Double mort à la une
juin 28, 2009

Un titre à la une qui en chasse un autre, une vie qui en cache une autre
L’information en deuil ? Que nenni ! La grande machine du destin, qui devient celle de l’info, reproduit encore une de ses drôles de constantes : les morts en double, la doublette funéraire.
Expliquons-nous. Très souvent, un décès de célébrité peut en cacher un autre. On va se souvenir que le 25 juin 2009, Michaël Jackson a fait son dernier pas de “Moonwalk” et on oubliera en partie que Farrah Fawcett, cette superbe “Drôle de Dame” a vu l’écran s’éteindre le même jour après avoir, pour témoigner, filmé son agonie car elle était rongée par un cancer du colon.
Ce couple de hasard ne fonctionne donc pas à égalité. C’est la loi du genre : une grande star en efface une autre, un peu moins connue ou tout au moins dont le décès est survenu plus tôt dans la journée.
Il faut se souvenir qu’Edith Piaf a ainsi, en mourant le 11 octobre 1963, effaça en partie le décès de son ami écrivain et cinéaste Jean Cocteau, quelques heures après. A l’époque, un officiel parla pourtant de “double deuil national”.
Plus près de nous, les journaux durent encore bouleverser leur “une” en quelques heures. C’était le 14 septembre 1982. Nous étions passés de la mort de Bashir Gemayel, président de la République Libanaise, assassiné sans avoir prêté serment au décès qui bouleversa le monde de Grace Kelly, dans un accident de la route. Alors qu’elle avait été, semble-t-il, victime d’un accident vasculo-cérébral, sa Rover P6 à moteur V8 quitta la route départementale dans un lacet à Cap d’Ail et dévala une pente à-pic pour s’immobiliser sur le parking d’une villa 50 mètres en contre-bas. Elle décéda des suites des blessures de cet accident au Centre Hospitalier Princesse Grace. La princesse Stéphanie qui l’accompagnait fut sérieusement blessée. Il y eut une polémique pour savoir qui exactement – de Grace ou de Stéphanie – conduisait la Rover, mais il semble certain que c’était la princesse qui était au volant. Le monde entier, bien avant la mort sous le pont de l’Alma de Lady Di, avait été bouleversé. Mais qui se souvient immédiatement que l’attentat contre Gemayel avait provoqué un massacre punitif, perpétré par ses partisans s’ensuivit dans les camps palestiniens (sous occupation israélienne) de Sabra et Chatila dans la nuit du 17 au 18 septembre ? Les soldats israéliens n’étaient pas intervenus.
Un autre “binôme de deuil” improbable : celui de Louis Aragon, monument de la littérature française et Maurice Biraud, acteur comique tout à fait sympathique et abonné aux seconds rôles. Tous deux quittèrent ce monde le 24 décembre 1982, Biraud étant d’ailleurs foudroyé par une crise cardiaque alors qu’il était arrêté au volant de sa voiture, à un feu rouge.
Et le pire clin d’oeil du destin, c’est bien la mort du boxeur Marcel Cerdan, dans le crash d’un avion. Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1949, le Constellation FDA-ZN d’Air France s’écrase contre le pico de Vara (paroisse Nordestinho) sur l’île de Sao Miguel aux Açores, avec 48 passagers. Cerdan allait rejoindre à New-York l’amour de sa vie, Edith Piaf, après un match exhibition à Troyes. Dans le même appareil, il y avait la célèbre violoniste Ginette Neveu. Qui le sait aujourd’hui. Et pourtant, l’écrivain Georges Perec, dans son célèbre “Je me souviens”, écrit dans sa 123e citation d’exercice de mémoire collective et individuelle : “Je me souviens que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan”.
Enfin, les amateurs de jazz et de danse peuvent se recueillir ensemble le 6 janvier car, ce jour-là, en 1993, le trompettiste Dizzy Gillespie fit entendre sa dernière note et l’immense danseur Rudolf Noureev nous quittait.
