- Ne jamais garder la tête sous l'eau, respirer et repartir
Ca va faire un peu prétentieux ou macho mais j’ai vécu des superbes échecs sentimentaux, un vrai argument pour yiddish blues. J’ai donc connu :
-Deux ruptures le même jour dont une par téléphone et l’autre en live à cause d’une photo d’ange en culotte en fond d’écran de mon ordi.
- Une fille qui m’a viré de chez elle après m’y avoir invité à passer le week-end parce que “décidément on était pas fait l’un pour l’autre et qu’on était plus amoureux” après que j’ai demandé une cuillère à son gamin.
- La cuisinière du restaurant où j’allais régulièrement et dont j’étais tombé amoureux qui a tout arrêté au bout de la deuxième nuit parce que je n’étais pas allé la chercher à la fin de son service alors qu’elle habite à cent mètres de chez moi.
- Une ex dont le nouveau mec était obsédé par moi. Au lieu de profiter du délicieux corps de cette joliment ronde et blonde jeune femme, il m’envoyait des textos très cul en se faisant passer pour elle, toujours fou de jalousie, en espérant que je la relance - ce que je n’ai pas manqué de faire, pensant que les “sextos” étaient d’elles et qu’elle m’en avait envoyé plusieurs dont un que la décence et la modestie m’interdit d’écrire - pour avoir de vraies bonnes raisons d’être jaloux.
- Une autre avec laquelle un week-end dans les Alpilles a tourné court le premier soir à cause d’un cadeau non apprécié. Dans la voiture, elle m’a ensuite raconté qu’elle voyait régulièrement un prêtre qui l’aidait à faire le point dans sa vie. Qu’elle aille dans la paix du Seigneur.
- Une très ancienne dont j’ai lu un jour le journal intime et qui disait de moi : “Philippe est brutal et vulgaire”. Ca refroidit un peu.
Mais il y a eu aussi - Dieu merci après ces épreuves- quelques belles réussites.
Il faut parler du début des histoires, du moment où le sourire te dit oui.
De l’été, du bonheur, de mes 47 ans, des ados et de la night
juillet 29, 2008
Dans une autre boîte, le “Rancho”, j’ai pensé à la confusion des désirs et des sentiments. Ce lundi-là, les familles sortaient avec leurs ados et les filles de quatorze ans avaient l’air d’en avoir vingt-deux et d’ailleurs, on s’y perdait dans les comptes. On était un petit peu jaloux de leur énergie et de leur beauté, particulièrement d’un couple singulier formé par un gamine incroyablement belle avec un micro-short blanc et une tunique rose qui se frottait avec une immense élégance contre son immense amie aux seins de bakélite qui remontait sans cesse son haut récalcitrant. Avec un tas de gamins autour d’elles qui participaient à la fête mais devaient souffrir le martyre. Nous avons dansé sur du Christophe Mahé et du Mika -mais oui ! - et nous sommes partis même si je pouvais faire passer mes deux cops pour mes deux enfants -privilège du quadragénaire qui a fêté ses 47 ans- car parfois il faut savoir se situer dans le temps et éviter toute poursuite.
Les ados sont incroyables, comme ceux que nous avons croisé juste avant la boîte. Derrière nous, une table où deux garçons étaient entourés de six filles. Ils parlaient en gloussant de cunnilingus, des pratiques sexuelles d’une fille que les gamines n’aimaient pas. En s’excusant de parler trop fort. Mais cela ne nous dérangeait guère. Et puis les filles, petites lianes fines et belles, se sont levées et, d’une démarche rendue hésitante par le rosé, sont partis dans une farandoles en nous disant que ce soir, les garçons avaient le droit d’aller en boîte mais pas elles. Filles et garçons s’appelaient Harold et Alix et de pleins d’autres prénoms très classieux. J’ai eu un peu peur pour les filles qui rentraient à pied et j’ai dit aux garçons de les accompagner avant d’aller au “Rancho”.
Et puis, comme un éclair que l’on attend pas, un éblouissement nous a frappé au Patio, un bar de nuit très classieux sur une petite place comme un huis-clos à Porto-Vecchio. Un éclair nommé Saveria.
Parce que l’air après son passage gracieux conserve sans doute son empreinte.
