Un petit signe de nos défunts
octobre 30, 2007
Le dictionnaire n’est pas de grand secours dans le deuil. Pour mort, il dit : “Qui a cessé de vivre”. A peine concède-t-il en deuxième définition : “Dépouille mortelle d’un être humain”. Alors, on revient à celle du deuil : “Douleur que l’on éprouve de la mort de quelqu’un”. Et faire son deuil : “se résigner à être privé de quelqu’un”. Rien n’est dit et c’est bien normal de ce lien qui persiste entre les vivants et les défunts. En cette période de Toussaint où nombre d’entre nous vont rendre hommage à leurs morts, à leurs “chers disparus”, il n’est pas inutile d’en parler. Sans délire mystique ni moquerie.Récemment, l’hebdomaire “La vie” consacrait tout un beau dossier à ce thème. Jamais, selon l’éditorial, les lecteurs n’avaient répondu aussi massivement à un appel à témoin passé dans le journal. Sans doute parce que ce thème, que nous soyons croyants ou pas, nous concernent tous. Qui, après la perte d’un être cher, n’a pas ressenti un jour une présence, pensé que la personne aimée lui envoyait un petit signe. Une fleur qu’elle aimait qui refleurit, un rêve, une lettre perdue qui ressurgit. Ou tout simplement un moment paisible sur une tombe, un endroit aimé ensemble.
Sans doute parce que la société occulte la mort, que la fin de vie pose à ce point problème qu’il faille légiférer, les gens développent une relation intime avec ceux qu’ils ont perdu. Si l’on en parle autour de soi, au-delà la pudeur normale et des réticences à se confier sur un sujet délicat, à provoquer la moquerie, les langues se délient. Avec ou sans le secours de la religion, ceux qui restent assurent qu’ils dialoguent parfois avec ceux qui ne sont plus. Ils y trouvent un apaisement ou de la force dans ce lien avec l’au-delà. Au-delà de soi, au-delà du chagrin. Ils le vivent comme quelque, chose de normal, d’important. Car le deuil, dans notre société, survient avec la maladie ou les accidents de manière de plus en plus violente. Nous ne jouons pas avec les fantômes, nous ne faisons pas tourner les tables. Nous essayons tous, avec nos petites stratégies ou nos grandes croyances de faire en sorte que notre douleur reste sage. Comme ce ami joggeur qui me confiait qu’après la mort de sa femme, il voyait toujours une tourterelle se poser sur son chemin dans le parc où il courait. Si vous voulez apporter vos témoignages, vous pouvez le faire sur le site laprovence.com dans le forum ouvert à cet effet et intitulé : “Quels liens gardez-vous avec vos morts?”. Le journal “La Provence” consacrera un dossier pour la Toussaint à ce dialogue avec les défunts.
De la terre à la mer, par le travers
octobre 21, 2007
Au fil de mes errances, de mes vacances et de mes promenades, je cherche toujours une ligne de fuite vers la mer, un moment où, entre deux maisons ou par un chemin à peine carrossable, on peut marcher paisible vers les vagues. Généralement, j’aime encore plus lorsque je suis seul et que l’aube va se lever. Dans tous les pays du monde, ce moment est toujours émouvant. Alors, voilà quelques exemples de ces chemins vers la houle.
Lyon a ses traboules, Marrakech et bien d’autres villes arabes et juives son souk, Paris ses escaliers vers Montmartre, la Méditerranée a ses ruelles magiques, ses passages quasi-clandestins entre deux propriétés pour rejoindre la mer et ses plages secrètes. Souvent les murs sont couverts de tessons et des figuiers, des tilleuls ou des cyprès dépassent pour procurer une ombre fraîche dont il faut profiter avant de déboucher au grand soleil, face à la Méditerranée. C’est le cas dans la petite traverse qui mène au Liouquet, face au parking de la maison de repos de la MGEN. Un endroit précieux, magique, où tout est sensation, même le bruit de ses pas qui résonne sur le béton du passage.