Alors, adieu Michaël, adieu Farrah et tous les autres “morts en double”.
Une vie au buffet d’Arvant
juin 16, 2009
Un train qui s'arrête, un espoir en gare
Elle est immobile derrière son comptoir et attend le prochain train. Elle aime ces instants de paix entre les convois qui s’arrêtent à Arvant pour le changement. Elle écoute alors sur le juke-box éraillé de vieux tubes de Richard Cocciante et Claude-Michel Schönberg. Elle aime bien ces morceaux hors du temps, « Un coup de soleil » ou « Le premier pas ». C’est une femme qui ne bouge pas. C’est la fille du buffet, un peu engoncée dans son tablier. Elle ne rêve pas de TGV, de trains luxueux qui s’arrêtent enfin, essoufflés, à Venise. Non, elle est heureuse à essuyer ses verres au fond du café, fidèle à ce nœud ferroviaire presque hors de la carte. Arvant, la France d’avant. L’arrêt où l’on attend une heure ou plus avant de grimper jusqu’à Aurillac ou Clermont-Ferrand. La SNCF des sandwichs artisanaux et des voyageurs encombrés de valises vieillottes qui tiennent avec de la ficelle.
Quand elle les voit débarquer, elle leur sourit, les salue, leur sert un café noir ou un petit blanc, beurre consciencieusement leurs tartines ou le pain de leur sandwich et attend qu’ils se soient installés, qu’ils prennent leurs aises dans ce « non-lieu » pour inventer leurs existence.
Elle a un peu de peine pour cette grosse dame qui traîne ses sacs et ses paniers. Elle revient sûrement de chez son fils installé à Marseille et qui est toujours un peu gêné de voir débarquer cette dame un peu étrangère maintenant. Cette mère qui s’excuse de vivre et à qui il refuse toujours ses conserves, ses gâteaux « étouffe-chrétiens », ses confitures et son miel. Alors, elles les ramènent dans le Cantal, comme à chaque fois. Elle demande un café léger en précisant plusieurs fois : « Vraiment léger s’il vous plaît sinon je ne dors pas ». Elle a peur des nuits blanches et des souvenirs qui défilent.
La dame du buffet d’Arvant aime bien aussi ce quinquagénaire sec comme un cep de vigne, au visage tanné par le soleil, qui lit « L’Équipe » jusqu’à la dernière ligne. Avec son petit sac Adidas des années 1970 où, alors que la fermeture éclair était mal fermée, elle avait entrevu une tenue noire élimée. Elle s’est dit que ce devait être un arbitre de football. Un de ses solitaires à la vie gâchée par la passion. Il a connu les stades pleins, les supporters en cohorte braillarde et haineuse, les équipes de stars qui le vouvoyaient, malgré leur salaire à six zéros.
Mais il n’a pas su raccrocher, pas su retrouver la femme qui l’attendait en vain le week-end et s’est lassée de le voir repousser sans cesse sa retraite des pelouses. Elle l’a quitté pour le gardien aux yeux clairs d’un petit stade de quartier, modèle de sédentarité. Alors maintenant, il prend des trains régionaux, des lignes transversales, des convois de nuit en avalant des polars à la chaîne. Tout ça pour aller arbitrer des matchs de National sur des terrains aussi bosselés que son âme, dans des vallées au froid âpres. Une fuite sans fin scandées par les « tatam, tatam » de son wagon.
Parfois il tient si serré dans sa main son sifflet au brillant ternir qu’il pourrait presque le faire pénétrer dans sa peau, se le tatouer à vie. Et quand, dans une petite gare, l’agent SNCF siffle, il cherche où est la faute.
La serveuse règne sur tout son monde, sentinelle sereine et indulgente. Jamais il ne lui viendrait à l’idée de se moquer de ces gens-là, de son petit peuple de voyageurs en transit que les trajets ne font plus guère bouger.