Parce que Saveria donne un âme à cet incroyable lieu en plein air qu’est le “Patio”.
Parce qu’elle pourrait être la “Poca-Hôtesse”, personnage de Disney dont nous serions amoureux avec la gravité et la légèreté des enfants, en nous lançant sans peur dans des aventures singulières comme “Les Indiens arrivent sur la plage de Palombaggia et s’installent à la paillote”.
Parce qu’elle évolue avec grâce et légèreté dans le carré magique où sont installées les tables entre les maisons corses.
Parce qu’on la regarde passer en se disant qu’on avait rien connu de la vie avant et que cela va être un brise-coeur de quitter la Corse.
Parce qu’elle porte un superbe prénom corse.
Parce qu’elle en parle de sa voix douce et inimitable -qui vous fait penser que vous passeriez bien votre vie au coin du feu dans la vallée de la Tartajine avec elle- en expliquant que ce n’est pas le féminin de Sauveur, mais la version corse de Xavière.
Parce qu’elle place avec autorité mais gentillesse les gens qui arrivent en se grattant la tête.
Parce qu’elle nous a donné une des meilleures tables pour regarder les filles en tunique d’été et avec des dos nus que n’aurait pas renié Mireille Darc.
Parce qu’elle est belle et maligne et douce et forte sans doute.
Parce qu’elle a sûrement cette manière de traverser quand elle s’en va chez le boucher de son village, dans la montagne (spéciale décidace à Pierre Bachelet).
Parce qu’elle sourit avec indulgence quand on lui dit qu’on va créer un club de fans d’elle sur Facebook (ceux qui sont fans de Saveria, la “Poca Hôtesse” du Patio, à Porto-Vecchio) et qu’elle est un peu flattée.
Parce qu’elle le vaut bien.
Parce que.
Nanard l’unique
juillet 13, 2008
Et ce n’est pas la moindre des ironies de voir Bernard Tapie faire son grand retour sur la scène médiatique à l’occasion de sa victoire sur le Crédit Lyonnais au moment où Patrick Poivre d’Arvor la quitte en tirant contraint et forcé sa révérence au 20 heures. Comme si le temps de l’un était révolu alors que le destin de l’autre semblait de renaître toujours. Cela aurait fait un impayable dialogue entre les marionnettes stars des Guignols :
“-Alors, Bernard Tapie, heureux après cet arbitrage en votre faveur ?
- Salut bonhomme, tu rigoles ou quoi ? Il plane carrément le Nanard. 295 patates, ça vous remplume un mecton. Désolé pour toi, qui est plutôt dans la déprime mais moi je plane avec mes burnes en or. C’est ça les mecs qui en ont dans le calcifs, ils finissent par gagner à la dernière minute. Laisse-moi profiter.
-Et vous allez en faire quoi ?
-Donne-moi le temps mon PPD. J’te demande pas dans quoi tu vas investir tes indems de TF1. Mais je me vois bien monter un club à Paris pour faire la nique à Villeneuve et à son PSG de nains de jardin. Moi je rêve d’un vrai championnat pas de l’espèce de concours de baby-foot que Canal + nous vend comme une Coupe du Monde chaque semaine.
Mais le duo magique est au placard. Il reste Bernard Tapie l’unique, le chat aux sept vies pour une incroyable dramatique télé : “Nanard, le retour”. Le Comte de Monte-Christo est un petit joueur comparé au destin de l’ex-président de l’OM, ex-chef d’entreprise, ex-dirigeant de l’équipe cycliste la Vie Claire, ex-ministre, ex-chanteur, ex-détenu et désormais comédien. Quatorze années de combat judiciaire et une conclusion qui voit enfin reconnaître le fait qu’il martelait depuis des années : le Crédit Lyonnais l’a floué dans l’opération de vente et de revente d’Adidas. Bernard Tapie n’avait jamais lâché prise dans ce combat qui était aussi celui de l’opération financière de sa vie réalisée en 1990 quand il présidait l’OM d’une main de fer.
