Pour faire un film pornographique yiddish
février 19, 2008
Il faut une héroïne aux seins modestes et à l’oeil charbonneux.
Il faut une mère abusive qui rentre sans prévenir dans la chambre quand vous tentez la “DP” et dit : “Ma fille, tu t’y prends mal”.
Il faut des religieux avec les chapeaux noirs et les papillottes qui prient en se penchant autour des corps nus et transpirants.
Il faut un acteur bien membré nommé Thibault Monfils et une actrice goulue nommée Salomé Ziaufond.
Il faut des dialogues crus et drôles du genre : “oy a broch, je voudrais que tu mé farcisses le carpe avec ton gendarme kasher, mais seulement celui qu’on achète ché Finkelstein, tu sais au Platzl”.
Il faut une éjac faciale avec du sirop d’orgeat.
Il faut un téléphone qui sonne au beau milieu de la scène de sodomie avec en musique “Shalom Bahéré” et évidemment l’acteur qui répond à sa mère : “Oui maman, je n’oublie pas les carpes farcies”.
Il faut une héroïne très salope mais qui se pose des questions existentielles du genre : “Je suis sûr qu’il en a une autre”, au milieu d’une scène de gang-bang.
Il faut Woody Allen en caleçon qui passe dans le champ.
Il ne faut pas des casquettes en cuir et des filles en uniforme, c’est déjà fait dans un autre film.
Il faut des cris de jouissance qui invoquent Jéhovah.
Il faut une grande fête familiale pour conclure avec tous les acteurs en peignoir qui chantent sur un air de musique d’Europe de l’Est.
Spéciale dédicace à une fille drôle qui fait des rêves étranges
Je me souviens de ma banlieue à Bron
février 9, 2008
Ah les rouages complexes du souvenir ! Un édito à écrire sur les banlieues. L’envie de parler de mon enfance dans une cité à Bron. Elle s’appelait “La Caravelle”, en face des bâtiments bleus. Je la revois comme un grand ensemble craignos dans sa construction mais pas comme un lieu de violence. C’était de la fin des années 1960 à 1971. Sur le chemin de l’école, il y avait encore une ferme où mon père allait acheter des produits. Le fermier nous offrait des bonbons en forme de lune. Je me souviens qu’un jour, sa femme a été écrasé par une camionnette. Ensuite il y avait le stade et sa piste en mâchefer et l’hébergement d’urgence pour des gitans qui est resté là jusque dans les années 1980. Je sais qu’à l’école, je faisais des rédactions sur des animaux africains ou sur des matchs qui se terminaient sur un score nul et c’était très bien pour tout le monde. J’avais de bonnes notes. Les profs nous soutenaient bien. Au bout de la cour et des installations sportives -nous réinventions un panneau de basket en sous-marin- il y avait un champ où nous ramassions des silex pour faire des étincelles quand la nuit tombait, l’hiver. J’avais un copain arabe avec qui je m’entendais bien. Un jour, je lui ai dit que mon père, Gilbert, était raciste. A l’époque, il était CRS, il avait encore une R10 avec laquelle il a eu ensuite un accident à la sortie de “La Caravelle”. En 1968, avec ses collègues, il était sur le front des manifs. Ma mère passait ses journées à la fenêtre à se demander s’il allait rentrer. Les “mao spontex” n’étaient pas des tendres à Lyon. Quand elle buvait le café avec une autre femme de CRS qui habitait le bloc voisin je crois, ma mère se moquait avec elle de leurs maris “qui ressemblent à Obélix avec leur gros bouclier rond”. Je crois qu’elles faisaient erreur. Je n’ai jamais vu le héros d’Uderzoo avec un bouclier. Dans la cuisine, il y avait une volière avec des tourterelles. J’adore toujours ces oiseaux mais les entendre chanter dès 5h 30, c’était un tout petit peu casse-couille.Le soir, quand je m’endormais dans la petite alcôve attenante à la salle à manger avec mon frère dans l’autre lit à côté, je cherchais un trésor. Ma stratégie était très particulière puisque j’avais planqué une petite cuillère et je creusais dans le mur de plâtre. Comme dans ces cités, les cloisons n’étaient guère épaisses, j’ai dû faire un beau trou à force de rêver et de m’obstiner. Je n’aurais pas pu jouer dans “Prison Break”. Une cuillère ne fait pas une évasion ni un scénario.En face de notre bloc, au milieu de la cité, il y avait une tour avec une route circulaire autour. Nous faisions du patin autour et nous tournions toujours dans le même sens puisque je revois les roues usées d’un seul côté. Je ne sais plus quel jour, il y avait un marchand de glace qui venait à “La Caravelle”. Il s’annonçait à grands coups de klaxon, c’était un joli camion avec ses frigos derrière et nous laissions tout tomber pour ses multiples parfums de crème glacée.
A la sortie de la cité, il y avait un “Bon Lait”, une supérette. Je me souviens du regard interrogatif de la marchande lorsque je lui avais demandé pour ma mère Angèle qui m’envoyait faire les courses “un hecto de râpé”. Les Lyonnais ne parlaient pas comme les Marseillais. C’est drôle, en écrivant cela, je me souviens aussi que, confiante, ma mère me laissait aller aux commissions et à l’école. Je devais avoir huit ans. Est-ce qu’aujourd’hui, c’est possible dans des banlieues un peu dures de Lyon?