Parfois il y a un jeune militaire, un cadre aux cheveux encore flous qui va prendre son premier poste de manager dans une papeterie en bout de ligne. Il va devoir faire sembler de la faire tourner avant de l’envoyer avec hommes et femmes à la casse. Elle accroche le regard de ces premiers de la classe, de ces hommes qui se tiennent droit. Mais elle ne cherche pas l’amour, la rencontre qui irait au-delà des échanges polis avec la clientèle. Son désir est en rase campagne, perdu sur une voie de garage.
Elle est la petite sœur du buffet qui peut consoler mais elle ne donne pas le signal d’un nouveau départ. Elle veut être un simple témoin, quelqu’un qui regarde se dérouler la vie des autres et respire un peu de leur existence au passage. La fille dans le tableau d’Edward Hopper. En posant ses carafes au frais, elle se dit qu’elle vit comme une sorte de pickpocket. Pfuiit un peu d’espoir, pfut une pensée pour une personne qui attend le voyageur à l’arrivée, au bout de sa solitude.
Mais le moment qu’elle préfère, c’est le matin, quand les directeurs et les sous-directeurs débarquent. Peu soucieux de la mode des soins masculins, ils sentent bon l’après-rasage et l’eau de lavande. Elle aime ces hommes de pouvoir et de salle de bain. Et elle s’installe dans leur parfum comme une amante dans le lit de l’épouse légitime.
Mais pourquoi ces files le dimanche ?
mai 18, 2009

Rue de Cèze, à Lyon, l'exemple de la file de boulangerie qui énerve
Certains vivent cela comme une étape obligée de la journée. Moi, je l’affronte comme une épreuve. Pourquoi y-a-t-il une file d’attente devant la boulangerie-pâtisserie le dimanche ? Pourquoi ce phénomène ne se produit-il que le week-end, quand vous n’avez qu’une envie : remonter chez vous pour prendre votre petit-déjeuner au lit avec votre amoureuse(eux) ou en faisant traîner la matinée autour d’une table en famille. Donc, en un instant, en découvrant la queue devant votre fournisseur de croissants, brioches, baguettes dorées et autres pains sportifs préféré, vous avez l’impression de vous téléporter dans un pays de l’Est avant que le mur tombe. Même si, à l’extrémité de la file, il y a bien plus de produits et de douceurs à découvrir.
Et je me demande toujours pourquoi c’est si long, pourquoi toute la ville semble s’être rassemblée devant une seule boulangerie.
J’ai d’abord des vélléités d’agent de la circulation. J’inspecte la disposition de la boutique pour essayer de voir s’il ne serait pas possible de mieux faire s’écouler le flot humain chargé de sucreries et de pains chauds. En vain généralement : il n’y a pas une entrée, une sortie et un couloir d’évacuation mais un joyeux bordel de gens qui se croisent et mettent poussettes et caddies devant le comptoir, même si plusieurs vendeuses accortes s’activent.
Je rêve ensuite du monde du silence. Allez savoir pourquoi, le dimanche, tous les clients veulent savoir la recette de la brioche aux pralines, le temps de levée de la pâte de la baguette au levain et les secrets du cake aux fruits (dans lequel les professionnels, inconscients de mon rejet de l’alcool dans les pâtisseries, mettent toujours et encore du rhum). Sans parler de leur récit héroïque de leur jogging dans le parc ou de leur première baignade. Mais taisez-vous donc ! Vous venez acheter de quoi petit-déjeuner ou vous faites une conférence de presse ?
Amis, il convient de ne plus moufter quand vous avez atteint le Graal, le comptoir. Seule exception à cette règle, le “coeur de file”. Parce que quand vous avez une demi-heure à patienter avant de pénétrer dans le Palais de la Boulange, il vaut mieux avoir un voisin sympa pour disserter sur l’apport de Gourcuff à Bordeaux ou une voisine aux appas appétissants sous un léger corsage et à la conversation maligne.