On peut ne pas aimer le personnage, on peut se dire qu’il est le symbole d’une France des flambeurs qui vivait sur le dos des entreprises en faillite mais les faits sont là : Nanard va jusqu’au bout de ses combats. Il a gagné son bras de fer contre le Consortium de Réalisation qui gère le passif du Crédit Lyonnais à l’américaine, après de nombreux recours. Et il n’a pas tort lorsqu’il dit, avec emphase, que les Français se retrouvent en lui, eux qui voient souvent les banques les écraser à la moindre incartade sur leur compte.
Bernard Tapie avance encore, comme dans la pub sur les piles Duracell où n’avait pas craint de se mettre en scène. Personnage tout à la fois brut de décoffrage et mettant toute son énergie à vivre son destin, il est une sorte de double singulier du Président Sarkozy, qui a lui aussi connu quelques revers de fortune avant d’accéder à la fonction suprême. Et qui a eu lui aussi sa période bling-bling et Rollex avant de faire, comme Nanard, dans la sobriété efficace. Comme lui, le chet de l’Etat est capable d’utiliser et d’essorer ses plus proches collaborateurs avant de s’en défaire. Il ne supporte aucun obstacle et bouscule habitutes et contraintes pour parvenir à ses fins. Et tous deux, même si Tapie a sans doute l’insulte encore plus fleurie, sont capables d’user d’un langage viril.
Sacré Bernard ! S’il lui reste quelques pépettes après le règlement de ses dettes, nombre de supporters de l’OM rêvent de le voir racheter le club et revenir à sa tête.
Maldives, Baros, luxe, calme et volupté sous-marine
juin 26, 2008
Finalement, c’est quoi le luxe, cette volupté quotidienne qui vous éloigne de l’ordinaire ?
Un repas gastronomique ? Un vol en classe affaires avec un thé servi dans un théière en argent et une serviette avec une boutonnière pour l’accrocher à votre chemise ? Une montre Panerai ? Un lit à baldaquin ? L’oubli de ses bagages qui vous accompagnent miraculeusement sans la moindre goutte de sueur ? Des petites serviettes rafraîchissantes que l’on vous tend à tout moment ? Un bateau rapide qui vous amène directement de l’aéroport à votre île-hôtel, Baros, à l’ouest de Male ? Une masseuse qui vous sussure : « Every thing ok for you » ? Prendre une douche chaude dans une salle de bain extérieure alors qu’il pleut ?
Non, tout cela, ce sont les privilèges. Le vrai luxe, c’est se réveiller à l’aube aux Maldives, ouvrir la baie de sa chambre, enfiler un maillot, mettre masque et tuba, marcher trois mètres sur le sable blanc vers le lagon, se laisser glisser dans l’eau chaude et claire, nager sans faire de bruit vers les coraux et la brèche de la digue pour aller au dessus du « tombant », vers ce gouffre qui s’ouvre à 100 mètres de la plage et où des milliers de poissons multicolores tournent dans les rayons qui percent la surface. Là, respirer doucement, rester immobile entre deux eaux et jouir du moment tout autant que du spectacle. Se sentir luxueusement ailleurs, se laisser envahir par l’ivresse des profondeurs, renouer avec un rêve d’enfant : être au milieu d’un aquarium géant. Voici venir le chirurgien qui grignote les coraux, l’ »oriental sweet lips » ou « diagramme oriental » jaune pétard avec ses rayures et ses points qui n’aura pas le prix de l’harmonie mais qui fait son effet avec sa robe de couturier sous acide, un balliste mauve qui joue à nager penché sur le côté, des gobies de toutes les couleurs sur le corail, des murènes tachetés sous les rochers et des requins d’un mètre cinquante qui patrouillent à la limite du plateau. Oublier toute crainte, l’heure, la vie, la surface pour rester là au spectacle. Et puis rentrer doucement vers la plage en regardant des petits barracudas et des poissons-flûtes qui nagent juste sous la surface. Regarder les photos et les vidéos captées par sa Sanyo étanche de sa sortie sous-marine et son Vivitar avec boitier étanche à 15 mètres pour revivre son bonheur d’eau salée et de grand spectacle, s’en emplir. Y retourner le matin, le soir, la nuit pour boire tout l’Océan indien et ses poissons et envoyer par mail ses trésors chamarrés à ses amis – parce que le luxe, c’est peut-être aussi d’avoir le wi-fi dans sa chambre, au-milieu de nulle part- pour qu’ils dansent avec vous et les poissons-clowns. Un bonheur maldivien, luxueusement maldivien.
