyson. Et se sentir aussi tout à la fois vieux et jeune, comme le “Rocky Balboa” qui renaît face au jeune boxeur branché bling-bling et est tout à fait émouvant sur la tombe de sa femme. Blessé et indestructible. Dieu que j’aime la boxe. Et dieu aussi que ma bedaine m’emmerde pour taper encore plus fort, comme Foreman et Ali à Kinsasha.

Avoir l’explosivité de Mike Tyson, la légèreté de Mohamed Ali, danser sa boxe, avoir la puissance de Foreman, l’endurance et l’humanité de Rocky. Revivre en sentant la force dans ses poings, frapper encore et encore du même bras, en faire son levier, son canon. Découvrir un sport avec un bonheur d’enfant et de tueur gentil. Sauter à la corde pour se faire des jambes d’acier. Tourner autour d’un grand sac et en faire son adversaire virevoltant. Boxer contre des ombres, des fantômes et surtout contre soi. Vouloir l’épuisement et renaître d’un coup. Vivre quoi, en direct et sans crochet, avant qu’un uppercut vous cueille.

Enfant, je regardais avec fascination cette publicité dans le « Chasseur Français » ou « Modes de Paris » où un gringalet dont les filles se moquaient se transformait grâce à un programme révolutionnaire en un culturiste taillé en V et presque en W. Je m’imaginais recevoir la barre de torsion et voir mes trapèzes se développer. Eh bien mon héros de papier s’est incarné. Alain Bernard, avec son envergure de 2,05 m et sa musculature surpuissante, efface de mon Panthéon personnel « Blek le Roc », le trappeur taillé comme un séquoia, Victor Mature dans « Samson et Dalila » et même le Schwarzy de <Conan le Barbare>.

Le nageur d’Aubagne surnommé l’ « aéroglisseur » avec sa combinaison magique crève l’écran comme il fait éclater avec ses battoirs la surface des bassins olympiques. 1 mètre 87 pour 96 kilos et un incroyable record du monde du 100 mètres nage libre en 47 secondes et 50 centièmes 24 heures après l’avoir déjà battu en 47 secondes 60 centièmes en nageant à 7,5 km/h. Un peu comme si Asafa Powell battait son record du monde du 100 mètres « sur terre » en descendant de 9’’74 à 9’’67 ! Mais surtout, il me permet de ressortir du dictionnaire à clichés la délicieuse expression « armoire à glaces ». Car nous avons sans doute besoin, dans une époque un peu étriquée, où la rêche réalité nous comprime les testicules comme un jean slim, de colosses hors normes pour faire péter les coutures. Le XXL, quand il se dessine sous la forme d’un torse de gladiateur et d’abdominaux modèle tablette de chocolat et pas en Obélix ventripotent, nous modèle des super héros consolateurs.

Alain Bernard, le requin explosif, surgit au printemps dans notre univers médiatique après le déboulé à l’automne dernier de l’homme des bois Sébastien Chabal. Le « glouglouglouglouglou » pour accompagner chaque battement de bras de Bernard dans les bassins pourrait remplacer le « Houuuu » poussé dans les stades à chaque charge du « Démolisseur ». Une armoire en bois flotté en chasse une en chêne massif. Voilà de bien beaux gabarits dont la croissance a de quoi faire rêver. Y compris un Président plutôt poids plume qui voit celle de la France perdre du muscle.

Chantal Sébire est retournée au silence. Après être devenue durant un mois la voix et le visage insoutenable mais familier du combat pour le droit à la mort, elle s’est éteinte chez elle, hier soir, à Plombières-lès-Dijon. Les dernières heures d’une femme au bout du rouleau, dont la douleur devait être atroce, devient la “dernière heure” des journaux. Dans l’après-midi, son médecin traitant, le Dr Emmanuel Debost, avait été reçu à l’Élysée par Nicolas Sarkozy.