Donc, comme la messe du samedi à 18 h 30 qui remplaçait avantageusement, quand j’étais petit, celle du dimanche matin, j’irais désormais faire mes achats en nocturne pour vivre une matinée non anxiogène. Je hais les files d’attente au pays des brioches.
Un gamin du Wisconsin
mars 19, 2009
Parfois un livre vous sauve. J’ai toujours cru dans les livres, dans certains livres. Comme en une “valeur-refuge”, au sens strict du terme. Je pourrais parler des bouquins de Philippe Djian, de John Fante ou de Jim Harrison. Mais celui de Mary R. Ellis, “Wisconsin”, que j’ai terminé ce matin, résume tout ce que je ressens. Toute la gratitude que je peux avoir envers la littérature et dont la pratique d’internet me détourne trop souvent. En fait, dans cette histoire dure mais pas désespérée, il y a tout ce dont j’ai besoin : de la réalité, de la nature, des sentiments forts et d’autres forces, moins concrètes. Je ne sais pas pourquoi je me sens proche de Bill, de Jimmy, d’Ernie, de Claire, Rosemary et d’Angel dans leurs fermes du Wisconsin, dans ce coin perdu et hostile d’Olina mais c’est ainsi. La littérature nord-américaine qui parle du coeur du pays, des destins brisés à la fonte des neiges, des enfants qui veulent s’échapper, des femmes meurtries qui pensent encore trouver une lettre dans la boîte avec le petit drapeau me touche profondément. Moi homme des villes, flâneur des quartiers de New-York, Londres, Paris, Lyon et Marseille, j’ai toujours été bouleversé par ces histoires de forêts, de collines, de lacs, de rivières, de chair et de larmes. On pleure beaucoup dans le livre de Mary R. Ellis mais pour de bonnes raisons. Juste un passage : “Postée devant la maison, étreignant Bill qui s’accrochait à ma taille, j’avais vu les oies passer dans le ciel, et la cacophonie de m’avait arraché des larmes. Tous les oiseaux quittaient le pays : d’abord les hirondelles, ensuite les merles, les roitelets et enfin les rouges-gorges (…) Il y a sans doute un mystère dans ce rapport à la nature qui me touche vraiment. Et puis, au fil de ces pages qui m’ont fait pleurer, il y a les questions essentielles pour moi : “Qu’est-ce-qu’on transmet à ceux qui nous aiment?” et “Pourquoi a-t-on peur de faire des enfants”. Le reste est dans le désir de vie, dans le désir qui vous maintient en vie, dans ce besoin que l’on a d’être touché avec douceur, dans cette absolue nécessité pour un homme d’aller dans le ventre d’une femme et d’y trouver une part de son secret, comme un paysan du Wisconsin laboure sa terre avec respect, comme Ernie le sang-mêlé qui pense qu’il y a un esprit en toute chose. Il y a un autre mystère : comment le haut fonctionnaire qui m’a offert ce livre et à qui j’ai offert un autre bouquin essentiel pour moi “Pieux Mensonges” de Maile Melloy, pouvait-il savoir qu’il me correspondrait à ce point ?

- C’est un livre de terre et d’esprit, un livre qui aide à respirer

Une parenthèse en TGV
mars 1, 2009
Dans un voyage en train, on écoute des grosses dames qui téléphonent avec leur portable en parlant très fort. Elles préviennent toute leur famille de leur retard, à croire qu’il y aura plus de monde pour leur arrivée que pour une tournée électorale d’Obama.
Dans un voyage en train, on se demande pourquoi le jeune homme élégant n’arrête de tripoter son Iphone avant de s’apercevoir que l’on fait la même chose avec le sien.
Dans un voyage en train, on écouter avec plaisir une conversation en anglais entre deux jeunes filles souriantes.
Dans un voyage en train, on se souvient d’autres périples en TGV ou dans des trains étrangers avec une femme qu’on aimait et qui nous faisait aimer à la folie cette parenthèse enchantée entre deux lieux.