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Donc le bonheur de se lever tôt quand l’hotel est endormi, de faire le tour de la piscine au bleu phosphorescent avec la lumière, de rêver à quelques amours aquatiques et pas forcément très pornos, dire “hola” et “come esta” aux employés qui nettoient, aimer la douceur de la politesse, s’étonner de drôles d’oiseaux aux longues pattes avec des griffes immenses qui font une parade amoureuse, suivre des yeux les grands papillons qui butinent. S’étonner toujours de ce plaisir de la solitude, de cette impression de privilège que donne l’aube. Se dire que l’eau va être bonne et qu’il n’y aura personne et que peut-être on pourra crier ou siffler. Réveil à six heures moins le quart a l’hotel Oasis Canoa, Bayahide, près de La Romana, côte sud de la République Dominicaine. Un touriste matinal qui devise et rêve.
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Comme des points de suspension à une autre aube, en République Dominicaine, le lever du jour, ce dimanche 19 août, sur la plage du “Grand Travers” entre Carnon et la Grande-Motte. La veille, j’avais cherché en vain une chambre d’hôtel et je me suis résolu à dormir dans ma voiture de location, une Epsilon pas très grande. J’ai tourné dans des lotissements et des culs-de-sac avant de me garer, avec d’autres voitures et des camping-cars décorés de pots de fleurs au pied des dunes du “Grand Travers”. Au matin, engourdi, j’ai adoré marcher à pas de loups dans cette venelle entre deux rangées de piquets censés protéger la végétation et fixer la dune. Une brève marche pour découvrir la plage, son vide avant la ruée et les restos de plage encore silencieux. Et d’étonnants mâts surmontés de têtes d’animaux. Une ambiance “37,2° le matin”.
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Comme le sentier dans les dunes au Grand Travers de Carnon ou le parcours à l’aube vers la plage en République Dominicaine, la montée vers la route après la plage aux Anthénors. Oublier le demi-cercle magique avec sa vague ténue comme un souffle de bébé et puis grimper sur cette drôle de voie de ciment, comme un ancien parcours allemand vers les bunkers de la côte ou une voie romaine. Laisser les cigales de septembre nous accompagner en pensant à une chanson de Joe Dassin. Donc on s’aimera encore lorsque l’amour sera mort, aux Anthenors.
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Alors on regardera les bateaux sans sucer de glaces à l’eau. La saison est finie. Le restaurant “Chez Bernard” est fermé dans la petite calanque Méjean, à la sortie de Toulon. Il fait glacial au bord de l’eau et l’on a soudain la nostalgie de l’été indien. Paris Hilton ne viendra pas comme à Marseille. Ses tenues sexies ne lui permettraient pas de survivre dans cette froidure et puis, pas de boutiques à l’horizon pour le shopping. “Grand Var”, ce n’est pas son style.
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Comme la venelle du Grand Travers à la Grande Motte, la ruelle du Liouquet à la Ciotat ou la descente vers le resto chez Bernard à Toulon, j’aime ces escaliers, ces traboules qui vont vers la mer par des chemins de traverse, des itinéraires détournés et qui vous font surgir face à la mer après l’ombre des figuiers et des murs festonnés. L’escalier de Corbières, au nord de Marseille, qui mène à une plage de galets et une autre de sable est un de mes itinéraires favoris, entre lauriers, pins et odeurs de figuier. Et puis c’est une manière de se souvenir de la fin de l’été indien, d’un 13 octobre à regarder les poissons sous l’eau.
