Un café et l’addition de vies
décembre 18, 2007
Sur mon blog vidéo (www.dailymotion.com/philippelazare), je croyais que je filmais des tasses de café et quelques verres. En fait, je me me trompais. Au début, j’essayais de faire des plans fixes de tasses mais j’ai vite élargi mon champ et mon propos. J’essaye de capter la vie, de comprendre tous ces instantanés d’existence qui me fascinaient, enfant, quand je n’entendais ce que se disaient les gens derrière les vitres. Je voulais savoir. Alors j’écoute dans les cafés. Les discussions, les enguelades, les rires, les pleurs. Et puis, au fil des films, je me suis aperçu que je parlais aussi de moi. De mes amours, de mes emmerdes. Pour les retenir, pour les inviter à boire un verre avec moi. Allez, un café, des cafés et l’addition de vies. Pour le plaisir.
Conversations au Stop Bar, Toulon.
Café avec avancée, salle lumineuse près du marché du Mourillon. Des belles de 75 ans élégantes et souriantes qui ne renoncent pas avec leur petit béret et leur maquillage parfait, des médaillés de la Marine, des rugbymen qui arrivent avec un cocard à l’oeil, une serveuse attentive, un bébé centre de toutes les attentions, des bisous qui claquent. Conversations de café, bruits de vie.
“-Il n’a que trois mois? Il fait déjà garçon.
-Il ressemble à sa mère.
-Mais il tient beaucoup de ses soeurs.
(…)
-Je suis allé à la gare chercher mon billet pour aller en cure.
-Vous avez vu tous les morts au Pakistan?
-Eh toi le bébé, tu ne sais pas ce que c’est le Père Noël.
-Il faut toujours que j’ai ces pilules sur moi.
-Oh putain grand, tu as vu ce qu’il a à l’oeil -un cocard maousse costaud- Eh bien il a joué aux boules avec moi et il n’en chopait pas une. Je lui ai dit que la prochaine qu’il ratait, je lui mettais une rouste. Et j’ai tenu parole.
(…)
-C’est un petit magasin qui fait de la layette, un dépôt-vente.
-Quand c’est que je te vois que je te montre la PSP?”
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Une boucle bouclée à la Fourmi, Paris
Donc boucler la boucle des boucles. Revenir au début de l’histoire pour la clôre. Entrer et s’asseoir à “La Fourmi” après avoir monté la rue des Martyrs. Oublier de regarder l’égouttoir à bouteilles qui était accroché au plafond. Regarder autour de moi pour croire au miracle. Mais non. Pas de fille avec une boîte à peinture et une enveloppe. Personne pour m’engueuler parce que je voulais aller regarder son fourbi. L’histoire ne repasse pas les plats. Mais le lieu est toujours bruissant de vie.
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Dans une tasse dorée à l’or fin, à l’Elysée
Cela représente quelque chose comme un aboutissement. Une tasse filmée à l’Elysée, autour de la table du salon des Ambassadeurs où Nicolas invitait des journalistes de la presse quotidienne régionale. Ce n’est pas tant l’événement mais le plaisir de satisfaire sa lubie vidéaste au coeur de la maison du pouvoir. De plus, même si elle est un peu chargée, cette tasse est un patrimoine national que les connaisseurs apprécieront, avec sa porcelaine dorée à l’or fin. Tous les chefs d’Etat ont bu dans ce service à café de porcelaine de Sèvres qui date de 1848 et dont chaque tasse est unique. Précision : le café qui est servi n’est pas celui d’un percolateur mais d’une cafetière à piston. Quand les éditorialistes posaient des questions très sérieuses en s’excusant par avance d’être un peu corrosifs, je me suis échappé avec mon café et, comme jadis à l’école, mon regard s’est perdu dans les superbes jardins. Merci Nicolas!
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Espérer au Coolin, Paris
Donc attendre, “espérer” comme on dit en provençal et le mot a alors ce merveilleux double-sens des amoureux. S’endormir un peu à la terrasse du “Coolin”, marché St-Germain à Paris, en buvant un jus de “cranberries”. Penser aux photos de Weegee vues juste avant, à la précarité de la vie qu’il faut déguster avant que les tueurs du clan adverse arrive ou que brûle votre taudis new-yorkais. Ecouter les conversations en anglais à côté, aimer ce temps de la parenthèse, écrire vite fait un petit poème pour Mathias. Et puis la voir surgir dans mon champ de vision, pas tout à fait la même, pas tout à fait une autre. Blonde à cheveux courts, comme Jean Seberg qui hurle dans la rue “New York Herald Tribune, New York Herald Tribune!” Une autre histoire, à espérer, à raconter, à la une ou pas.
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Après les vagues, les sourires du Fortin, Marseille
C’est un bar comme je les aime. Un bar où l’on vous reconnaît et on vous salue. Le café du Fortin, à l’angle de la traverse qui mène à la plage de l’Abricotier, fait partie des petits bonheurs de Marseille. On y déjeune pour dix euros, il y fait bon et surtout le patron parle avec vous sans en faire trop. Ce jour-là, derrière le comptoir, il y avait un monsieur qui préparait un grand voyage en Egypte, Israël et Jordanie et c’était un bonheur de l’évoquer avec lui. De plus, il y a ces deux superbles fresques qui montrent les plages proches dans les années 1930 il me semble. Que demander de plus après avoir passé une jolie après-midi sur la plage à regarder les filles malignes et pétillantes?
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Un café serré et tendre chez ma mère, Villes-sur-Auzon
C’est une sorte de Matisse, un tableau très composé chez ma maman avec verres et fruits, sur l’immense table de la salle à manger qui prend trop de place dans son appartement. Les tasses et le sucrier de ma mère, Angèle, sont comme elle, délicats et fragiles.
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