Le souvenir somnabule

septembre 26, 2007

Je rentre du cinéma où j’ai vu, dans un curieux état de somnambulisme, un superbe film : “Une jeunesse chinoise”. Il est rare qu’un film s’imprègne en moi mais c’est le cas. Ce film me raconte son histoire et c’est aussi la mienne. Il me parle du désir, d’un ventre que je veux remplir et de la perte. Il me parle d’un corps qui est différent du mien et qui pourtant est mien. Il me parle du sexe comme le seul moyen de dialogue possible et du monde qui ne cesse de séparer ceux qui s’aiment. Il me parle de la confiance et de l’abandon. Il me parle de la peur et de la distance. Il me parle des gens qui se rencontrent et qui se ratent. Il me parle des traces, des cicatrices que l’autre laisse en vous, des papillons tatoués.

J’ai écouté la voix off de la fille qui raconte son histoire comme si elle me racontait la mienne. Comment peux-t-on s’accaparer le destin d’une villageoise chinoise qui part étudier à Pékin et tombe amoureuse d’un sosie de Bruce Lee ? Petit dragon, quels sont ces tatouages que tu n’as nul envie d’effacer? A un moment, il y a une citation sur une ombre qui l’accompagne, sur ce air d’été qui est l’amour.

Voilà, je sais qu’elle est en moi, comme un petit fantôme bienveillant. Je sais aussi qu’il m’est arrivé de ne pas dire mon choix, de ne pas dire “je veux, j’aimerais que tu le gardes”. Je sais que le bonheur n’efface pas la douleur. Je sais qu’il y en moi des peurs comme des petits crabes et des paroles qui restent au fond de la gorge. J’ai un grand répertoire de mots et une encyclopédie de silences. Je sais que le manque est là, comme un partenaire que je n’aime pas. Je voudrais de la simplicité, de la douceur et l’odeur de sa peau. L’odeur de “Infinité du bois”‘, que j’ai rachetée, comme un talisman. Je sais que je pourrais passer ma vie entre ses seins, à contempler chaque grain de peau. Ce ne serait pas raisonnable mais ce serait beau.

Je sais que la vie est précieuse et qu’elle est douée pour le bonheur. Je pense que je vais me perfectionner dans le domaine. En conservant, en dehors de la salle de cinéma, cet état de somnambulisme heureux et tendre.

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