<div><object width=”425″ height=”335″><param name=”movie” value=”http://www.dailymotion.com/swf/2cL9MjSs9Ijk5mZsm”></param><param name=”allowfullscreen” value=”true”></param><embed src=”http://www.dailymotion.com/swf/2cL9MjSs9Ijk5mZsm” type=”application/x-shockwave-flash” width=”425″ height=”335″ allowfullscreen=”true”></embed></object><br /><b><a href=”http://www.dailymotion.com/video/x39fz6_lescalier-de-corbieres_blog”>L’escalier de Corbières</a></b><br /><i>envoyé par <a href=”philippelazarehttp://www.dailymotion.com/philippelazare”>philippelazare</a></i></div>
Le cheval d’Oman
octobre 17, 2007
Il y a des images que l’on rêve de voir et qui apparaissent comme un cadeau. Il devait être 8 h 45 ce mardi sur la plage de Mascate, sultanat d’Oman, devant l’hôtel Intercontinental et j’ai vu un véritable « hippocampe », un cheval des mers. En fait un coursier sans doute vedette des hippodromes qui nageait au large avec son lad sur le d’eau. De loin, on ne voyait que l’énorme tête de la bête qui dominait les vagues et le gilet de sauvetage rouge de l’employé. Moment magique, le cheval avait l’air de s’amuser comme un fou dans l’Océan Indien pendant qu’un de ses collègues faisaient des longueurs sur la plage, étirant ses membres sur le sable. Une folle envie de rester là pour attendre tous les chevaux du monde qui finissent bien un jour ou l’autre par revenir sur le rivage, ne serait-ce que pour récupérer leur serviette et leur ambre solaire.Après ce beau moment équin, j’ai rejoint le troupeau pour aller assister au grand moment: « The day of Shura », le jour du conseil. Le conseil national nommé par sa majesté et le conseil consultatif sont réunis en un parlement d’un jour pour écouter le discours du sultan Qobus qui règne -comme un souverain éclairé- sur ce pays de sable, d’or noir et d’encens. Une cérémonie pour laquelle tous les dignitaires ont sorti leur poignard d’apparat recourbé et leur sur manteau noir légèrement transparent sur la gandoura blanche et de superbes turbans -le rouge est réservé à la famille du sultan. C’est ma foi très seyant. Ils ont tous des barbes parfaitement taillées -je rêve d’aller leur demander la marque de leur tondeuse- et ils se saluent avec un drôle de baiser mi-esquimau, mi bise d’amoureux de maternelle. Face à face, ils se touchent le nez deux fois avec un drôle de bruit. Les ambassadeurs qui ont l’habitude, les journalistes et les hôtes étrangers ne s’en étonnent pas et goûtent le plaisir d’être là, sous les ors et les lustres lourds de la salle du conseil.Chacun s’assoit à la place qui lui a été réservé dans des fauteuils profonds. Au fond de la salle, sous un tableau qui représente une immense carte d’Oman avec les enclaves dans les Emirats Arabes Unis, le bureau encore vides derrière lequel va s’asseoir le sultan Qobus. De chaque côté, un soldat qui ressemble plutôt à un militaire indien qu’à un Omanais. Une rumeur et une grosse voix à la manière de « Le Roi » sous Louis XIV annonce l’arrivée du souverain. Tout le monde se lève. « Salamalekum », lance en toute simplicité le sultan. « Malekumsala » répond en chœur la salle qui a le sens de l’à-propos. On pourrait craindre un discours fleuve à la Castro mais Qobus plie en 14 minutes un discours général sur la nécessité de se développer par la formation et la création d’universités privés notamment. Sur la politique étrangère, il dit qu’il souhaite que la paix règne dans la région et que ses efforts se joindront à tous ceux qui oeuvrent pour cela. Cela ne mange pas de pain. Pas de temps de s’endormir dans les fauteuils. C’est le faste express. A mes côtés, un ancien de l’agence Reuters qui dit aimer la vision du pouvoir et l’odeur de l’encens. Le journalisme rend un peu fou tout de même.