Dans un voyage en train, on voit passer des petits enfants qui rigolent en allant au wagon restaurant.
Dans un voyage en train, on se réveille en se retrouvant comme par magie sur le double viaduc ferroviaire d’Avignon, l’endroit précis où on avait ouvert l’oeil à l’aller.
Dans un voyage en train, on se demande comment font les monos pour canaliser les dizaines de minots qui ont envahi la rame après s’être éclaté au ski.
Dans un voyage en train, on se régale en regardant sur son ordi un petit film indépendant, “Juno” et bien entendu, comme c’est un vieux TGV et qu’il n’y a pas de prises électriques, cela coupe avant la fin.
Dans un voyage en train, on déroule ses pensées comme le paysage derrière les vitres.
Dans un voyage en train, les grosses dames téléphonent en hurlant : “Là nous entrons dans un tunnel” alors que précisément, il n’y a plus que réseau et que leur interlocuteur ne les entend pas.
Dans un voyage en train, on prépare tous son sac trop longtemps à l’avance et on attend entassé sur la passerelle entre les voitures.
Dans un voyage en train, on découvre une fille qui bouge bien, qui occupe bien l’espace, qui est habillé délicatement, comme une actrice américaine de film d’auteur, avec un joli pantalon rayé et on lui invente une vie, des projets, un emploi du temps serré et un journal intime dans son sac qui commence par : “Il y avait ce matin-là dans l’air un parfum d’été qui arrive et je ne me posais qu’une seule question…”

- Ce serait la jeune Américaine inconnue du TGV Lyon-Marseille de 15 h 37 parti avec un quart d’heure de retard
Deux noms sur des galets
février 28, 2009
Cela pourrait commencer comme une chanson de Francis Cabrel mais c’est tout autre chose. Une affaire de souvenir et d’accident de vie pas digéré. Un étonnant rendez-vous personnel en Israël lors d’un reportage sur le plus gros pélerinage chrétien en Terre Sainte. C’est drôle comme, même si on n’est pas profondément croyant, un tel voyage vous trouble. Comme Jérusalem vibre en vous et comment tous les lieux où Jésus serait passé vous parle.
Alors, le premier juillet 2005, dans ce pays qui n’est pas le mien, j’ai vécu de curieuses retrouvailles. Les pélerins venus de France avec André Vingt-Trois, archevêque de Paris pour un pélerinage massif ont pu planter un arbre à proximité de la forêt Jean-Paul II à Bethsaïda. Mais surtout, ils ont écrit leur nom sur un galet et les 580 galets vont être utilisés par un artistes pour créer un chemin vers le lac de Tibériade. J’ai triché, j’ai mis deux galets. Un avec mon nom et l’autre avec celui de Véronique Dancette. Je me suis dit que, loin du cimetière Saint-Pierre où elle dort, elle allait se trouver bien là et que nous papoterions tranquillement dans ce lieu serein et hors du monde. Elle aimait les pâtes “filets de sardine-pignons” et les petites filles malignes qui savent inventer des histoires. Elle aimait plus que tout son fils Mathias qui le lui rendait au centuple. J’étais jaloux même de leurs disputes. Nous nous aimions avec la légèreté et la gravité des enfants. Jamais imparfait ne m’a paru si lourd dans une phrase. Véronique Dancette est morte à 41 ans lundi 7 janvier 2002, à 11h30, à “La Maison” à Gardanne (Bouches-du-Rhône), d’un cancer du cerveau après s’être battue comme une guerrière, durant un an, contre un cancer du sein. Elle y a trouvé l’amour, l’humanité et la compassion qui, parfois, lui ont manqué durant son parcours hospitalier. Véronique était ma compagne mais elle était bien plus que cela. Elle avait le don de faire se rencontrer et s’aimer les gens. Elle avait le goût de la fête et des repas entre amis. Son univers était celui de la générosité. Elle aimait les accents caressants du “Jardin d’Hiver” d’Henri Salvador et connaissait mieux que quiconque la musique noire américaine. Elle adorait les polars de Fred Vargas et de Michael Connelly. Je partageais avec elle le goût du papotage en pleine nuit. Elle savait photographier l’âme des gens. Elle était lumineuse. Elle aimait les calanques, les couleurs du pays basque, les chambres d’hôte et la douceur du soleil lorsqu’il nous frappait sur un rocher du bord de mer. J’aime bien ces galets retrouvés parmi des milliers de photos. Le souvenir d’un acte immensément sérieux et enfantin.