Générique de fin
juin 20, 2008
Etre léger et feindre l’indifférence, comme dans une leçon d’Aubade. Aimer les terrasses, les filles qui passent, mutines. Se délecter d’un petit-déjeuner en compagnie d’une plus qu’amie dans un joli bar, avec une conversation joliment sur le fil de la séduction ou du moins dans un espace commun qui fait aimer la vie, avec une sensibilité un peu semblable.
Dans l’après-midi, à l’heure de thé, au café Delmas, place de la Contrescarpe, une autre histoire. Pouvoir voir venir vers soi une femme inscrite sur et sous ma peau, comme une belle cicatrice. La découvrir dans un nouvel état, magnifiquement enceinte, et ne pas en être blessé mais heureux. Heureux pour elle. Laisser là les pensées sur le fait que l’on est rarement synchro avec son amour, qu’on laisse passer des trains. Parler avec elle de tout et de rien, de danse, de vidéo, du prix du thé, de football et même de Sarkozy, de l’actualité mais pas de nous, surtout.
Lui dire avec un faux détachement cette phrase-cliché : “C’est pour quand”. Ce sera pour octobre et c’est un garçon. Question stupide : “Tu as pensé à un prénom ?”. Se trouver donc assis face à face au “Delmas”, place de la Contrescarpe, entouré de touristes et se sentir un peu en zone d’embarquement, voyageur en instance, derniers instants avec une personne qui vole vers ailleurs et qui vous a bâti, démoli, reconstruit, puzzlelisé, sans doute comme des dizaines d’autres mais plutôt comme un travail sourd, permanent, secret, persistant, avec une autre vie qui se déroulait en même temps. Se dire qu’il faut aimer son parfum : “Féminité du bois”. Se demander quelle mère elle sera. Ne pas avoir une pensée pour le père. D’ailleurs, s’apercevoir au bout de presqu’une heure qu’elle ne me parle pas de lui. Avec cette délicatesse qu’ont les femmes pour ne pas fourrailler dans les plaies. Et aussi parce que je ne lui demande rien sur le coproducteur de son oeuvre en instance. Ne tout de même pas être masochiste ou lèche.
Etre léger et feindre le “même pas mal”. La regarder bouger différemment. Acquieser lorsqu’elle dit qu’elle se sent animale dans son état. La regarder se lever, la regarder sortir avec moi, regretter qu’il n’y ait pas de ralenti dans la vie normale. L’embrasser sur les joues et dire une autre phrase cliché - la situation l’exige parfois - “Prends soin de toi et de lui”.. Marcher sur la place de la Contrescarpe et me retourner pour la regarder s’éloigner dans une rue, Me retourner encore une fois en souhaitant ne pas me changer en statue de sel. Et puis marcher à grandes enjambées en souriant. Ecrire le mot fin. Parce qu’elle le vaut bien. Parce qu’il le faut bien. Si tu veux être heureux, sois-le.
Eh oui, c’est ça la vie
mai 12, 2008
Bien sûr, il y a des centaines de chaînes sur le câble. Mais le hasard a ses raisons. Hier soir, après une journée à traînailler, je suis tombé sur “C’est la vie”, de Jean-Pierre Améris, un film qui raconte le quotidien de “La Maison” à Gardanne, où sont accueillis les malades en fin de vie, ou en rémission. C’est le dernier film que j’ai vu avec Véronique avant qu’elle retombe malade, que son cancer du sein se généralise. “La Maison”, c’est aussi l’endroit où elle est morte, plutôt paisiblement, un matin où j’étais allé à une réunion à la con. Je n’étais pas là. C’est fou, c’est comme si elle était entré dans le film. Je me souviens que je me sentais étonnament bien dans cet endroit, après l’hôpital. Comme si nous étions dans une chambre d’hôte. En plus, ce film est très doux, avec Jacques Dutronc et Sandrine Bonnaire et un super jolie scène de karaoké où il fait semblant de mal chanter “Mon manège à moi” et où elle est délicieuse. Et puis il l’emmène au ciel dans son avion parce qu’il veut tout faire avant de mourir, se sentir vivant, jouir de la lumière et du paysage. J’adore le sourire de Sandrine Bonnaire depuis son premier film, “A nos amours”. Et puis elle est parfaite quand elle l’engueule. Je ne vais pas raconter le film. Juste faire partager cette impression étonnante de retrouvailles, de repartage. C’est plutôt bien de penser à elle ainsi, de revoir les rochers de Cadaquès, de se dire que la vie est faite pour être vécu fortement, sans calcul.