Et puis dans cette ville qui ne cesse de grandir avec de grandes artères où les Omanais roulent comme des fous, j’ai choisi un peu stupidement, comme un Occidental embrumé par le soleil, de marcher vers l’ambassade de France qui est bien sûr au bout du quartier où elles sont toutes installées, en front de mer. Sur la route brûlante, il y avait bien entendu un Mc’Donalds accueillant, lui aussi sorti de mon rêve avec un menu parfait et une salle climatisée à 10°. Et puis j’ai repris ma longue marche de baliseur de nouveaux déserts et à force d’errance, j’ai vu apparaître ce drapeau bleu blanc rouge qui m’a fait chaud au cœur. Bien entendu l’ambassadeur, originaire de Nice, était un parfait arabisant fin connaisseur de toute la région qui m’a noyé d’histoires, de tribus, de jeux d’équilibres entre les branches de la famille du sultan, de routes maritimes entre Oman et Zanzibar, d’alliances qui se sont et se défont, de communautés diverses composant le pays, de pavillons français accordés aux boutres de Mascate par son illustre prédécesseur, le consul Ottavi, qui envoya aussi l’un des premiers trois-mâts de marchandises omanaises vers Marseille, de grandeur et de fragilité. Ah qu’il doit être doux d’être un grand serviteur de la France en exil. Et les chevaux me direz vous, rêvent-ils de houle et de sel plus que de longues lignes droites?
Pour mieux se souvenir de ce pays magique, des images en couleur
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<div><object width=”425″ height=”335″><param name=”movie” value=”http://www.dailymotion.com/swf/sZgPl4UdbuXJz4D6r”></param><param name=”allowfullscreen” value=”true”></param><embed src=”http://www.dailymotion.com/swf/sZgPl4UdbuXJz4D6r” type=”application/x-shockwave-flash” width=”425″ height=”335″ allowfullscreen=”true”></embed></object><br /><b><a href=”http://www.dailymotion.com/video/xnnkb_doman-au-yemen_extreme” mce_href=”http://www.dailymotion.com/video/xnnkb_doman-au-yemen_extreme”>d’Oman au Yémen</a></b><br /><i>envoyé par <a href=”http://www.dailymotion.com/philippelazare” mce_href=”http://www.dailymotion.com/philippelazare”>philippelazare</a></i></div>
Paris Hilton incognito in Marseille
octobre 16, 2007
C’est l’histoire d’une fille tout à fait glamour dans l’anse de Maldormé qui débarque avec ses lunettes noires et son tout petit bikini à la manière d’une Paris Hilton en mal de tapis rouge et de shopping à un million de dollars. Dans la crique, elle met des heures à installer sa serviette et son matelas sur les galets avant de tenter une petite incursion dans l’eau pourtant à 20° et qui revient vite sur sa couche, remet ses lunettes noires, refait son chignon et enlève son soutien-gorge pour participer à la fort belle exposition de seins, naturels et tendance “Nip-tuck” de l’après-midi d’été indien sur la presqu’île de Malmousque à Marseille.
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Une plongée dans le souvenir à Corbières
octobre 14, 2007
Les souvenirs sont comme une descente en apnée très douce dans une mer encore chaude. Comme une nouvelle parenthèse magique en octobre. Dans la calanque de Corbières, au nord de Marseille, après l’Estaque, le bonheur de plonger avec masque et tuba dans une eau transparente et de danser avec les poissons dans l’eau claire. Un samedi d’octobre sous-marin, avec le sable blanc au fond éclairé par les rayons du soleil. Une jolie manière de voir la vie à l’envers, dans une autre dimension, dans une eau à 22° pour ce superbe été indien. J’ai cru que c’était le plus beau des avant-goûts avant la demi-finale de la France…
Et puis des souvenirs en vrac. D’abord, le plus proche, la parenthèse magique de la République Dominicaine et les plongées au tuba au-dessus des récifs artificiels en face de l’hôtel. A sept heures du matin, avec dans la main du pain du buffet du petit-déjeuner, je me retrouvais avec autour de moi une armada à nageoires. Des poissons bleus, des jaunes, des rayés comme le poisson clown du dessin animé, des marioles qui voulaient m’impressionner en se gonflant comme des astres et des milliers d’autres.