-

-
Un chemin pour aller vers le lac de Tibériable créé par un artiste, deux noms accolés pour le souvenir
Un chemin pour aller vers le lac de Tibériable créé par un artiste, deux noms accolés pour le souvenir
Nocturne Pelle-Mêle
février 15, 2009
C’était une étrange soirée, une soirée où je me disais qu’il valait mieux que je me roule en boule comme un hérisson. Et puis l’amie Flo et sa cousine Laurence m’ont tiré de mon terrier. D’abord pour une fête improbable “Anti Saint-Valentin” à l’Instant quai de Rive-Neuve autour du Vieux-Port de Marseille. Au dit-bar, il n ‘y avait que quatre clients et un écran géant diffusant les matchs de la soirée de Ligue 1. Alors, nous sommes allés au Pelle-Mêle et le miracle a débuté. Il y avait là un groupe de blues-jazz-funk tout à fait gouleyant, “105 Muddy’s Street”. Avec le Platini du sax, John Massa, le Deschamps de la basse, Alain Rajo, le Makélélé de la batterie, Ulrich Hedor et le Maradona de la guitare électrique, Jean-Marie Guyard.
Du lourd, du son authentique, des solos de guitare et de sax à n’en plus finir, des reprises de Tom Jones. Et puis un chanteur de rap, Yaka, qui monte sur scène pour improviser, avant qu’un chanteur africain Chade, vienne faire le boeuf. Un vrai show et le courant qui passe avec le public chaud comme la braise. Saint-Valentin blues et des morceaux qui effacent tout, deux couples étonnants derrière nous qui semblent chercher fortune et plus, une serveuse qui m’évoque une fille vue dans des conditions irracontables et puis le départ après un ultime “On the river…” repris en choeur par toute la salle.
Chercher un autre havre, traverser l’ilôt Thiars désert, croiser un collègue un peu “parti” et puis échouer au seul bar ouvert, “L’Unic”, rue Breteuil. Ambiance boule à facettes, guirlandes lumineuses et derniers espoirs. Un jeune homme bien imbibé me dit que c’est le 14 février et qu’il n’a trouvé personne. Un autre chante “La bite à Dudule”. Je ne sais pas si tout cela est très “lub”. Heureusement, à la télé est diffusé un documentaire animalier tout à fait parfait sur les hérissons. J’aime bien ces animaux qui me ressemblent. Je n’avais jamais vu un bébé hérisson. Et puis ensuite, un chat-huant à l’écran qui me fait penser à mon jogging sur la route de Ville-di-Paraso et à ce drôle de rapace nocturne qui chantait. Laisser le bar qui se vide, accompagner Flo et Laurence à une station de taxis. Reprendre mon scooter avec un air obsédant en tête, rouler sur la Canebière vide, aimer la guirlande de néons au-dessus de l’avenue des Chartreux. Penser à cette drôle de journée, à cette nuit qui ne veut pas se refermer, à cette boule en moi que j’ai un peu apprivoisé, pour un temps.

- 105 Muddy’s Street, le temps d’un set magique au Pelle-Mêle

Oui une mère corse n’a rien à voir avec une mère juive
février 8, 2009
Parce qu’une mère corse est capable de dire : “Est-ce que tu as un slip propre au cas où tu ais un accident?”