La venue de Mme Sébire à l’Élysée avait été envisagée il y a quelques jours mais elle était “trop fatiguée”. La boucle est bouclée. Toutes les heures qui s’écoulaient la blessaient, elle a vraisemblablement choisi la dernière qui l’a tuée.
Elle est morte le jour où son cas, mille fois débattu dans la presse, à la télé et dans les familles, accédait au sommet de l’État.
Encore une fois, sans intermédiaire, le Président s’est saisi d’un problème de société. Il a donné encore plus de solennité à une affaire privée devenue un débat public. Chantal Sébire est morte mais son destin ne lui appartient plus. Elle est devenue le symbole choquant du droit à mourir dans la dignité. Sa démarche mérite le respect cependant son cas n’est pas forcément représentatif. Sa maladie est extrêmement rare mais elle lui donnait une image qui frappe l’opinion. Il ne faut éluder aucun débat mais se garder de la pensée unique sur la fin de vie.
D’autres personnes qui souffraient d’une maladie incurable ont choisi de se donner la mort dans l’anonymat, avec l’aide de proches ou aidées par un médecin.
Cela demande un cran ou une empathie que beaucoup d’entre nous ne peuvent avoir. Hier, Jean Léonetti, le rapporteur de la loi qui a instauré le droit au “laisser mourir” nous confiait que la demande de Chantal Sébire était “compréhensible sur le plan humain mais irrécevable sur le plan de la loi”. Il a été chargé d’une mission pour savoir si le cadre du texte qui porte son nom colle encore à la réalité de la fin de vie.
Avec courage, il a aussi ajouté qu’il fallait “se garder des réponses simplistes”. Il faisait référence aux déclarations tonitruantes de Bernard Kouchner affirmant qu’une exception à la loi pour Mme Sébire serait la bienvenue. Nous devons nous confronter à ces questions de l’intime en évitant de succomber à la dictature de l’émotion.
En refusant sans répit de ne défendre que le droit à la mort quand des personnes veulent vivre malgré tout, en trouvant à cette existence qui les quitte de derniers attraits.

Une déclaration agrandir

Aujourd’hui, j’ai fait une chose simple et compliquée. Je suis allé faire une déclaration à une cuisinière dans le restaurant où elle travaille. Avec un bouquet de roses. Parce que la veille, elle m’avait dit en souriant que j’étais son “client préféré”. Epatant non? Qu’elle m’ait dit ça, je veux dire. Pas ce que j’ai fait. Cela me semble assez normal. Il faut toujours aller vers les gens qui font un pas vers vous. Je suis même allé lui porter dans sa cuisine un long texte que j’avais écrit dans un cahier, assis à une table du fond du restaurant, à l’heure creuse. C’était agréable de faire cela, en buvant un “orgeant-pac à l’eau” et en l’écoutant travailler. Elle l’a lu en préparant ses plats, entre deux coupes bruyantes au couteau sur une planche. Pendant ce temps, j’ai lu “La Provence”, notamment le compte-rendu du match de l’OM contre Saint-Pétersbourg et j’ai apprécié les notes des joueurs surtout celles “devant la télé”. J’étais comme dans une bulle. Elle est venue me voir tout sourire et elle m’a fait deux belles bises sur la joue en me demandant si elle pouvait garder le cahier. J’ai dit “Bien entendu”.

Dans le texte, je voulais lui parler de la cuisine comme une manière d’aimer, de partager, de créer du lien. Lui raconter le gratin d’épinards à la béchamel avec des oeufs durs de ma mère qui est le seul plat sympa dont je me souviens dans un quotidien où l’on mangeait jour après jour sans que les repas soient une fête. Après, il me fallait raconter mes plaisirs culinaires qui sont surtout des plaisirs de vie, des plaisirs de voyage, des souvenirs qui fondent dans la bouche. Les mélanges, les sauces légères et surprenantes, le sucré-salé, les couleurs des légumes, les grandes tablées d’amis qui préparent ensemble une soupe au pistou. Pas la cuisine d’esbrouffe, la cuisine de bonheur parfois simple, la cuisine de table à carreaux, la cuisine de patronne qui s’asseoit à votre table et qui ajoute une belle salade au plat principal, la cuisine de sauce à la papaye, la cuisine d’assiette où les purées de légumes dessinent un paysage autour de la viande, la cuisine autour du fourneau, assis à une longue table. En fait, j’aime les cuisinières créatives et sympas et les brasseries où les clientèles se mélangent. Pas forcément les grands établissements étoilés.

En sortant du restaurant et de ma déclaration, sur le trottoir, un monsieur m’a abordé en me proposant d’acheter des petites plantes grasses qu’il avait planté dans des petits pots, des gobelets, pour un euro. J’ai d’abord dit “non”. Il m’a demandé si le bar dont je sortais était un bar d’artistes. Je lui ai raconté que c’était plutôt un bar jadis fréquemment par le milieu du cinéma. Et puis je suis revenu vers lui pour lui acheter une mini-plante grasse. Je me suis dit qu’un mec qui se donnait la peine de faire des petites plantations devait être vraiment dans la mouise. Il a pris le temps de me détailler la couleur des fleurs qui poussaient sur chacune des plantes grasses. J’en ai choisi une à fleurs jaunes plantée dans un gobelet en plastique rempli de terre.

C’était une belle journée. Je n’aurais peut-être pas dû aller voir “Paris” dans la soirée. C’est un film trop triste après une déclaration culinaire et une plante grasse à fleurs jaunes.