Et puis, plus lointain, une autre baignade à Corbières un 4 novembre 2001, à sept heures, au milieu d’un banc de poissons, avec un poulpe joueur, au lendemain de l’anniversaire de Véronique.
Regardons dans le rétro, envoyez les images!
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Un tango de souvenirs à Avignon
octobre 13, 2007
Au croisement des souvenirs et de mes vies, il y a Avignon. J’y ai capté quelques images magiques alors que j’étais avec mon ex, en courant pour aller voir une opérette au théâtre sur la place de l’horloge. Ce jour-là, j’ai vu ce couple parfait qui danse un joli tango sur le parvis du Palais des Papes. Un moment saisi à la volée, quasi miraculeux, alors que la lumière est amoureusement préservée sur les murailles du bâtiment. En les croisant, j’ai pensé à un autre amour qui m’habitait alors et toujours, à ma danseuse, celle qui tourne en moi. J’ai pensé à la difficulté d’être dans le pas de deux, d’être “synchro”. J’ai pensé à la solitude et à la magie des retrouvailles et j’ai compris que tout était fragile mais précieux. Après j’ai appris en montrant cette vidéo que le danseur est le voisin et le locataire d’un autre ex, à Avignon, une fille qui m’a mis à deux genoux et des petits cailloux dans le coeur. Et puis aussi Avignon, c’était la ville d’adolescence de Véronique, mon amour morte qui habitait en face, à Villeneuve-lès-Avignon et dont j’avais une belle photo sur les rives du Pont sur lequel on y danse, on y danse…Allez, envoyez la musique et étourdissons-nous!
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Elle n’a vu que sept jours en 2002
octobre 7, 2007
Deux sentiments contradictoires : la colère en soi, sans doute pour survivre et l’impression, fragile, d’être dans un cocon. Sept jours en 2002 et quelques dizaines d’autres en 2001. L’agonie de ma compagne Véronique au centre de traitement contre le cancer Paoli-Calmettes, à Marseille et puis à la « Maison », à Gardanne. Le film « Ceux qui restent » m’a replongé dans tout cela, dans ces jours hors du temps. D’abord, je me souviens de cette solitude voulue, de cette dureté en moi. Je n’ai pas voulu que ma mère vienne m’aider, me soutenir parce que je croyais qu’elle ne serait que jérémiades, pas utile. Il y avait les amies de Véro, ses parents, juste quelques amis à moi. J’ai l’impression que les miens ne venaient pas à l’hôpital. Juste une fois, une amie avec sa petite fille mais elle était trop bruyante. Je me souviens des soirées à errer dans l’hôpital qui devenait mon domicile. Je connaissais une terrasse qui donnait sur la chaîne de Marseilleveyre. A marcher sur les toits, j’avais l’impression d’être Forest Whitaker dans « Ghost Dog ». Je traînais la nuit et je parlais avec les gitans qui veillaient dans le grand hall avec les femmes comme des baleines endormies sur les canapés. Je prenais des douches à l’hôpital. Je mangeais des gâteaux de fin de ramadan avec les infirmières. J’allais manger seul au « Terroir Corse » et j’avais une grande table pour moi afin d’étaler les journaux. Je travaillais comme un fou. Je crois que je faisais un bon journal, un canard d’urgence. Mais il m’est arrivé de manquer des rendez-vous médicaux importants au côté de Véronique. Parfois, je m’éloignais d’elle. Quand deux amies qui connaissaient ma situation étaient venues me voir à Marseille, le repas du soir dans un resto de la rue Sainte était agréable mais je suis arrivé très tard à Paoli-Calmettes et Véro, qui venait de reprendre conscience, était endormie. Il m’a fallu attendre le lendemain.J’ai toujours pensé que la première réaction humaine était de fuir, très vite. De ne pas vivre cela. Et puis on reste, comme