Parce qu’une mère corse dit toujours qu’il va pleuvoir même si la météo prévoit dix jours de sécheresse absolue.
Ma mère Angèle (à gauche) avec sa soeur Rose, dit "Rosette" dans sa maison de Ville-di-Paraso, près d'Ile-Rousse
Parce qu’une mère corse connaît ou invente des proverbes du type : “La vie, c’est comme une échelle. Parfois on est en haut, parfois on est en bas” ou “Les gros nuages ne mettent que de l’eau dans la marmite”. (voir la vidéo que j’ai rajouté plus bas, présente aussi sur dailymotion au titre “les proverbes de maman)
Parce qu’une mère corse, même si vous êtes bien installé, au cinéma, dans une salle bien chauffée, vous appelle et vous dit: “Fais bien attention”.
Parce qu’une mère corse a été élu “Miss Pessimisme” dans sa jeunesse.
Parce qu’avec une mère corse, on ne peut pas négocier.
Parce qu’en même temps, le conflit de la bande de Gaza est beaucoup plus simple à régler qu’une affaire d’héritage en indivision au village.
Parce qu’une mère corse est capable, un an après, de vous reparler d’une lettre où vous lui disiez entre les lignes que votre amoureuse était tombé enceinte de vous et que…
Parce qu’une mère corse vous met quarante sortes de gâteaux différents sur la table et, quand vous refusez, vous dit : “Tu as tort”.
Parce qu’une mère corse laisse des messages sur votre répondeur comme si elle vous parlait.
Parce qu’une mère corse rêve de vous.
Parce qu’une mère corse, quand vous parlez d’elle à des amis ou des collègues de travail, est capable de téléphoner à l’instant même, comme un miracle de la téléphathie.
Parce qu’une mère corse a des amies d’enfance de son village qui ont des prénoms mystérieux comme Riri, Toutoune, Fifi…
Parce qu’elle ne peut pas vous parler de quelqu’un sans vous réciter son arbre généalogique en remontant jusqu’à la première génération et en vous reprochant de ne pas connaître tous ceux dont elle vous parle.
Parce qu’une mère corse est capable d’aller fleurir la tombe de votre copine.
Parce qu’une mère corse vous met toujours de l’argent dans la poche.
Parce qu’elle pratique l’art de l’excuse comme un mode de vie.
Parce qu’elle s’affole quand vous venez manger sans prévenir.
Parce qu’elle vous dit : “Ca va le boulot” et “A quelle heure tu prends?”
Parce qu’une mère corse ne rêve pas forcément de vous voir avocat, dentiste ou médecin…
Parce qu’une mère corse permet d’offrir une mandoline à son anniversaire.
Parce qu’une mère corse est capable de vous faire marquer mal en disant, alors qu’elle est au téléphone avec une amie, “Philippe, viens dire bonjour à Mme Robert”.
Parce qu’une mère corse vous dit : “Tu as téléphoné à ton frère, à ta soeur” en étant capable de vous faire culpabiliser.
Parce qu’une mère corse est capable de voir l’alliance de votre amie et de dire : “Attention, tu pourrais avoir des ennuis”.
Parce qu’une mère corse vous achète des chemises que même un Albanais refuserait de porter au mariage de son pire ennemi.
Parce qu’une mère corse connaît les noms de tous les médicaments sur le marché.
Parce qu’une mère corse est bien plus perspicace que tous les psys lacaniens mais qu’on ne peut tout de même pas lui parler.
Parce que ma mère est corse.