Jeunesse enfuie, nostalgie protectrice
mai 5, 2008
-
Désolé, mais là vraiment, je sature. Je craque quand j’entends que Nicolas Sarkozy est plus un sujet de conversation qu’un président. J’en ai assez du mot bling-bling, des bilans qui parlent de l’image Sarkozy et à peine de réalité. J’en ai assez des anniversaires présidentiels célébrés à répétition et de tous les commentaires sur “le culte de Narcisse”. Ce n’est pas de l’actu, c’est du gimmick. Je ne parviens pas à trouver le chef de l’Etat sympathique mais la rengaine médiatique ne sonne plus juste à mon oreille. Je bloque sur les sondages qui répètent tous la même chose et sur les analyses portant sur un cinquième de mandat de chef de l’Etat qui rejouent encore la soirée au “Fouquet’s” et le yacht à Malte. Comme une envie d’autre chose sur la politique, sur le quotidien des Français, sur les questions qu’ils se posent sur leur quotidien. Au secours, j’ai besoin d’air, d’autre chose !
Alors voilà, apprendre au détour d’un flash la mort à 89 ans de Lucien Jeunesse, l’animateur durant trente ans du “Jeu des 1000 francs” sur France Inter. Le bonheur de prononcer de nouveau le mot “franc”. Réentendre “Chers amis, bonjour” et le “Bonjour” du public en réponse. Se souvenir d’un enregistrement un jour au théâtre Bompard, à Marseille où j’avais découvert sa manière théâtrale d’accueillir le public “en vrai”. Il avait fait refaire son “Bonjour” au public et où il s’était gentiment moqué de moi parce que je participais pas. Sacrilège ! Penser avec nostalgie à la spécificité de ce jeu. Il redessinait jour après jour la géographie de la France, d’un pays réel et rural où chaque commune compte. Rendez-vous de salle des fêtes et de hall d’hôtel de ville.
Il nous faisait penser à cette culture fourre-tout à laquelle nous trouvons souvent du charme. Une encyclopédie pour repas en famille. Parce que notre mémoire fonctionne comme cela. Elle retient les anciens comptoirs coloniaux de la France (Chandernagor…), la chanson des supporters des Verts (”Qui c’est les plus forts…”), le nom des châteaux de la Loire (Chambord…), les paroles de “Du côte de chez Swann” (”On oublie l’air un peu trop sûr de soi…”), le détail d’un discours de De Gaulle (”Marcheramo la mano en la mano…”), l’apostrophe inventée par notre imaginaire de Marchais à Elkabbach (”Taisez-vous…), la capitale de la Mongolie extérieure (Oulan-Batour), une citation de Napoléon sur la Chine (”Quand la Chine… ) et un procédé mnémotechnique concernant le nombre 3,14116 (zut, j’ai oublié ! “).
Nous n’avons pas tous les jours l’occasion d’être candidat du “Jeu des 1000 euros” - il est désormais présenté par Louis Bozon- mais tout ce fourbi intellectuel et sentimental, ce grenier dessiné par quelques rais de lumière, nous rassure, comme un cortège d’amis familiers. Alors, “Chers amis au revoir”. Lucien est parti. Le souvenir fugace de son apparition dans une pub pour une “convention-obsèques”. Son patronyme nous avait fait croire qu’il était éternel.Et puis Lucien Jeunesse a inspiré un superbe film de Patrice Leconte : “Tandem” avec Jean Rochefort et Gérard Jugnot. Rochefort incarnait avec superbe un animateur lâché par sa station qui ne veut pas vieillir même s’il n’était pas dupe de sa “célébrité”. C’était une belle parabole sur la solitude masculine.
Le petit carillon de la vie joué au xylophone s’est arrêté pour Monsieur Lucien. Jeunesse enfuie. Encore une fois, c’est un peu la nôtre.