un animal qui veut tenir chaud. J’ai dormi sur le petit lit à côté du sien dans la chambre où il y avait des courants d’air. Je lui ai acheté une peau de loup hors de prix pour qu’elle ait chaud et parce que je pensais que tous ces loups sacrifiés avaient des pouvoirs magiques. Une nuit que j’étais allé faire un match caritatif, je suis rentré et dans un souffle, Véronique m’a dit : « Ils m’ont mis une couche ». Personne ne m’avait prévenu. Elle était même tombée dans la nuit et personne ne me l’avait dit. C’est là que j’ai compris ce qu’était l’hôpital : un retour en enfance et une école d’humiliation. Et surtout la perte de soi. Vous vous dites : j’ai fait l’amour avec Véronique, j’ai aimé être dans son ventre, dans son cul, dans sa bouche, j’ai dormi en cuillère avec elle. Là, elle porte une couche entre les jambes, elle a une cicatrice au sein, un alien qui grossit dans la tête, les cheveux qui sont tombés et elle perd peu à peu la maîtrise de son corps. Je me souviens d’une journée de rires dans les calanques avec Luc et d’autres amis. Une longue marche durant laquelle nous avons raconté les blagues les plus drôles du monde, les pires aussi. Et j’ai dit à un moment que je souhaitais qu’elle meure, que je voulais que cela s’arrête.C’est drôle, j’ai l’impression d’avoir été courageux, d’avoir écrit pour dénoncer la situation des malades à l’hôpital mais au quotidien, il m’est arrivé de m’écraser. De ne pas exiger des infirmières de rester à la fin quand elles faisaient les soins. De ne pas m’engueuler avec les docteurs parce qu’ils rentraient dans la chambre avec leurs étudiants sans demander la permission et alors, particulièrement pour le cancérologue, qu’il n’était jamais allé venu voir Véronique durant son traitement et son agonie. Dans cette immense machine à broyer les gens, à ne pas les respecter, j’ai moi aussi accepté.Je me souviens du jour de sa mort, le 7 janvier. J’étais à Gardanne, à « La Maison «, un lieu de soins palliatifs dans lequel j’avais l’impression d’être l’invité d’une chambre d’hôtes. La nuit, je me réveillais et j’allais parler aux infirmières et aux cuisinières en leur disant : « C’est bizarre, je me sens bien ». J’avais passé la nuit du 6 au 7 à ses côtés, dans un petit lit. Il y avait aussi dans un autre lit Christine, une amie qui m’avait fait rencontré Véro. Le matin, j’étais allé faire un jogging dans les collines de Gardanne, à travers les installations de la mine et de la centrale thermique aussi. A un moment, Christine qui était resté dans la chambre avec un copain, Alex, m’a appelé en disant que Véronique perdait son souffle, qu’il fallait que je vienne vite. J’ai couru, couru, dans les collines et les rues jusqu’à la « Maison ». Quand je suis arrivé dans la chambre, Véronique vivait encore. Il y avait Christine et Alex, un copain. Mais je ne suis pas resté. Je devais diriger une réunion au journal pour réunir les secrétaires de rédaction et les reporters. Afin de faire un bilan du boulot et voir ce qu’on pouvait faire mieux, comment on pouvait mieux se parler et travailler ensemble. A un moment, dans la réunion, un grand reporter très imbu de lui-même et très méprisant a dit que je faisais un « journal indigne ». Peu de temps après, j’ai vu que j’avais eu un appel sur mon portable. C’était Alex, il me disait que Véronique était partie. Sans moi. On peut être courageux, dur et manquer des rendez-vous. Je ne sais pas si la réunion était plus importante que quelques minutes de vie. Deux copains m’ont conduit en voiture à Gardanne. Après, il y a eu la famille et le reste. Et dans ma main, la main de mon beau-fils Mathias qui la serre, assis dans une voiture à l’écart.