Ronces-les-Bains, for ever
janvier 31, 2009

- Un jeu enfantin, celui du billard japonais
Cela s’appelle le billard japonais et je n’avais jamais vu cela auparavant dans une fête foraine. Cela consiste à placer huit boules dans huit trous à leur mesure sur une table en pente. En évitant bien entendu les deux pièges à boules plus grands. Dans la petite cacophonie de la fête foraine, avec son allée pleine de néons qui donne sur la mer, c’est une activité très zen, comme un bout d’enfance jetée au bord de l’océan.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Les adolescentes ont les seins arrogants et la glace qui coule dans les mains. La mer s’est retirée en laissant quelques crabes morts et un no man’s land à l’image de cet entre-deux des vacances atlantiques. La station a un air doucereux de confiserie foraine. En traînant dans les quelques rues du « centre-ville », on entend si on prête bien l’oreille, Laurent Voulzy fredonner « Rockollection ». Ce soir, c’est la fête sur le grand podium de l’animation municipale. Marjolaine « qui n’a que douze ans » enchaîne les morceaux de Céline Dion et Marie Myriam (« Comme un enfant aux yeux de lumière qui voit au loin monter les oiseaux »). Le Monsieur Loyal annonce ensuite Jean-Pierre Blanchard qui peint en musique et plus vite que son ombre. A grandes giclées de peinture et grands gestes de frimeur, il aligne les portraits de Marilyn, Zidane (sur « I will survive«), Jaurès (sur la chanson de Brel) et Coluche. La foule apprécie, les vendeurs de sucettes et de crêpes aussi car cela fixe le chaland.
Pour la nostalgie, il faut faire un tour vers les petites baraques « Plaisir d’offrir, joie de recevoir ». Pour deux euros, deux bagues ou une lampe de poche bien utile sur les sentiers et les allées le soir.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. La chanteuse et le peintre ont remballées leurs tops à paillettes et leurs pinceaux; Il reste la promenade sur la jetée en bois à regarder les bateaux qui sont posés sur le sable. Sur un mur, une publicité locale: « Va-t-elle comprendre que mes huîtres sont des mots d’amour ». Dîner buffet à l’hôtel du débarcadère. Il y a là des chaises pour bébé en bois d’un autre âge et une famille dotée d’une petite miss capricieuse qui arrive toujours à table comme si elle défilait. Bien entendu les bébés pleurent quand les parents vont se servir en charcuterie ou crudités. Quelques couples se rapprochent. Rencontres estivales, rondes de sympathie. « Ah vous êtes de Marseille. Il fait meilleur ici, non? »
Fromage blanc, île flottante et compote au dessert. L’hôtel, avec sa façade blanche et ses volets usés par le sel, a des airs de pension de famille endormie.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Dans les rues parallèles en retrait de la plage, s’aligne les villas pomponnées comme des enfants de bonne famille. Elles portent toutes un nom. « Mon Plaisir », « Le Manoir », « Topaze », « Le Grand Chalet », « Vacances ». Elles évoquent toutes le temps des premiers bains de mer « recommandés pour leurs vertus par l’académie de médecine ». Elles ont des fenêtres à arcades d’un autre siècle et des vitraux en guise de fenêtre. Elles abritent des familles d’estivants qui ont l’éclat de bonheur discret et ne font pas de barbecue dans le jardin.
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. On récupère autour d’une crêpe des longues balades en vélo sur la piste cyclable de la côte sauvage. La selle était vraiment trop dure. La prochaine fois, on ira jusqu’au zoo de Palmyre, promis. Mais les vagues étaient si belles. Cela vaudrait presque la peine de se mettre au surf. Un papa rentre au bercail en vélo vec un bébé joyeux installé dans son « bébé pousse » à drapeau rouge. Vas-y Totor, ça s’est du sport. Vas-y Mimile, ça s’est du style. On a failli manquer l’arrivée du Tour avec notre virée en bicyclette. Pourquoi le bonheur estival rend-il nostalgique? Pourquoi aimerait-on que l’échappée en solitaire dans les cols des Alpes ne s’arrêtent jamais?
Soirée d’été à Ronce-les-Bains. Les Méditerranéens s’inquiètent du retour de la mer. On a tous en nous quelque chose de Floyd Landis.



