Pensées éparpillées
septembre 29, 2007
Ces jours-ci, j’ai pensé à Méliès à cause de la lune pleine. Je revoyais dans ses petits films d’animation la fusée plantée dans l’astre nocturne. J’ai pensé à cette lumière lunaire étrange qui éclaire les pièces. J’ai repensé à ces dessins que font les lumières extérieures et les phares lorsqu’ils sont tronçonnés par des volets. C’était des pensées d’insomnies, des pensées de douceur volée.
J’ai pensé aussi que cela faisait longtemps que je n’avais pas eu une conversation nocturne forte et paisible. J’ai pensé à une matinée dans un café à San Francisco où j’écrivais des lettres et où un consommateur âgée qui ressemblait à un acteur black m’a dit “Are you a writer?”. Dans son quartier, dans les cafés, cela devait être banal.
J’ai pensé à une cour de récré à Marseille où je protégeais mon frère Christian des crachats des autres gamins qui nous tournaient autour. Nous arrivions de Lyon et à Marseille, notre accent faisait tache.
J’ai pensé à la première fille que j’ai embrassé. Elle s’appelait Nathalie, c’était dans un poste de chasse à La Gabelle, Monieux, Vaucluse et les choses ensuite ne se sont pas déroulées comme prévues.
J’ai pensé que le jour de la mort de Pompidou, je suis allé au Géant Casino de la Valentine avec mes parents et que je pensais qu’il n’y aurait même pas de musique dans les rayons en signe de deuil.
J’ai pensé que Marie-Jeanne qui m’a dépucelé -avec quelques difficultés- jouait du piano, qu’elle m’apprenait la lettre à Elise, que son père travaillait aux dattes et se biturait à la bière et que sa mère me faisait des rouleaux de printemps par brassées.
J’ai pensé qu’un jour, à un arrêt de bus un jour de grève alors qu’à 17 ans, je sortais de chez Marie-Jeanne, une dame d’un certan âge, qui habitait ma cité à Montolivet m’a dragué et m’a proposé de prendre un taxi pour rentrer. Elle lui a dit de passer d’abord chez elle et, comme un con, je lui ai dit au-revoir au lieu de monter chez elle. Je ne l’ai jamais revu.
J’ai pensé qu’une nuit, j’ai fait le mariole à la table de Depardieu et Villeret qui étaient bourrés tous les deux.
J’ai pensé que dans un autre resto, en attendant des amis, j’ai parlé de loin à une fille en lui disant qu’elle ressemblait à Julie Gayet alors que c’était elle.
J’ai pensé à des réunions de cellule très secrètes quand j’étais à l’Organisation Communiste Internationaliste -comme Jospin- et que j’apprenais l’histoire avec eux.
J’ai pensé qu’un jour j’ai pris l’ascenseur avec Pelé dont je lisais l’histoire quand j’étais minot.
J’ai pensé que le jour de la victoire de l’équipe de France en coupe du monde de foot, en 1998, j’ai fait une belle déclaration d’amour au téléphone à la fille, dans le boucan du Stade de France.