Un souvenir dominicain

juillet 24, 2007

La pluie d’été chaude sur la plage de Canoa, cette découverte incroyable d’un orage sous lequel on peut marcher et continuer à nager, le souvenir très sonore de cette averse de mousson entendue naguère dans le film « L’amant » de Jean-Jacques Annaud. Le faux phare rayé comme une cabine de plage bretonne, la jeune Belge effarouchée parce qu’elle n’a pas le bracelet de l’hôtel et qui attend son mec moniteur de plongée, son rire tintant, l’Iberostar Hacienda Dominicus avec ses tentes blanches sur la mer, l’orage donc qui fait fuir tout le monde, l’impression bizarre de manger et boire sans rien payer dans mon hôtel « All inclusive » -avec le risque de partir sans payer d’un restaurant en rentrant en France, la découverte merveilleuse de ce livre italien : « La douceur des hommes ». Ils savent décidément parler d’amour et du temps entre parenthèses. Le bonheur de partager du temps avec ce couple drôle et enjôleur, Victor et Audrey (un Chilien et une Tahitienne, j’adore cet accord), le Toulousain hâbleur qui invente de faux souvenirs terrifiants pour améliorer ses vacances, les récifs artificiels avec plein de poissons, la danseuse électrique qui remue incroyablement vite le cul, le souvenir d’une fille blonde en regardant le témoignage d’une actrice porno nature, le souvenir d’autres plages, du cheval dans la mer, de Bali et des mariachis, de mes premières baignades dans l’Etang de Berre, des images de Mao Tse Toung qui se baigne. La chienne des îles avec tous ses petits qui reniflaient partout dans le ranch près de Higuey, le Rio Chavon et sa centrale hydroélectrique au pied de laquelle les enfants se baignent, la route qui fait comme une coupure dans une montagne crayeuse –comme le canal de Corinthe en Grèce-, la folie des conducteurs, les bus remplis de touristes qui font la course sur la route et se rabattent au dernier moment face aux véhicules dans l’autre sens, les rues bruissantes et colorées de La Romana, les scooters qui servent de transports collectifs avec quatre personnes dessus, la viande qui sèche, « boucanne » au soleil, étendue comme du linge, la folle cathédrale en béton de Higuey, « Nuestra Senora de la Altagracia » construite à partir de 1947 par deux Français, Dunoyer de Segonzac et Dupré, qui avaient gagné un concours international d’architecture lancé par les Dominicains pour constuire ce qui allait devenir le principal lieu de culte du pays. Les petits hérons blancs, les « garsas » qui mendient au petit déjeuner, les cabanes, les boutiques et les maisons aux couleurs vives, l’Anamuya, un torrent de montagne aussi chaud que la mer avec sa piscine naturelle et ses falaises où a été tourné le nouveau « King-Kong ». Ne pas oublier la dame des toilettes publiques de Bayahibe qui tend un rouleau de PQ et se replonge dans son livre de la collection Arlequin. Se souvenir comme un gimmick des pseudo-guides qui, chaque fois que l’on rentre dans un monument et qu’ils comprennent que l’on est français, s’exclament : « Oh, là, là ». Ou de ces visites guidées où le guide, pour désigner le groupe parle d’une « famille ». J’étais ainsi membre de la « famiglia andrea », du prénom du colosse d’origine italienne qui nous faisait découvrir Santo Domingo. Garder en mémoire le défilé « haute couture » du repas du soir où les femmes et les hommes, comme dans les croisières, font assaut d’élégance tropicale. Ne pas oublier les seins portés haut d’une Espagnole au magnifique port de tête.

Revoir les camions à plateau sur lesquelles s’entassent les Haïtiens coupeurs de canne à sucre payés trois dollars la tonne. Les bidonvilles au milieu des immenses plantations. Les maisons des familles pauvres, toujours colorées.

La traversée jusqu’à l’île Catalina sur un catamaran avec de la salsa et de la bachata à fond et de la « vitamine » (rhum et sprite ou coca) qui coule à flots. Une fille avec un tatouage représentant les traces de pattes de son chien « Baccardi » quand il était petit. Ma « longue » traversée depuis le catamaran ancré à quelques centaines de mètres de Catalina, jusqu’à la plage de l’île. Ce bonheur de nager au large et de se dire qu’on est quelques minutes une sorte de Robinson et que finalement, on est en forme. Même si on guette la remontée du fond qui annonce la grève. La dernière baignade avec les poissons et la rencontre avec un petit Nemo. Le manioc que l’on déguste dans la cour intérieure d’un restaurant et surtout une sorte de gâteau de semoule en dessert avec de la cannelle et de la noix de coco. Le serveur qui, gentiment, nous écrit la recette en espagnol. Les crises de nerfs quand internet rame et qu’on ne peut envoyer de longues vidéos. Cette étrange évolution qui nous donne envie de témoigner immédiatement par l’image et le texte(o), de « peaudechagriner » le temps.

Sur les autoroutes « deux fois quatre voies » séparées par des murets centraux, des brèches creusées dans le béton et où des piétons et des motocyclistes fous passent pour se jeter dans le trafic. Les feux rouges qui sont là « pour la décoration », comme le dit le guide Andrea. La maison de Christophe Colomb et son portrait d’un roi d’Espagne dont le regard, comme celui de la Joconde, semble vous suivre. Toujours à San Domingo, l’incroyable monument pour le 500e anniversaire de la découverte de la République Dominicaine par Christophe Colomb. Les habitants et les guides le détestent. J’adore cette croix de béton qui ressemble à un vaisseau spatial du « 5e élément » ou d’un film d’Enki Bilal.

L’odeur d’ammoniac dans la pièce où « mûrissent » les cigares. Le congélateur où on les place pour tuer le parasite qui peut les dévorer. La surprise de ne plus entendre de salsa ou de bachata dans l’avion du retour. Ma photo en train de téléphoner avec les filles à fruits sur la tête prise à l’arrivée à l’aéroport de Punta Cana et découverte avant le vol retour. Comme je n’avais pas cinq dollars, je l’ai abandonnée là. Quel est le destin de ces clichés orphelins ?