De la mystique en politique

septembre 26, 2007

Le 30 avril dernier, j’avais écrit cela, un peu étonné du débarquement en force de la mystique ou du discours religieux en politique :

“Les Français, qui vont élire dimanche le nouveau Président, pensent qu’il ou elle va diriger une République laïque où la religion relève de la sphère privée. Cependant, jamais le discours mystique n’aura autant occupé les tribunes politiques. Ainsi, Nicolas Sarkozy annonce que, s’il est élu, il ne passera pas directement de la campagne électorale à l’Élysée mais effectuera une sorte de retraite, loin du fracas du monde pour “prendre du recul”, “se retrouver” et “habiter la fonction que les Français lui auront confiée”.

Peut-être le moine-soldat de l’UMP choisira-t-il l’abbaye de Frigolet près d’Eygalières, le village où il a ses habitudes. Il ajoute même “la politique m’a choisi”. Ségolène Royal est sur le même registre lorsqu’au soir du premier tour, avant de prononcer son discours, elle “entre en elle-même”, “en méditation” selon un proche, pour préparer son appel au centre. Au point que la madone de la gauche semblait absente du texte qu’elle prononçait devant les caméras.Il est vrai que les deux candidats, qui rénovent la politique en exposant leur foi en eux-mêmes et en la France, se situent dans une tradition présidentielle.

Jacques Chirac, qui jadis considéra Nicolas Sarkozy comme un Judas avant de l’adouber et d’en faire son disciple turbulent, ne confie-t-il pas dans l’”Inconnu de l’Élysée”, de Pierre Péan, que sa passion pour les arts et les peuples premiers est aussi une recherche du sens de la vie. Il avoue même, après avoir oublié la retenue élyséenne, être fasciné par le chamanisme.

Et qui a oublié les derniers voeux de François Mitterrand, le 31décembre 1994, et son étonnante confession: “Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas”. Alors, à l’aube du 7e jour avant le paradis ou l’enfer pour eux — un dimanche de Sainte Prudence — il est finalement naturel que le destin d’un homme ou d’une femme qui veut diriger la France se vive comme une mission. Avec des valeurs scandées comme des incantations plus que des programmes. Et n’est-il pas naturel que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy croient en eux pour devenir l’Élu(e)?”

Franchement, est-ce que vous pensez que les choses ont changé? Quand Ségolène Royal, attaquée par Lionel Jospin, le Jésus ermite aux cheveux blanchis, s’exclame : “Pardonnez-leur, Mon Dieu, car ils ne savent pas ce qu’ils font! ” ou “Si j’étais Jeanne d’Arc, ils m’auraient déjà brûlée.” C’est le retour de la madonne des sondages. On nage en plein délire religieux. Et le discours de Sarkozy n’y échappe pas, fait d’imprécations, d’appels au destin commun. Il prêche à la tribune devant les fonctionnaires ou les journalistes de l’actualité sociale comme un Billy Graham devant les fidèles de la télé évangéliste. Il répète volontiers : “Je crois” et fait de la France une divinité. En fait, le mot est là : l’homme et la femme politique d’aujourd’hui ne doit pas convaincre, il doit évangéliser. Et persuader les fidèles de le suivre, même si la route paraît périlleuse et les incroyants nombreux. Amen!

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